Guide de l'Evangile

par Gérard TELLIER

g-tellier@hotmail.fr

 

 
PRESENTATION DE L'OUVRAGE

 Son objectif est d'aider à une compréhension plus aisée des Evangiles. Il apparaît en effet à la lecture des textes que le récit de St Luc qui, avec celui de St Jean, couvre l’ensemble de la mission de Christ, présente la particularité de relater les événements dans un ordre chronologique.

 Les différentes démarches du Christ envers ses opposants et ses disciples y sont ainsi présentées simultanément, ce qui a pour effet de rendre leur compréhension difficile par simple lecture. C’est donc une approche différente qui vous est proposée dans ce Guide : l’étude séparée de ces différentes démarches, telles qu’elles sont indiquées dans le sommaire.

 Par ailleurs, certaines positions ou démarches du Christ demandent à être quelque peu éclaircies:

 

- La fonction exacte de l'Evangile de St Jean, différent des autres

- Les miracles: on remarque que le Christ invite les témoins à ne pas en faire cas, et pour d'autres, au contraire, à en parler autour d'eux

- Pourquoi le choix de trois de ses Apôtres, Pierre, Jacques et Jean?

- Pour quelles raisons a-t-il annoncé avec insistance les conditions de sa fin, puis la ruine de Jérusalem?

 

Enfin troisieme point: cette étude fait apparaître de profondes divergences entre certaines prescriptions de Christ et les interprétations qui en ont été faites

 

- Nota : Les citations ont été empruntées à la Bible de Jérusalem.

 

 

SOMMAIRE

 

 

 

PROLOGUE : L’EXISTENCE DE DIEU

 

 

I - LE CONTEXTE LORS DE LA VENUE DU CHRIST

 

II - LES ELEMENTS

 

III - LA DEMACHE ENVERS LES RELIGIEUX

 

IV - LA DEMARCHE ENVERS LE FOULE

 

V - LES CONDITIONS DE LA FIN

 

VI - L’INSTITUTION DU ROYAUME DE DIEU

 

VII - LES ECUEILS DE LA VIE

 

VIII - LA SUCCESSION

 

ANNEXES

 

 

PROLOGUE

 

 

L' EXISTENCE DE DIEU

 

 

La recherche d’éléments permettant de croire à l’existence de Dieu peut s’orienter dans deux directions: la voie physique et la voie spirituelle.

 

La voie physique

 

L’apparition de l’homme

 

Avec l’homme deux éléments nouveaux font leur apparition : le cerveau et l’esprit, deux événements qui ont pu se produire - simple hypothèse - à des périodes différentes de notre Histoire. L’essentiel est surtout de les distinguer.

 

- Le cerveau : il permet à l’homme de penser et n’a pas d’équivalent dans la nature. Il ne peut, en tout état de cause, être le produit d’une évolution de la cervelle animale dont les fonctions, inchangées depuis l’origine, sont différentes, limitées pour l’essentiel à la survie. Sa fonction se limite à celle d’un simple relais entre les informations reçues et la mise en œuvre des moyens de survie. Ses capacités diffèrent d’une espèce à l’autre ; elles sont fonction de l’importance des moyens de survie, ce qui tend à la faire apparaître à tort comme de l’intelligence.

 

- L’esprit : il faut entendre ici par ce terme la capacité chez l’homme d’agir en toute indépendance par rapport aux lois de la nature et ainsi de sa propre morphologie. Cette indépendance est inhérente à toute notion de responsabilité; or l’homme, dans la mesure où il dispose de moyens de jugement, est considéré comme responsable de ses actes. Le plus inexplicable réside dans le fait que cette indépendance physique par rapport à la Nature puisse être transmise par des moyens eux-mêmes physiques, la procréation.

 

Ces événements ne peuvent ainsi être que le fait d’une force extérieure à notre Univers qui s’est manifestée lors de l’apparition de l’homme, et qui intervient ainsi de la même manière lors de la venue au monde de chaque être humain.

 

La voie spirituelle

 

Elle suppose que l’on accepte de prendre en compte les témoignages qui nous sont parvenus par les Evangiles.

Les événements relatés mettent en lumière la perfection totale de la doctrine du Christ, de sa propre application de cette doctrine et de l’accomplissement de sa mission. C’est ce qui apparaît

à travers ces témoignages.

 

La datation des événements

 

Si l’on se réfère, d’une part à la science archéologique, et d’autre part aux récits de la Genèse, on observe une différence importante dans la datation de l’apparition de ce que l’on considère comme l’intelligence, puis de l'esprit.

 

Les premiers signes de l’existence d’un cerveau remontent en effet à plusieurs millions d’années, cependant que la Bible situe l‘apparition de l’homme - doté à la foi d’un cerveau et d’un esprit - à seulement quelques milliers d’années.

 

Il semble généralement admis que l’homme est un descendant des primates. Or, on peut supposer qu’à l’origine, leurs plus lointains ancêtres devaient être en tous points semblables aux autres animaux, en ce sens qu’il leur était indispensable, pour assurer leur survie, de disposer de moyens nécessaires naturels tels que l’agilité, la vitesse, une protection contre le froid, etc.

 

L’apparition du cerveau aurait ainsi permis au primate de se libérer, au fil des temps, de tous ces moyens de défense devenus inutiles pour aboutir à une anatomie en tous points semblable à celle des premiers humains, ces derniers ne se distinguant de leurs parents, primates, que par la présence de l’esprit. Cette thèse se base sur le fait que si ces derniers primates n’avaient pas disposé d’un cerveau semblable au nôtre, ils n’auraient pu, en l’absence de moyens de défense naturels, survivre dans le milieu hostile de la nature Avec l’apparition de l’intelligence, ils ont pu ainsi suppléer à ce manque de moyens par la mise en place de moyens issus de cette intelligence, et de leur imagination ; abris, armes, vêtements, etc.

 

Ainsi, ce qui a différencié le premier homme du dernier primate ne réside pas dans la présence d’un cerveau, mais bien dans celle de l’esprit, c’est-à-dire de sa capacité à distinguer le bien du mal et à pouvoir fixer ainsi son choix en toute responsabilité.

 

 

CHAPITRE I

 

LE CONTEXTE LORS DE LA VENUE DU CHRIST

 

 

L’objectif du Christ en venant à la rencontre des hommes était d’amener l’humanité à revenir à Dieu et de mettre ainsi fin aux dérives qui s’étaient succédées depuis la création et dont il fera un bref rappel en guise de mise en garde dans les derniers jours de sa mission (Lc 17,26).

On peut ainsi relever trois grandes dérives :

 

La première dérive

 

Elle apparaît rapidement dès la venue des premiers être humains : Adam et Eve qui désobéissent à Dieu par orgueil, puis Caïn qui tue son frère par jalousie.

Ce comportement va, au fil du temps, conduire les hommes à la perversion totale, une situation sans issue à laquelle Dieu met fin en renouvelant l’Humanité avec le Déluge puis le choix d’un patriarche, Noé, qu’il charge de créer un peuple nouveau.

 

La deuxième dérive

 

Elle se manifeste également rapidement avec l’un des fils de Noé, Canaan qui sera maudit par Dieu. Cette dérive est celle de l’orgueil qui aboutit à l’édification de la Tour de Babel, et à la dépravation totale.
Une nouvelle fois, Dieu est conduit à renouveler cette Humanité, dans le but de lui donner une deuxième chance. Sept grandes villes, parmi lesquelles Sodome et Gomorrhe sont détruites par le feu et Dieu choisit une deuxième fois de créer un peuple neuf pour lui transmettre sa Loi.

C’est ainsi qu’il fait appel à Abraham, un baroudeur riche, doté d’une stature de Patriarche, pour lui confier une mission à sa mesure : créer un peuple nouveau sur une terre nouvelle et le préparer à recevoir sa Loi. C’est une tâche démesurée, au point que Dieu, pour tester sa détermination, choisit de le mettre à l’épreuve avec le « sacrifice » de son fils Isaac.

 

La troisième dérive

 

C’est la plus grave : elle est, en effet, le fait d’un peuple créé par Dieu, puis initié à sa doctrine et qui débouchera sur la persécution des Prophètes une persécution qui se prolongera jusqu’à celle du Christ.

Autre point : avec elle apparaît une nouvelle donnée :  le rapport « argent-pouvoir » qui se manifeste dès les premiers descendants de Jacob et qui aboutira plus tard à la trahison de Juda et à la ruine de Jérusalem :

- Esaü vend son pouvoir à son frère Jacob pour douze pièces d’argent. Tous deux se verront sanctionnés par un rejet de la population. Jacob sera de plus abusé par ses propres enfants après avoir lui-même abusé son père.

- Joseph est vendu par ses frères comme esclave pour une somme identique, un « crime » d’une gravité extrême si l’on sait que ses frères occupaient les plus hautes fonctions à la fois civiles et religieuses. Leur punition sera à la mesure de leur forfait : venus solliciter une aide matérielle auprès du Pharaon, ils sont reçus par ce même Joseph, devenu son intendant, et qui profite qu’ils ne le reconnaissent pas pour les humilier. Autre conséquence : le « Peuple Elu » sera ensuite retenu et réduit à l’esclavage en Egypte pendant un temps très long, et ce jusqu’à la venue de Moïse

 

La mission de Moïse : Dieu lui fixe une double mission : d’abord libérer ce peuple, condition impérative pour qu’il puisse recevoir et mettre en application la Loi de Dieu, puis lui révéler le contenu de cette Loi.

Il est alors nécessaire pour Moïse de disposer de moyens exceptionnels pour pouvoir s’acquitter de cette double mission. Sa culture acquise dans l’entourage du Pharaon lui permet de prendre en main son peuple. Il reçoit de plus le soutien de Dieu sous la forme d’un pouvoir important qui se traduira par de multiples miracles  : les plaies d’Egypte, la traversée de la Mer Rouge, la manne du désert. Ces différents miracles confirment de plus le bien-fondé de sa mission aux yeux de la population.

Les conditions de cette mission annoncent peut-être déjà celles que le Christ rencontrera : son entrée chaotique dans la vie, puis le refus de son peuple et enfin la trahison de l’un des siens, son propre frère Aaron qui tente, en son absence , de conduire ce peuple à l’idolâtrie avec l’épisode de « veau d’or. »

Moïse reçoit de Dieu la Table des Commandements qui servira de référence aux Prophètes

 

Les Prophètes : Envoyés de Dieu pour amener ce peuple à sa Loi, il ne seront pas écoutés; plusieurs, parmi eux, seront persécutés, voire mis à mort. Certains de leurs persécuteurs subiront le sort qu’ils avaient réservé à leurs victimes comme ce fut le cas avec Daniel.

 

La venue du Christ : Deux motifs l’ont ainsi justifiée et rendue nécessaire :

1°) - La gravité extrême de cette troisième dérive et son état de non-retour 

2°) - Le refus total du peuple de reconnaître dans les Prophètes des envoyés de Dieu

Il fallait donc plus qu’un simple prophète pour espérer sortir l’humanité de cette dérive.

Sa venue parmi les hommes devient ainsi l’ultime chance de les ramener à Dieu. Lui seul, en effet, en tant que Fils de Dieu, était en mesure de manifester avec éclat sa stature de Prophète et de révéler la Loi de Dieu dans ses principes et dans son application.

C’est ainsi que, à la veille de son départ, lorsqu’il estime sa mission terminée, il lance avec force un avertissement : cette chance sera la dernière donnée à l’Humanité et ceux qui continueront à refuser de l’écouter et de respecter la Loi de Dieu se verront irrémédiablement condamnés ( Lc 17,31).

 

 

CHAPITRE II

LES ELEMENTS

 

1°) - LES EVANGILES

 

Ce sont des témoignages directs ou indirects de la vie et de la mission du Christ.

On peut distinguer :

 

Les Evangiles dits « synoptiques » - Ceux de Matthieu, Marc et Luc. Ces trois récits relatent la mission du Christ telle qu’elle a été observée par les Apôtres en un temps où ils ignoraient encore la divinité du Christ ( notons que le fait qu’ils aient été rédigés beaucoup plus tard ne change rien à cette donnée.) Ils ne font d’ailleurs jamais mention à sa divinité se limitant ainsi à une simple relation des événements. Leurs récits s’adressent aux communautés évangélisées. Ils concordent sur le fond et ne se distinguent que par la personnalité de leurs auteurs - ce qui est un gage de la pluralité de leurs témoignages – ainsi que par la nécessité d’adapter leur enseignement aux différentes communautés, ces dernières étant, selon les cas, déjà initiées ou non à l’esprit religieux.

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L’Evangile de Jean – Sa fonction est différente : c’est un récit historique qui prend en compte la divinité du Christ, envoyé de Dieu, dont la mission est de mettre un terme à la dérive de l’humanité et d’assurer le salut à tous ceux qui auront choisi de le suivre. Ainsi, comme il le laisse entendre dans son introduction, son témoignage porte essentiellement sur trois points :

- La divinité du Christ avec le témoignage de Jean-Baptiste 

- Le constat du refus du peuple élu à Jérusalem puis sa condamnation

- L’adhésion et la consécration de ses disciples lors du repas final.

Il était la lumière véritable qui éclaire tout homme, venant dans le monde. Il était dans le monde, et le monde fut par lui, et le monde ne l’a pas reconnu. Il est venu chez lui, et les siens ne l’ont pas accueilli. Mais à tous ceux qui l’ont accueilli, il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu… (Jn 1,9).

On observera ainsi que, à la différence des Evangiles synoptiques, celui de Jean relate les faits qui ont illustré le refus définitif des religieux puis celui de la foule et enfin la consécration de ses apôtres:

1°) - Lors de la démarche envers les religieux, les récits synoptiques prennent fin avec la scène des marchands du Temple. St Jean part de cet événement puis enchaîne avec l'entretien avec Nicodème qui conduit au refus définitif des religieux lors de la Fête des Tentes ( Jn 7,51)

2°) -Lors de la démarche envers la foule, les récits synoptiques prennent fin avec la multiplication des pains. Celui de Jean reprend ce récit puis relate les événements qui vont suivre: l'entretien sur les rives du lac qui conduira à l'abandon de la foule

3°) - Lors de la formation des Apôtres, les récits synoptiques se terminent avec la préparation du repas final. Celui de St Jean fait la narration de la Cène, de l'engagement entier des Apôtres et de leur consécration définitive.

 

La fidélité des récits

 

La fidélité de ces récits par rapport aux événements ne peut guère être mise en cause si l’on remarque le soin apporté à la relation de comportements qui ne sont pas à l’honneur des Apôtres et que les auteurs auraient ainsi pu être tentés de passer sous silence. Or, ils en ont fait, bien au contraire, grand cas. Citons ainsi :

 

Leur lâcheté aux moments difficiles 

- L’abandon de Pierre, Jacques et Jean alors que, dans les heures précédant son arrestation, le

Christ avait sollicité leur soutien (Mt 26,36 – Mc 14,17 – Lc 22,45) ;

- Celui de tous ses apôtres lors de son arrestation (Mt 26,56 – Mc 14,5 ;)

- Le triple reniement de Pierre (Lc 22,54 – Jn 18,17 – Mt 26,69).

 

Leurs manquements au respect des Commandements : 

- La haine manifestée à l’encontre des Samaritains à la suite d’un mauvais accueil dans leur communauté (Lc 9,51) ,

- L’orgueil qui les conduit à s’interroger l’un l’autre pour déterminer lequel est le plus grand (Lc 9,46 – Mt 18,1 – Mc 9,33) ,

- Leur manque de foi face à l’annonce de la Résurrection (Mc16,9 – Lc 24,11).

 

2°) - LA TRANSPARENCE DES EVENEMENTS

 

Tous les événements qui ont entouré la vie du Christ se sont réalisés au su de tous, depuis sa venue au monde jusqu’à sa fin.

 

Son enfance et sa vie privée

 

Les conditions de sa venue au monde sont connues : sa naissance est constatée à trois reprises : elle a pour témoins des voisins, puis des mages venus du monde extérieur, et enfin par l’ensemble de la population du pays par le biais des exactions d’Hérode. Il passe ensuite son enfance à Nazareth où sa famille est connue et vit dans le respect des lois. Enfin, c’est dans cette même ville qu’il apparaît pour commencer sa vie publique.

 

Sa stature de prophète

 

C’est aux yeux d’une foule réunie à l’occasion des noces de Cana que Marie juge que sa propre mission est achevée et décide que le moment est venu pour son Fils d’accomplir la sienne. En le conduisant à réaliser son premier miracle elle révèle aux yeux de nombreux témoins sa stature de Prophète envoyé de Dieu (Jn 2,1).

Sa fonction de Messie 

 

Cette révélation est l’œuvre, en premier lieu, de Jean-Baptiste, un prophète reconnu de tous. Il annonce d'abord la présence du Messie, puis le désigne physiquement et précise enfin l’objet de sa mission :

 

L’annonce de l’événement - Il en révèle l’importance en précisant qu’il n’est, lui, qu’un simple prophète dont la mission est précisément d’annoncer sa venue: Moi je baptise au milieu de l’eau. Au milieu de vous se tient quelqu’un que vous ne connaissez pas, celui qui vient derrière moi dont je ne suis pas digne de dénouer la courroie de la sandale (Jn1,25).

 

Son identification - Il le désigne aux yeux de tous en précisant que cette révélation lui est venue de Dieu :Voici l’agneau de Dieu… J’ai vu l’Esprit descendre, telle une colombe venant du ciel et demeurer sur lui. Et moi, je ne le connaissais pas, mais celui qui m’a envoyé baptiser dans l’eau, celui-la m’avait dit : « Celui sur qui tu verras l’Esprit descendre et demeurer, c’est lui qui baptise dans l’Esprit Saint. Et moi, j’ai vu et je témoigne que celui-ci est l’Elu de Dieu »

(Jn1,29).

 

L’objet de sa mission - Répondant à ceux qui l’interrogent, il leur annonce que Jésus est bien le Messie, porteur de la parole de Dieu, que seuls seront sauvés ceux qui l’auront écouté :  …Qui croit au Fils a la vie éternelle ; qui résiste au Fils n’aura pas la vie ; mais la colère de Dieu demeure sur lui (Jn3,36).

«  Engeance de vipères, qui vous a suggéré d’échapper à la Colère prochaine ? Produisez dons des fruits dignes du repentir, et n’allez pas dire en vous-mêmes : « nous avons pour père Abraham. » Car je vous dis que Dieu peu, des pierres que voici, faire surgir des enfants d’Abraham. Déjà même la cognée se trouve à la racine des arbres ; tout arbre donc qui ne produit pas de bon fruit va être coupé et jeté au feu.

- A la foule : Que celui qui a deux tuniques partage avec celui qui n’en a pas, et que celui qui a de quoi manger fasse de même ;

- Aux publicains : N’exigez rien au delà de ce qui vous est prescrit ;

- Aux soldats : Ne molestez personne, n’extorquez rien, et contentez-vous de votre solde.

 

Sa vie publique 

 

Le Christ annonce sa doctrine et sa fonction lors du discours sur la montagne. Il ira ensuite à la rencontre de tous, enseignant sur les places publiques, dans les temples et les synagogues, se rendant chez des Pharisiens et des publicains et répondant à toutes les questions et à toutes les objections.

Les conditions de sa fin seront également publiques : Caïphe, Pilate, puis Hérode le jugent publiquement ; enfin son Calvaire et sa mise à mort se déroulent aux yeux de tous.

 

3°) - LES MIRACLES

 

Tous les miracles ont été réalisés en public. Cependant on note que, pour nombre d’entre eux, le Christ a invité les témoins à ne pas en faire état. Cette invitation à la discrétion s’explique si l’on prend en compte les objectifs seconds de ces miracles. On peut distinguer ainsi :

- Les miracles à caractère public qui ont pour objectif d’adresser des messages aux autorités ainsi qu’à la population pour leur révéler sa fonction et l’objet de sa mission ;

- Les miracles à caractère privé qui sont liés à la foi, leur but étant de la conforter chez ses disciples.

 

Les miracles à caractère public

 

- Les miracles à l’adresse de l’autorité publique - Leur objectif est de lui montrer que sa mission se situe dans le respect des règles, qu’elles soient civiles ou religieuses :

Aux autorités civiles avec la guérison du fils d’un fonctionnaire royal (Jn 4,43) ;

Aux autorités religieuses par un message adressé lors de la guérison d’un lépreux (Lc 5,12).

 

- Les miracles à l’adresse de la population - En procédant à des guérisons de démoniaques, il lui montre qu’il dispose du pouvoir surnaturel au niveau de l’esprit et que c’est sur ce plan précis que se situe sa mission.

Aux opposants avec la guérison d’un possédé muet (Lc 11,14) ;

A la foule avec celle du démoniaque gérasénien (Lc 8,26) ; 

A ses disciples avec celle d’un démoniaque épileptique (Mt 17,14).

 

Les miracles à caractère privé

 

Ils sont liés à la foi et s’établissent sur trois plans en fonction du degré de foi de ses disciples, puis de leur engagement à ses côtés.

 

La révélation de sa stature de Prophète - Elle s’adresse à tous. Sortant de l’ombre, il est nécessaire pour le Christ afin d’être, dans un premier temps, écouté, de révéler sa qualité de Prophète par la manifestation de son pouvoir surnaturel. C’est ainsi qu’il adresse des messages :

- Aux religieux : avant de se présenter à la synagogue de Nazareth, il guérit des malades non loin de là, à Capharnaüm (Lc 4,43) ;

- A la foule : les guérisons opérées sont à la mesure de cette foule, nombreuses, et c’est en grand nombre qu’elle le suit sur la montagne pour l’entendre (Lc 6,17) ;

- A ses disciples : ces miracles s’adressent à ceux qu’il a choisis, des hommes qui, simples pêcheurs, ignorent tout de tout. Il lui paraît donc nécessaire de donner de l’éclat à ces manifestations de son pouvoir : l’arrêt de la tempête, la marche sur les eaux et enfin la pêche miraculeuse, trois miracles réalisés ainsi dans leur propre domaine, la mer.

La révélation de sa fonction de Messie - C’est en procédant à des résurrections que le Christ va révéler à ses disciples qu’il dispose de ce pouvoir extra-naturel, le pouvoir sur l’homme, sur la vie, un pouvoir qui ne peut ainsi venir que de Dieu.

Cette révélation a pour objectif de conforter la foi de ses disciples en la justifiant. C’est en ce sens qu’il refusera ce témoignage à ceux qui ne veulent pas l’entendre (Lc 11,29). Il procède ainsi à trois résurrections :

- Celle du fils de la veuve de Naïn, témoignage adressé à la foule de ses disciples (Lc 7,11) ;

- Celle de la fille de Jaïre, dont il fait témoins les trois premiers disciples qui ont affirmé leur foi (Lc 8,49) ;

- Celle de Lazare, message adressé à tous ceux qui auront fait état de leur engagement en le suivant jusque Jérusalem (Jn 11,1).

 

La révélation de sa divinité - Le Christ se refuse à la révéler à ceux qui n’auront pas fait état, non seulement de leur foi, mais également et surtout de leur volonté de s’engager à sa suite, estimant que ce n’est pas sur sa divinité mais bien sur sa doctrine et son œuvre que doit s’appuyer leur engagement. Il la révèle ainsi :

- A ses trois premiers disciples, Pierre, Jacques et Jean, dès qu’ils ont fait état de leur engagement, en les invitant à assister à sa Transfiguration (Lc 9,28) ;

- Aux autres apôtres présents au repas final, leur engagement étant devenu effectif (Jn 14,5) ;

- A toutes celles et à tous ceux qui l’auront suivi jusqu’au Calvaire en leur apparaissant après sa Résurrection (Mt 28,5).

 

 

CHAPITRE III

 

LA DEMARCHE ENVERS LES RELIGIEUX

 

 

Le Christ s’est donné pour objectif d’aller à la rencontre de tous pour révéler la véritable Loi de Dieu : l’amour de Dieu et du prochain.

En entamant sa mission, il observe une fracture dans la population entre, d’une part la communauté religieuse, celle des prêtres, des scribes et des Pharisiens qui se considèrent comme les gardiens de la Loi de Dieu, une Loi qui ont vidée de sa substance pour en faire une religion de façade peu exigeante, limitée pour l’essentiel au respect de quelques règles telles que la prière, le respect du jeûne, les ablutions ainsi que l’aumône, et d’autre part la foule volontairement mise par les religieux dans l’ignorance de la Loi et qu’ils culpabilisent en considérant la possession de biens et la richesse comme des signes de vertu.

Ainsi, c’est en toute logique que le Christ s’adresse en premier lieu à ces religieux pour les mettre au fait de la véritable Loi de Dieu et les inviter à le rejoindre pour assumer sa mission à ses côtés.

A cette époque, la Palestine se trouve divisée en deux régions séparées par la Samarie : au nord, la Galilée avec Nazareth, au sud la Judée avec Jérusalem, grand centre religieux.

Cette démarche envers les religieux comportera trois étapes successives : d’abord Nazareth, puis la Galilée et enfin Jérusalem.

 

NAZARETH ET LE PREMIER REJET DES RELIGIEUX

 

Après avoir été ainsi désigné par Jean-Baptiste, le Christ manifeste sa présence et sa qualité de Prophète en procédant à plusieurs guérisons à Capharnaüm. Il est ainsi attendu puis écouté lorsqu’il se présente à la synagogue de Nazareth.

Il annonce qu’il est le Messie et, faisant référence aux Ecritures, révèle que sa mission n’est pas réservée au seul peuple élu mais qu’elle est au contraire universelle, rappelant qu’il en fut ainsi dans le passé pour ces deux grands prophètes reconnus, Elie et Elisée :

Assurément, je vous le dis, il y avait beaucoup de veuves en Israël aux jours d’Elie, lorsque le ciel fut fermé pour trois ans et six mois, quand survint une grande famine sur tout le pays ; et ce n’est à aucune d’elles que fut envoyé Elie, mais bien à une veuve de Sarepta, au pays de Sidon. Il y avait aussi beaucoup de lépreux en Israël au temps du prophète Elisée ; et aucun d’eux ne fut purifié, mais bien Naaman, le Syrien (Lc 4,25).

Le peuple juif avait conçu la venue du Messie annoncé comme celle d'un homme d'Etat dont la mission serait de le libérer du joug romain et d'assurer sa suprématie sur le reste du monde.

Ainsi, cette déclaration provoque aussitôt le rejet total, violent, des religieux qui se refusent à l’entendre et vont même jusqu’à tenter de le tuer.

 

LA GALILEE ET LE DEUXIEME REJET DES RELIGIEUX

 

Le Christ ne veut pas s’arrêter à ce rejet des quelques religieux de Nazareth, son objectif étant d’aller à la rencontre de l’ensemble de la communauté religieuse. Or, exception faite de Nazareth, il n’est pas connu en Galilée. C’est ainsi qu’il adresse un message au prêtre à l’occasion d’une guérison .

 

Le message au grand prêtre et à la communauté religieuse  - Parcourant la Galilée, il rencontre un lépreux sur son chemin, le guérit puis l’invite à aller se montrer au prêtre pour lui faire part de sa présence et lui indiquer que sa mission s’exerce dans le respect de la Loi de Moïse. Il lui enjoignit de n'en parler à perxonne : « mais va- t’en te montrer au prêtre, et offre pour ta purification ce que t’a prescrit Moïse : ce leur sera une attestation » (Lc 5,14).

Ce message produit un effet retentissant au sein de la communauté religieuse si l’on en juge d’après le récit de la guérison, quelques temps plus tard, d’un paralytique : les religieux présents sont nombreux « venus de tous les bourgs de Galilée, de Judée et de Jérusalem » (Lc 5,17). Il va ainsi :

 

1°) Leur affirmer en premier lieu sa fonction de Messie;

2°) Leur signifier ensuite que leur interprétation de la Loi est erronée et les inviter à l’abandonner pour suivre la véritable Loi de Dieu, Loi qu’il opposera ensuite, point par point, à la leur ;

3°) Les mettre au fait de la réalité de son pouvoir surnaturel, tant au niveau de l’esprit qu’à celui de la matière, en guérissant un homme à la fois possédé et muet. Cette illustration de sa fonction de Messie provoquera un nouveau rejet de leur part;

4°) Face à ce rejet, leur lancer une mise en garde pour eux-mêmes, puis un avertissement sévère sur leur responsabilité en tant que représentants affichés de la Loi de Dieu ;

5°) Justifier enfin ses accusations en les amenant à faire eux-mêmes état de leur hypocrisie. Il procèdera pour cela à deux guérisons des jours de sabbat.

 

La forme du discours - En allant à la rencontre des religieux, le Christ sait qu’il s’adresse à des responsables en parfaite connaissance des Ecritures, des Prophètes et de la Loi de Dieu, ce qui ne sera pas le cas avec la foule. C’est donc en s’appuyant sur ces références qu’il s’attache à justifier sa doctrine et son respect de la Loi de Dieu, avant de les mettre au fait de leur dérive.

Autre point : dans cette région de Galilée, très éloignée du véritable pouvoir religieux concentré à Jérusalem, les religieux présents, peu nombreux, ne sont guère à même de comprendre la véritable doctrine du Christ, celle de l’Esprit. C’est ainsi au niveau du simple respect des traditions qu’ils tentent de s’opposer à lui, et c’est sur ce point qu’il leur répond en les mettant au fait de leur non respect de la véritable Loi de Dieu.

 

L’affirmation de sa fonction de Messie

 

La guérison du paralytique - Cet homme, ne pouvant l’approcher au milieu de la foule très dense, se fait descendre par une ouverture opérée dans le toit pour parvenir ainsi à ses pieds.

Cette foi exceptionnelle, le Christ la conforte, affirmant par là-même sa fonction de Messie : Tes péchés te sont remis (Lc 5,20).

Accusé aussitôt de blasphème par les religieux présents, il leur signifie qu’il dispose de tout pouvoir, tant au niveau de la matière qu’à celui de l’esprit, illustration à la fois de sa stature de prophète et de sa fonction de Messie. Pourquoi ces pensées dans vos cœurs ? Quel est le plus facile de dire : Tes péchés te sont remis, ou de dire : Lève-toi et marche ? Eh bien ! pour que vous sachiez que le Fils de l’homme a le pouvoir de remettre les péchés, je te l’ordonne, lève-toi et marche et, prenant ta civière, va chez toi » (Lc 5,22).

La réaction de la foule face à ce miracle est, quant à elle, positive, ce qui provoque l’embarras des religieux et les incitera à le contester : Tous furent alors saisis de stupeur et ils glorifiaient Dieu. Ils furent remplis de crainte et ils disaient : « Nous avons vu d’étranges choses aujourd’hui » (Lc 5,26).

 

La vérité sur l’interprétation de la Loi

 

1°) L’interprétation des religieux

 

Cette révélation de sa fonction de Messie aux yeux de la foule qui l’admire provoque ainsi la crainte pour ces religieux de voir mise en cause leur hégémonie sur la population..

Ils vont donc s’efforcer de légitimer leur propre autorité en portant leurs griefs au niveau de son non respect de leurs lois. N’osant l’interpeller devant cette foule qui l’admire, c’est à ses disciples qu’ils s’en prennent en premier lieu, en leur reprochant successivement :

 

- De fréquenter les pécheurs - Pourquoi mangez-vous et buvez-vous avec les publicains et les pécheurs ? C’est le Christ qui leur répond en leur expliquant : Ce ne sont pas les gens en bonne santé qui ont besoin de médecin, mais les malades; je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs, au repentir (Lc 5,30).

 

- De ne pas respecter le repos du sabbat - En les voyant arracher des épis pour s’en nourrir, ils leur demandent : Pourquoi faites-vous ce qui n’est pas permis le jour de sabbat ?

C’est à nouveau le Christ qui leur en donne l’explication : Vous n’avez donc pas lu ce que fit David  lorsqu’il eut faim, lui et ses compagnons, comment il entra dans la demeure de Dieu, prit les pains d’oblation, en mangea et en donna à ses compagnon, ces pains qu’il n’est permis de manger qu’aux seuls prêtres ? Le Fils de l’homme est maître du sabbat (Lc 6,2).

 

- De ne pas respecter la règle du jeûne - Voyant que c’est le Christ qui leur répond, c’est à lui qu’ils s’adressent finalement : Les disciples de Jean jeûnent fréquemment et font des prières, ceux des Pharisiens pareillement, et les tiens mangent et boivent !

Il leur en donne également l’explication : Pouvez-vous faire jeûner les compagnons de l’époux pendant que l’épouse est avec eux ? Mais viendront des jours (…) et quand l’époux leur sera enlevé, alors ils jeûneront en ces jours-là (Lc 5,33).

 

2°) - L’invitation au changement

 

Prenant en compte le fait que ce culte des rites puisse n’être qu’un héritage inconscient de leurs ancêtres, il les convie, à l’aide d’une double image, à abandonner totalement cette doctrine peu contraignante pour suivre la sienne, celle de Dieu : Personne ne déchire une pièce de vêtement neuf pour rajouter à un vieux vêtement ; autrement on aura déchiré le neuf, et la pièce prise au neuf jurera avec le vieux. Personne ne met du vin nouveau dans des outres vieilles ; autrement le vin nouveau fera éclater les outres, et il se répandra les outres seront perdues. Mais du vin nouveau, il faut le mettre dans des outres neuves. Et personne, après avoir bu du vin vieux, n’en veut du nouveau. On dit en effet : C’est le vieux qui est bon (Lc 5,37).

 

3°) - L’illustration de la bonne interprétation de la Loi de Dieu

 

Il se rend ensuite au domicile d’un Pharisien puis dans une synagogue pour leur montrer que, dans la réalité des faits, leur doctrine du culte des rites est en opposition avec la Loi de Dieu.

Il reprend ainsi un à un leurs griefs :

 

- Sur la fréquentation des pécheurs - Invité chez un Pharisien, il est l’objet de soins attentifs de la part d’une pécheresse repentante qui lui lave les pieds de ses larmes et les essuie de ses cheveux. Remarquant l’étonnement de ce Pharisien de le voir accepter ainsi les soins d’une pécheresse, il lui explique longuement les motifs de son attitude : Tu vois cette femme ? Je suis

entré dans ta maison, et tu ne m’as pas versé d’eau sur les pieds; elle, au contraire, m’a arrosé les pieds de ses larmes et les a essuyés de ses cheveux. Tu ne m’as pas donné de baiser ; elle, au contraire, depuis que je suis entré, n’a cessé de me couvrir les pieds de baisers. Tu n’as pas répandu d’huile sur ma tête ; elle, au contraire a répandu du parfum sur mes pieds. A cause de cela, je te le dis, ses péchés, ses nombreux péchés, lui seront remis parce qu’elle a montré beaucoup d’amour (Lc 7,44).

 

- Sur le non respect du repos du sabbat - Il se rend également dans une synagogue un jour de sabbat et se trouve en présence d’un malade, un homme à la main desséchée. Avant de le guérir il pose ouvertement la question : Je vous le demande, est-il permis, le sabbat, de faire le bien plutôt que de faire le mal, de sauver une vie plutôt que de la perdre ?

N’obtenant pas de réponse, il le guérit (Lc 6,9).

 

- Sur le non respect du jeûne - Il dénonce en conclusion, sur ce point, leur comportement infantile qui les conduit à critiquer tout et son contraire dans le seul but d’amener la population à

les suivre : A qui donc vais-je comparer les hommes de cette génération ?A qui ressemblent-ils ? Ils ressemblent à ces gamins qui sont assis sur une place et s’interpellent les uns les autres, en disant : « Nous avons joué de la flûte, et vous n’avez pas dansé ! Nous avons entonné un chant funèbre et vous n’avez pas pleuré ! » Jean le Baptiste est venu, en effet, ne mangeant pas de pain ni ne buvant de vin, et vous dites : « Il est possédé ! » Le Fils de l’homme est venu, mangeant et buvant, et vous dites : « Voilà un glouton et un ivrogne, un ami des publicains et des pêcheurs » Et la sagesse a été justifiée par tous ses enfants (Lc 7,31).

 

L’illustration de sa fonction de Messie et le rejet des religieux

 

Après les avoir mis ainsi au fait du mal-fondé de leur doctrine, le Christ leur apporte un témoignage fort sur sa fonction de Messie: il leur donne l’illustration de son pouvoir, non seulement sur la matière mais également sur l’esprit, en guérissant un possédé muet.

A l’issue de ce miracle, les religieux se trouvent forcés d’admettre l’existence de ce pouvoir sur l’esprit. Ils se refusent cependant à le reconnaître comme venant de Dieu. C’est ainsi qu’ils l’accusent d’agir au nom de Satan, une accusation gratuite dont il relève aussitôt l’incohérence totale :

Tout royaume divisé contre lui-même est dévasté, et maison sur maison s’écroule. Si donc Satan s’est, lui aussi, divisé contre lui-même, comment son royaume se maintiendra-t-il ? …puisque vous dites que c’est par Béelzéboul que j’expulse les démons. Mais si, moi, c’est par Béelzéboul que j’expulse les démons, vos fils, par qui les expulsent-t-ils ? Aussi seront-ils eux-mêmes vos juges.

Mais si c’est par le doigt de Dieu que j’expulse les démons, c’est donc que le royaume de Dieu est arrivé jusqu’à vous. Lorsqu’un homme fort et bien armé garde son palais, ses biens sont en sûreté; mais qu’un homme plus fort que lui survienne et le batte, il lui enlève l’armure à laquelle il se confiait et il distribue ses dépouilles (Lc 11,17).

 

Cette accusation est à l’évidence, pour le Christ, à la fois significative et grave. Elle met en évidence leur refus de reconnaître sa fonction de Messie en assimilant son œuvre à une œuvre du mal, un comportement qu’il sait hypocrite, toujours motivé par leur crainte de voir mise en cause leur autorité sur la population. Convaincu que désormais toute nouvelle démarche envers ces religieux s’avère inutile, il décide donc de les mettre en garde avec sévérité.

 

La mise en garde et l’avertissement sur leur responsabilité

 

Ainsi, il va donc :

1°) Leur adresser une mise en garde sur les conséquences pour eux mêmes de leur rejet dont il les déclare totalement responsables ; 2°) Leur lancer un avertissement fort sur leur responsabilité en tant que représentants affichés de la Loi.

 

1°) - La mise en garde

 

- Les conséquences pour eux-mêmes - Qui n’est pas avec moi est contre moi , et qui n’amasse pas, dissipe. Lorsque l’esprit impur est sorti de l’homme, il erre dans des lieux arides en quête de repos. N’en trouvant pas, il dit : « Je vais retourner dans ma demeure, d’où je suis sorti » Etant venu, il la trouve balayée, bien en ordre. Alors il s’en va prendre sept autres esprits plus mauvais que lui ; ils reviennent et y habitent. Et l’état final de cet homme devient pire que le premier » (Lc 11,23).

 

- Leur responsabilité dans leur attitude de refus - Il leur signifie que son œuvre doit suffire à elle seule à servir de témoignage à sa fonction de Messie et leur rappelle, à l’appui de cette affirmation, qu’il en a été ainsi dans l’Histoire : c’est bien en effet pour leurs seules œuvres que des communautés entières ont suivi Salomon et Jonas. Il les prévient en conclusion qu’en refusant ainsi de recevoir son éclairage, ils se condamnent eux-mêmes définitivement :

Cette génération est une génération mauvaise ; elle demande un signe, et de signe il ne lui sera donné que le signe de Jonas. Car, tout comme Jonas devint un signe pour les Ninivites, de même le Fils de l’homme en sera un pour cette génération.

La reine du Midi se lèvera lors du jugement avec les hommes de cette génération et elle les condamnera, car elle vint des extrémités de la terre pour écouter la sagesse de Salomon, et il y a ici plus que Salomon !

Les hommes de Ninive se dresseront lors du Jugement avec cette génération et ils la condamneront, car ils se repentirent à la proclamation de Jonas, et il y a ici plus que Jonas (Lc 11,29).

 

2°) - L’avertissement sur leur responsabilité en tant qu’autorités religieuses

Invité chez un pharisien, il se voit reprocher de ne pas respecter leur rite des ablutions. C’est l’occasion pour lui de les fustiger à la fois sur leur doctrine et sur leur comportement :

 

Sur leur doctrine - Vous voilà bien, vous les Pharisiens. L’extérieur de la coupe et du plat, vous le purifiez, alors que votre intérieur à vous est plein de rapine et de méchanceté ! Insensés ! Celui qui a fait l’extérieur n’a-t-il pas fait aussi l’intérieur ? Donnez plutôt en aumône ce que vous avez, et alors tout sera pur pour vous (Lc 11,39).

 

Sur leur comportement -  Il s’adresse tour à tour aux Pharisiens, puis aux légistes présents qui l’interpellent à leur tour, pour les mettre au fait de leur perfidie, de leur hypocrisie, et du scandale dont ils sont les acteurs vis à vis de la population :

Aux Pharisiens:

- Leur perfidie - Malheur à vous, les Pharisiens, qui acquittez la dîme de la menthe, de la rue et de toute plante potagère, et qui délaissez la justice et l’amour de Dieu ! Il fallait pratiquer ceci sans omettre cela.

- Leur hypocrisie - Malheur à vous, les Pharisiens, qui aimez le premier siège dans les synagogues et les salutations publiques !

- Leur scandale - Malheur à vous, qui êtes comme les tombeaux que rien ne signale et sur lesquels on marche sans le savoir !

Aux légistes:

- Leur perfidie - Malheur à vous aussi, légistes, malheur, parce que vous chargez les gens de fardeaux impossibles à porter et vous-mêmes ne touchez pas à ces fardeaux d’un seul de vos doigts !

- Leur hypocrisie - Malheur à vous, parce que vous bâtissez les tombeaux des prophètes, et ce sont vos pères qui les ont tués ! Vous êtes donc des témoins et vous approuvez les actes de vos pères; eux ont tué, et vous, vous bâtissez !

- Leur scandale - Malheur à vous, les légistes, parce que vous avez enlevé la clé de la science ! Vous-mêmes n’êtes pas entrés, et ceux qui voulaient entrer, vous les en avez empêchés ! (Lc 11, 42-52)

 

Il conclut avec virulence: Serpents, engeance de vipères ! comment pourrez-vous échapper à la condamnation de la géhenne ? C’est pourquoi voici que j’envoie vers vous des prophètes, des sages et des scribes : vous en tuerez et mettrez en croix, vous en flagellerez dans vos synagogues et pourchasserez de ville en ville, pour que retombe sur vous le sang innocent répandu sur la terre, depuis le sang de l’innocent Abel, jusqu’au sang de Zacharie, fils de Barachie, que vous avez assassiné entre le sanctuaire et l’autel ! En vérité, je vous le dis, tout cela va retomber sur cette génération ! (Mt 23, 37)

 

La réaction des opposants - Quand il fut sorti de là, les scribes et les Pharisiens se mirent à lui en vouloir terriblement et à le faire parler sur une foule de choses, lui tendant des pièges pour surprendre une parole sortie de sa bouche (Lc 11,53).

 

La justification de ses accusations à l’occasion de deux guérisons

 

Ces accusations, le Christ les justifie ensuite en les mettant au fait de leur hypocrisie. Il procède pour cela successivement à deux guérisons en se rendant des jours de sabbat, d’abord dans une synagogue, puis chez un Pharisien.

 

- La guérison d’une femme courbée - Témoin involontaire de ce miracle, le chef de la synagogue, embarrassé par cette guérison dont il ne peut nier les bienfaits devant la foule, cherche une échappatoire en invitant les personnes présentes à choisir un autre jour que le sabbat pour se faire guérir. Le Christ dénonce aussitôt cette hypocrisie : - Hypocrites, chacun de vous, le sabbat, ne délie-t-il pas de la crèche son bœuf et son âne pour le mener à boire ? Et cette fille d’Abraham, que Satan a liée voici dix-huit ans, il n’eût pas fallu la délier de ce lien le jour du sabbat ! (Lc 13,15)

 

- La guérison d’un hydropique - Il décide, cette fois, de poser ouvertement la question avant de procéder à cette guérison :  Est-il permis, le sabbat, de guérir, ou non ? N’obtenant pas de réponse, il guérit le malade et justifie son action par une nouvelle question qui les mettra au fait de leur hypocrisie :

Lequel d’entre vous, si son fils ou son bœuf vient à tomber dans un puits, ne l’en tirera aussitôt, le jour du sabbat ? Et ils ne purent rien répondre à cela (Lc 14,3).

 

 

JERUSALEM ET LE REFUS DEFINITIF DES RELIGIEUX

 

Après les rejets des religieux de Nazareth et de Galilée, le Christ décide de se rendre à Jérusalem dans le but d’y rencontrer, cette fois, les instances religieuses au plus haut niveau.

Il s’y déplacera ainsi à deux reprises à l’occasion des deux Fêtes de la Pâque, fêtes essentiellement religieuses au cours desquelles il espère rencontrer des responsables religieux.

 

La forme du discours - Les religieux de Judée et de Jérusalem sont des érudits, à même ainsi de comprendre les notions de Messie envoyé de Dieu et de doctrine de nourriture de l'esprit, ce qui n'était pas le cas en Galilée. C'est donc, cette fois-ci à ce niveau que vont se situer les objections des opposants puis, en réponse, le contenu des entretiens avec Nicodème.

 

LA PREMIERE FETE DE LA PAQUE

 

Avant de se déplacer en Judée, compte tenu que les prêtres y sont nombreux, ce n’est plus un seul lépreux qu’il guérit, mais dix, après leur avoir prescrit d’aller se montrer aux prêtres pour les informer de sa venue (Lc 17,11).

Cette démarche se heurtera cette fois-ci à une fin de non recevoir. Ils vont en effet feindre de l’ignorer. Faute de pouvoir ainsi les rencontrer, il chargera alors Nicodème de les informer sur le sens de sa mission. Cette deuxième démarche se heurtera de la même manière à un rejet définitif des religieux lors de la Fête des Tentes.

 

La scène des marchands du Temple - C’est le constat de l’étendue de la dérive: lorsqu’il se rend au Temple espérant y rencontrer des religieux, il ne trouve que des marchands occupés à vendre du bétail, un comportement d’irrespect aggravé envers Dieu, une faute qu’il a dénoncée comme étant la faute absolue, celle pour laquelle il a prévenu qu’il n’y aurait pas de pardon. C’est donc bien en tant que représentant de la Loi de Dieu et en s’y référant, qu’il décide de mettre fin à ce scandale : Il est écrit : « Ma maison sera appelée une maison de prière. Mais vous, vous en faites un repaire de brigands » (Mt 21,13 – Mc 11,15 – Lc 19,45).

 

Le rejet des religieux- Les chefs des prêtres et les scribes présents, forcés d’admettre son intervention comme conforme à la Loi de Dieu - son respect - en sont réduits à mettre en cause sa seule autorité : Par quelle autorité fais-tu cela ? Et qui t’a donné cette autorité ?

Le Christ, en retour, les met au fait de leur hypocrisie et de leur mauvaise foi. Il leur déclare ainsi qu’aucune réponse ne peut leur être donnée sur ce point dès l’instant qu’ils se refusent à reconnaître son œuvre comme conforme à la Loi de Dieu, avec, en référence, l’image de l’œuvre de Jean Baptiste : De mon côté, je vais vous poser une question, une seule ; si vous m’y répondez, moi aussi je vous dirai par quelle autorité je fais cela. Le baptême de Jean, d’où était-t-il ? Du ciel ou des hommes ?

Voyant qu’ils ne peuvent donner de réponse (- nous ne savons pas,) il leur réplique : Moi non plus, je ne vous dis pas par quelle autorité je fais cela (Mt 21,23). :

 

La mise en garde - En conclusion, il les met en garde à l’aide de deux paraboles :

 

- Les deux fils : Mais dites-moi votre avis. Un homme avait deux enfants. S’adressant au premier, il dit: Mon enfant, va-t-en aujourd’hui travailler à la vigne. «  Je ne veux pas », répondit-t-il; ensuite, pris de remords, il y alla. S’adressant au second, il dit la même chose; l’autre répondit : « Entendu, Seigneur, » et il n’y alla point. Lequel des deux a fait la volonté de son père ?

En vérité je vous le dis, les publicains et les prostituées arrivent avant vous au Royaume de Dieu. En effet, Jean est venu à vous dans la voie de la justice, et vous n’avez pas cru en lui; les publicains, eux, et les prostituées ont cru en lui ; et vous, devant cet exemple, vous n’avez même pas eu un remord tardif qui vous fît croire en lui (Mt 21,28).

 

- Les vignerons homicides : Cette parabole relate l’histoire d’un homme qui, partant en voyage, loue sa vigne à des vignerons. A trois reprises, il envoie ensuite des serviteurs pour toucher une part du produit de la vigne : ils sont battus et renvoyés les mains vides. Il envoie alors son fils héritier : …mais, à sa vue, les vignerons faisaient entre eux ce raisonnement « Celui-ci est l’héritier, tuons-le, pour que l’héritage soit à nous » Que fera donc le maître de la vigne ? Il viendra, fera périr les vignerons et donnera la vigne à d’autres.

 

La réaction des opposants : Sur l’heure, les scribes et les grands prêtres cherchèrent à mettre la main sur lui, mais ils eurent peur du peuple. Ils avaient bien compris que c’était pour eux qu’il avait dit cette parabole (Lc 20,9).

 

L’avertissement - Le Christ, face à ce rejet généralisé de toutes les communautés religieuses de Nazareth, de Galilée et de Judée, conclut qu’il apparaît de plus en plus exclu, pour lui, de leur confier cette mission qui leur était impartie : diffuser sa doctrine au monde. Il les avertit donc que cette mission qui leur revenait sera désormais confiée à d’autres et les prévient que ce rejet les conduira à leur perte : Aussi, je vous le dis : le Royaume de Dieu vous sera retiré pour être confié à un peuple qui fera produire ses fruits. Celui qui tombera sur cette pierre s’y fracassera et celui sur qui elle tombera, elle l’écrasera(Mt 21,42).

# Les récits des Evangiles synoptiques - ceux de Matthieu, Marc et Luc - sur la démarche du Christ envers la communauté religieuse prennent fin avec cet épisode de la « purification du Temple ».

Les événements qui suivront sont relatés par St Jean Il fait d’abord la liaison avec les trois autres évangélistes en relatant à son tour la scène de la Purification de Temple (Jn 22,14) qu’il enchaîne par l’entretien avec Nicodème, puis le refus définitif des religieux et leur condamnation

 

L’entretien avec Nicodème

 

Le Christ reste encore à Jérusalem le temps de la Pâque dans le but, sans doute, d’y rencontrer enfin quelqu’un susceptible de l’écouter afin que son message soit transmis à cette communauté religieuse qui refuse de l’écouter. Il le trouve en la personne de Nicodème, un érudit pharisien venu le voir en secret dans l’espoir de comprendre. Le Christ peut donc lui révéler sa doctrine et sa mission, une explication à un haut niveau, celui de l’esprit . Dans son discours, il insiste fortement par de triples répétitions afin que son message soit bien compris. Il conclut ensuite cet entretien par une ultime mise en garde :

 

- La nécessité du changement – Comme il l’avait fait en Galilée (Lc 5,37) le Christ invite les représentants de la communauté religieuse à abandonner leur doctrine pour adhérer à la sienne, celle de l’esprit, la lumière qui ne peut venir que de Dieu et ainsi la seule voie qui puisse mener à Lui, une voie à laquelle nul ne peut accéder sans faire l’abandon de toute doctrine matérialiste, cette voie enfin qu’ils refusent.

En vérité, en vérité, je te le dis, à moins de naître de nouveau, nul ne peut voir le royaume de Dieu.

En vérité, en vérité, je te le dis, à moins de naître d’eau et d’esprit, nul ne peut entrer dans le royaume de Dieu…

En vérité, en vérité, je te le dis, nous parlons de ce que nous savons et nous attestons ce que nous avons vu ; mais vous n’accueillez pas notre témoignage. Si vous ne croyez pas quand je vous dis les choses de le terre, comment croirez-vous quand je vous dirai les choses du ciel ?

 

- Le rappel de sa fonction - Il lui confirme qu’il est bien le Messie envoyé de Dieu et le seul ainsi à connaître sa volonté. Il lui précise l’objet de sa mission qui est de mettre un terme à la dérive du mal et d’apporter le salut à ceux qui l’écoutent ; il rappelle qu’il est la Voie, la Vérité et la Vie :

Nul n’est monté au ciel, hormis celui qui est descendu du ciel, le Fils de l’homme. Comme Moïse éleva le serpent dans le désert, ainsi faut-il que soit élevé le Fils de l’homme, afin que

quiconque croit ait la vie éternelle. .

Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils, l’Unique Engendré, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas mais ait la vie éternelle.

Car Dieu n’a pas envoyé le Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par son entremise. Qui croit en lui n’est pas jugé ; qui ne croit pas est déjà jugé, parce qu’il n’a pas cru au nom du Fils Unique Engendré de Dieu (Jn 3,3-18).

 

- La mise en garde - Et tel est le jugement : la lumière est venue dans le monde et les hommes ont mieux aimé les ténèbres que le lumière, car leurs œuvres étaient mauvaises. Quiconque, en effet, commet le mal hait la lumière et ne vient pas à la lumière, de peur que ses œuvres ne soient démontrées coupables, mais celui qui fait la vérité vient de la lumière, afin qu’il soit manifesté que ses œuvres sont faites en Dieu (Jn 3,19).

 

LA DEUXIEME FETE ET LE REFUS DEFINITIF DES RELIGIEUX

 

On peut supposer que le Christ a voulu laisser à Nicodème le temps de transmettre son message aux autorités religieuses. C’est ainsi qu’il attend l’occasion d’une nouvelle fête pour se rendre à Jérusalem, convaincu, sans doute, que les religieux sont restés sur leur position de refus.

Il semble bien décidé, cette fois, de se faire entendre de ces religieux. C’est ainsi que, pour parvenir à ses fins, il se rend dès son arrivée à la piscine miraculeuse de Bézatha où les religieux sont présents et probablement nombreux Il y guérit un paralytique un jour de sabbat. Ce miracle provoque aussitôt la réaction des religieux, ce qui lui permet de se faire enfin écouter d’eux et de réaffirmer sa fonction de Messie.

 

Le message final aux religieux

 

Dans son discours, il va ainsi 

- Réaffirmer sa fonction de Messie et l’objet de sa mission

- Appuyer cette déclaration en faisant référence à son triple témoignage

 

Sa fonction et sa mission  - Il leur confirme une nouvelle fois :

 

1°) - Qu’il est le Messie annoncé par Moïse et que son œuvre est le reflet de la volonté de son Père : Mon Père est à l’œuvre jusqu’à présent et j’œuvre moi aussi (Jn 5,17) ; 

 

2°) - Qu’il est bien la Voie qui mène à Dieu, la Vérité et la Vie :  

 

- La Voie  - En vérité, en vérité, je vous le dis, le Fils ne peut rien faire de lui-même, qu’il ne le voit faire au Père; ce que fait celui-ci, le Fils le fait pareillement. Car le Père aime le Fils, et lui montre ce qu’il fait ; et il lui montrera des œuvres plus grandes que celles-ci, à vous en stupéfier. Comme le Père en effet ressuscite les morts et leur donne vie, ainsi le Fils de l’homme donne la vie à qui il veut.

Car le Père ne juge personne ; il a donné au Fils le jugement tout entier, afin que tous honorent le Fils comme ils honorent le Père. Qui n’honore pas le Fils n’honore pas le Père qui l’a envoyé.

En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui écoute ma parole et croit celui qui m’a envoyé a la vie éternelle et ne vient pas en jugement, mais il est passé de la mort à la vie .

 

- La Vérité  - N’en soyez pas étonnés, car elle vient l’heure où tous ceux qui sont dans les tombeaux entendront sa voix et sortiront : ceux qui auront fait le bien, pour une résurrection de vie, ceux qui auront fait le mal pour une résurrection de jugement.

Je ne puis rien faire de moi-même. Je juge selon ce que j’entends : et mon jugement est juste, parce que je ne cherche pas ma volonté, mais la volonté de celui qui m’a envoyé.

 

- La Vie  - En vérité, en vérité, je vous le dis, l’heure vient, - et c’est maintenant – où les morts entendront la voix du Fils de Dieu, et ceux qui l’auront entendue vivront.

Comme le Père en effet a la vie en lui-même, de même a-t-il donné au Fils d’avoir aussi la vie en lui-même et il lui a donné le pouvoir d’exercer le jugement parce qu’il est Fils d’homme

(Jn 5,18-30).

 

Son triple témoignage  -Il rappelle que sa fonction est soutenue par les témoignages  :

 

- De Jean-Baptiste - Si je me rends témoignage à moi même, mon témoignage n’est pas valable. Un autre témoigne de moi, et je sais qu’il est valable le témoignage qu’il me rend. Vous avez envoyé trouver Jean et il a rendu témoignage à la vérité.

Quant à moi, ce n’est pas d’un homme que je reçois le témoignage ; mais je dis cela pour que vous, vous soyez sauvés.

Celui-là était la lampe qui brûle et qui luit, et vous avez voulu vous réjouir une heure à sa lumière (Jn 5,31).

 

- De son Père - Mais j’ai plus grand que le témoignage de Jean : en effet, les œuvres que le Père m’a donné à mener à bonne fin, les œuvres mêmes que je fais témoignent à mon sujet que le Père m’a envoyé. Et le père qui m’a envoyé, lui, m’a rendu témoignage.

Vous n’avez jamais entendu sa voix, vous n’avez jamais vu sa face, et sa parole, vous ne l’avez pas à demeure en vous, puisque vous ne croyez pas celui qu’il a envoyé (Jn 5,36).

 

- De Moïse -Vous scrutez les Ecritures parce que vous pensez avoir en elles la vie éternelle, et ce sont elles qui me rendent témoignage, et vous ne voulez pas venir à moi pour avoir la vie. 

De la gloire je n’en reçois pas qui vienne des hommes ; mais je vous connais : vous n’avez pas en vous l’amour de Dieu ; je suis venu au nom de mon Père et vous ne m’accueillez pas ; qu’un autre vienne en son propre nom, celui-là, vous l’accueillerez. Comment pouvez-vous croire, vous qui recevez votre gloire les uns des autres, et ne cherchez pas la gloire qui vient du Dieu unique.

Ne pensez pas que je vous accuserai auprès du Père. Votre accusateur, c’est Moïse, en qui vous avez mis votre espoir, car si vous croyiez Moïse, vous me croiriez aussi, car c’est de moi qu’il a écrit. Mais si vous ne croyez pas ses écrits, comment croirez-vous à mes paroles (Jn 5,39)

 

L’ultime refus des religieux

 

Il devient manifeste lors de la Fête des Tentes. Nicodème se heurte à un ultime refus des religieux de reconnaître la fonction du Christ. Voyant qu’ils ont envoyé des gardes pour arrêter le Christ, il tente de s’interposer : « Notre Loi juge-t-elle un homme sans d’abord l’entendre et savoir ce qu’il fait ? » Réponse des religieux : « Est-tu de la Galilée, toi aussi ? Etudie ! tu verras que ce n’est pas de la Galilée que sort un prophète ( Jn 7,51)

 

Cet ultime rejet, ce refus, met un point final à la démarche du Christ envers l’ensemble de la communauté religieuse. Ce sera la confirmation de leur condamnation. .

 

 

CHAPITRE IV

 

LA DEMARCHE ENVERS LA FOULE

 

Le rejet catégorique de la communauté religieuse a eu pour effet de compliquer considérablement la mission du Christ. Il va devoir désormais assumer sa mission lui-même et, dans le même temps, former des disciples pour lui succéder dans cette tâche après son départ. Il choisit ainsi douze hommes hors de l’influence des religieux. Parmi ces hommes, certains sont sans doute analphabètes, et la majorité d’entre eux n’ont aucune culture religieuse. C’est donc une tâche démesurée qu’il entreprend, d’autant qu’il s’attend à ce que les Pharisiens vont s'efforcer de faire obstacle au déroulement de sa mission, ce qui sera le cas.

 

Le message à l’autorité civile – Le Christ a conscience que cette démarche directe envers la foule comporte le risque d’être mal interprétée par l’autorité civile. En effet, Hérode, totalement étranger à la chose religieuse, pourrait voir en lui un perturbateur de l’ordre public. Il juge donc nécessaire de l’informer du sens de sa mission afin d’éviter tout malentendu. C’est pour lui important au point qu’il décide de se déplacer de Judée jusqu’en Galilée pour procéder à une guérison dans l’entourage de Hérode, celle du fils d’un fonctionnaire royal. Il donne volontairement à ce miracle un aspect démonstratif : il guérit en effet le malade sans même se rendre sur les lieux et ce sont des serviteurs qui rapportent la nouvelle de l’événement à leur maître. Enfin, le miracle accompli, il retourne sans attendre en Judée, montrant par là qu’il se refuse à tirer un quelconque bénéfice personnel de son action (Jn 4,43.)

 

Cette non ingérence dans la fonction publique, il la confirmera avec force le jour où les Pharisiens viendront le trouver pour lui conseiller de quitter le pays en prétextant qu’Hérode veut le tuer. Il leur répondra alors : Allez dire à ce renard : « Voici que je chasse les démons et accomplis des guérisons aujourd’hui et demain, et le troisième jour je suis consommé. Mais aujourd’hui, demain et le jour suivant, je dois poursuivre ma route, car il ne convient pas qu’un prophète périsse hors de Jérusalem » (Lc 13,32).

Il confirmera une nouvelle fois cette non ingérence après son arrestation en refusant de répondre aux multiples questions d’Hérode (Lc 23,9).

 

 

LES ETAPES DE LA DEMARCHE : LA GALILEE ET JERUSALEM

 

 

LA GALILEE ET LE REFUS DE LA FOULE

 

Ayant choisi de s’adresser à la foule, le Christ se rend sur la montagne, montrant ainsi que son enseignement s’adresse à tous.

La foule le suit, escaladant la montagne à son tour, manifestant par cette démarche son désir de l’entendre, de croire. C’est donc à des disciples qu’il s’adresse.

Il sait que les religieux leur ont donné une interprétation déformée de la Loi de Dieu en présentant notamment la richesse et la notoriété comme des marques de vertu, de consécration divine, ce qui a pour effet de les culpabiliser. Il va ainsi :

1°) - Rétablir la vérité sur la Loi de Dieu et les inviter à suivre sa voie;

2°) - Exposer les principes essentiels de sa doctrine ;

3°) - Conforter leur foi en affirmant sa stature de prophète puis sa fonction de Messie ;

4°) - Les éclairer enfin sur l’objet de sa mission.

 

La forme du discours - Le cas de la foule se situe à l’opposé de celui des religieux. Ils ignorent la Loi de Dieu, les Ecritures et les Prophètes, à l’exception sans doute de Jean Baptiste. Le Christ va donc faire état de sa fonction de Messie par la manifestation de son pouvoir surnaturel en effectuant de multiples guérisons, puis s’appuyer sur le témoignage de Jean Baptiste pour justifier sa doctrine et sa fonction de Messie.

Face à cette foule de peu de moyens de Galilée, il se limite à expliquer les grands principes de sa doctrine en insistant beaucoup sur son implication dans la vie courante.

 

Le rétablissement de la vérité sur la Loi de Dieu

 

L’ouverture aux humbles et aux pauvres - Dans ce discours, le Christ indique à ses disciples que sa doctrine se situe à l’opposé de celle des religieux :

Heureux, vous les pauvres, car le Royaume de Dieu est à vous.

Heureux, vous qui avez faim maintenant, car vous serez rassasiés.

Heureux, vous qui pleurez maintenant, car vous rirez.

Heureux êtes-vous, quand les hommes vous haïront, quand ils vous frapperont d’exclusion et qu’ils insulteront et proscriront votre nom comme infâme, à cause du Fils de l’homme.

Réjouissez-vous en ce jour-là et tressaillez d’allégresse, car voici que votre récompense sera grande dans le ciel. C’est de cette manière, en effet, que leurs pères traitaient les prophètes.

Mais malheureux êtes-vous, les riches ! car vous avez votre consolation.

Malheureux êtes-vous, qui êtes repus maintenant ! car vous aurez faim.

Malheureux, vous qui riez maintenant, car vous connaîtrez le deuil et les larmes.

Malheureux, lorsque tous les hommes diront du bien de vous ! C’est de cette manière, en effet, que leurs pères traitaient les faux prophètes (Lc 6,20).

 

L’interprétation de la Loi - Il leur précise ensuite que sa doctrine est bien la confirmation de la Loi de Dieu, par opposition à l’interprétation qui leur en a été donnée par les religieux , ajoutant que cette Loi de Dieu se doit d’être appliquée et enseignée.

N’allez pas croire que je suis venu abolir la Loi ou les Prophètes : je ne suis pas venu abolir, mais accomplir.

Car je vous le dis, en vérité : avant que ne passent le ciel et la terre, pas un i, pas un point sur l’i, ne passera de la Loi, que tout ne soit réalisé.

Celui donc qui violera l’un de ces moindres préceptes, et enseignera aux autres à faire de même, sera tenu pour le moindre dans le Royaume des Cieux; au contraire, celui qui les exécutera et les enseignera sera tenu plus grand dans le Royaume des Cieux (Mt 5,17).

 

L’application de la Loi - Il leur montre enfin, à l’aide d’exemples pris dans la vie courante, ce que doit être l’application de cette Loi :

 

1°) Dans les rapports avec Dieu

- L’irrespect - Vous avez entendu qu’il a été dit aux ancêtres : « Tu ne parjureras pas, mais tu t’acquitteras envers le Seigneur de tes serments. » Eh bien moi je vous dis de ne pas jurer du tout : ni par le Ciel, car c’est le trône de Dieu, ni par la terre, car c’est l’escabeau de ses pieds, ni par Jérusalem, car c’est la Ville de grand Roi. Ne jure pas non plus par ta tête, car tu ne peux en rendre un seul cheveu blanc ou noir. Que votre langage soit « Oui ? Oui, Non ? Non »; ce qu’on dit de plus vient du mauvais.

 

2°) - Dans les rapports avec le prochain 

 

 - La violence - Vous avez entendu qu’il a été dit aux ancêtres : « Tu ne tueras point  et si quelqu’un tue, il en répondra devant le tribunal. »

 

Eh bien ! moi, je vous dis : Quiconque se fâche contre son frère en répondra au tribunal; mais s’il dit à son frère : « Crétin », il en répondra au Sanhédrin ; et s’il lui dit : « Renégat », il en répondra dans la géhenne du feu. Quand donc tu présentes ton offrande à l’autel, si tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse là ton offrande, devant l’autel, et va d’abord te réconcilier avec ton frère; puis reviens, et alors présente ton offrande.

 

- L’adultère - Vous avez entendu qu’il a été dit : « Tu ne commettras pas d’adultère »

Eh bien ! moi je vous dis : Quiconque regarde une femme pour la désirer a déjà commis, dans son cœur, l’adultère. Que si ton œil droit est pour toi une occasion de péché, arrache-le et jette-le loin de toi : car mieux vaut pour toi que périsse un seul de tes membres et que ton corps tout entier ne soit pas jeté dans la géhenne. Et si ta main droite est pour toi une occasion de péché, coupe-la et jette-la loin de toi: car mieux vaut pour toi que périsse un seul de tes membres et que ton corps tout entier n’aille pas dans la géhenne.

Il a été dit d’autre part: « Quiconque répudiera sa femme, qu’il lui remette un acte de divorce. »

Eh bien ! moi je vous dis : tout homme qui répudie sa femme, hormis le cas de « prostitution », l’expose à l’adultère; et quiconque épouse une répudiée, commet un adultère.

 

- La haine - Vous avez entendu qu’il a été dit : « Œil pour œil, et dent pour dent »

Eh bien moi ! je vous dis de ne pas tenir tête au méchant : au contraire, quelqu’un te donne un soufflet sur la joue droite, tends-lui encore l’autre ; veut-il te faire un procès et prendre ta tunique, laisse-lui même ton manteau; te requiert-il pour une course d’un mille, fais en deux avec lui. A qui te demande, donne ; à qui veut t’emprunter, ne tourne pas le dos.

 

- L’intolérance - Vous avez entendu qu’il a été dit : « Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi. »

Eh bien moi je vous dis : Aimez vos ennemis et priez pour vos persécuteurs, afin de devenir fils de votre Père qui est aux cieux, car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et tomber la pluie sur les justes et les injustes (Mt 5,21-48).

 

L’énoncé de sa doctrine 

 

C’est ensuite à l’aide d’images simples qu’il explique à ces disciples peu initiés les données essentielles de sa doctrine :

 

1°) - L'importance du Royaume des Cieux - Le Christ en souligne l’importance à l’aide de trois images :

Le Royaume des Cieux est semblable à un trésor qui était caché dans un champ et qu’un homme vient à trouver : il le recache, s’en va ravi de joie vendre tout ce qu’il possède, et achète ce champ.

Le Royaume des Cieux est encore semblable à un négociant en quête de perles fines : en ayant trouvé une de grand prix, il s’en est allé vendre tout ce qu’il possédait et l’a achetée.

Le Royaume des Cieux est encore semblable à un filet qu’on jette en mer et qui rapporte toutes sortes de choses. Quand il est plein, les pécheurs le tirent sur le rivage, puis ils s’asseyent, recueillent dans les paniers ce qu’il y a de bon, et rejettent ce qui ne vaut rien.

 

Il précise une nouvelle fois que la justice de Dieu sera appliquée : Ainsi en sera-t-il à la fin de l’âge : les anges se présenteront et sépareront les méchants d’entre les justes pour les jeter dans la fournaise ardente : là seront les pleurs et les grincements de dents (Mt 13,44-50).

 

2°) - Les conditions essentielles pour y accéder – Ces conditions sont, pour ces gens encore pauvres et modestes :

- De ne pas aspirer à la richesse et à la considération ; 

- De s’imprégner des vertus.

 

1°) La richesse et la considération

 

Le détachement des biens - Ne vous amassez point de trésors sur la terre, où la mite et le ver consument, où les voleurs percent et cambriolent

- La voie à suivre :- Mais amassez-vous les trésors dans le ciel : là, point de mite ni de ver qui consument, point de voleurs qui perforent et cambriolent. Car où est votre trésor, là sera votre cœur (Mt 6,19).

 

L’humilité - Gardez- vous de pratiquer votre justice devant les hommes, pour vous faire remarquer d’eux; sinon vous n’aurez pas de récompense auprès de votre Père qui est dans les cieux.

- La voie à suivre - Quand donc tu fais l’aumône, ne va pas claironner devant toi ; ainsi font les hypocrites dans les synagogues et les rues, afin d’être glorifiés par les hommes ; en vérité je vous le dis, ils tiennent déjà leur récompense. Pour toi, quand tu fais l’aumône, que ta main gauche ignore ce que fait ta main droite, afin que ton aumône soit secrète ; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra.

 

Et quand vous priez, ne soyez pas comme les hypocrites : ils aiment, pour faire leurs prières, à se camper dans les synagogues et les carrefours, afin qu’on les voie. En vérité je vous le dis, ils tiennent déjà leur récompense.

- La voie à suivre - Pour toi, quand tu pries, retire-toi dans ta chambre, ferme ta porte, et prie ton Père qui est là, dans le secret; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra.(Mt 6,5)

 

Quand vous jeûnez, ne vous donnez pas un air sombre comme font les hypocrites : ils prennent

une mine défaite, pour que les hommes voient bien qu’ils jeûnent. En vérité je vous le dis, ils tiennent déjà leur récompense.

- La voie à suivre  - Pour toi, quant tu jeûnes, parfume ta tête et lave ton visage, pour que ton jeûne soit connu, non des hommes, mais de ton Père qui est là, dans le secret; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra (Mt 6,16). 

 

- Son exemple - Le Christ s’est isolé du monde pour jeûner dans le désert ; il s’est également éloigné de ses apôtres pour prier dans les instants précédant son arrestation ; enfin il a insisté à plusieurs reprises pour que ses guérisons restent discrètes lorsqu’il n’apparaissait pas utile d’en faire cas. 

 

2°) - Le respect des vertus

 

A ces disciples qui, en le suivant, ont déjà fait état de leur foi, il les éclaire sur ces deux autres vertus qu’ils ignorent encore, l’espérance et la charité. Il s’attachera ensuite à conforter leur foi.

 

- L’espérance – C’est la foi dans l’amour de Dieu pour l’homme et donc de son désir de le voir s’élever et se rapprocher de Lui. Le Christ précise ainsi, à l’aide d’une image forte, que c’est bien au niveau de l’esprit, et non sur le plan matériel, qu’elle doit se situer :

Ne vous inquiétez pas pour votre vie de ce que vous mangerez, ni pour votre corps de quoi vous le vêtirez. La vie n’est-elle pas plus que la nourriture, et le corps plus que le vêtement ? Regardez les oiseaux du ciel : ils ne sèment ni ne moissonnent ni ne recueillent en leurs greniers, et votre Père céleste les nourrit ! Ne valez-vous pas plus qu’eux ? Qui d’entre vous d’ailleurs peut, en s’en inquiétant, ajouter une seule coudée à la longueur de sa vie ?

Et de vêtements, pourquoi vous inquiéter ? Observez les lis des champs, comment ils poussent: ils ne peinent ni ne filent. Or, je vous dis que Salomon lui-même, dans toute sa gloire, n’a pas été vêtu comme l’un d’eux. Que si Dieu habille de la sorte l’herbe des champs , qui est aujourd’hui et demain sera jetée au four, ne fera-t-il pas bien plus pour vous, gens de peu de foi !

Ne vous inquiétez donc pas en disant « Qu’allons-nous manger ? Qu’allons- nous boire ? De quoi allons-nous nous vêtir ? » Ce sont là toutes choses dont les païens sont en quête. Or votre Père sait que vous avez besoin de tout cela.

Cherchez d’abord son Royaume et sa justice, et tout cela vous sera donné par surcroît. Ne vous inquiétez donc pas du lendemain : demain s’inquiétera de lui-même. A chaque jour suffit sa peine (Mt 6,25).

- La voie à suivre - C’est l’application de la miséricorde envers son prochain, une attitude qui autorise à espérer en retour celle de Dieu : Montrez-vous compatissants, comme votre Père est compatissant. Ne jugez pas et vous ne serez pas jugés ; ne condamnez pas et vous ne serez pas condamnés ; remettez et il vous sera remis. Donnez et l’on vous donnera ; c’est une bonne mesure, tassée, secouée, débordante, que l’on versera dans votre sein ; car de la mesure dont vous mesurez on mesurera pour vous en retour (Lc 6,36).

 

- La charité - C’est l’amour du prochain qui conduit l’homme à chercher son bonheur dans celui des autres, quels qu’ils soient. Ainsi, c’est à son caractère inconditionnel qu’il explique ce qu’est le véritable esprit de charité. Or, l’amour de l’ennemi est, pour ces disciples, une donnée nouvelle difficile à comprendre. Il l’indique donc dans ce sens avec insistance :

 

- Son application  : 

Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent.

Bénissez ceux qui vous maudissent.

Priez pour ceux qui vous diffament.

 

- Sa justification

Que si vous aimez ceux qui vous aiment, quel gré vous en saura-t-on ? Car même les pécheurs

aiment ceux qui les aiment.

Et si vous faites du bien à ceux qui vous en font, quel gré vous en saura-t-on, ? Même les pécheurs en font autant.

Et si vous prêtez à ceux dont vous espérez recevoir, quel gré vous en saura-t-on ? Même des pécheurs prêtent à des pécheurs afin de recevoir l’équivalent.

 

- La voie à suivre : 

Au contraire, aimez vos ennemis, faites du bien et prêtez sans rien attendre en retour. Votre récompense sera alors grande, et vous serez les fils du Très-Haut, car il est bon, Lui, pour les ingrats et les méchants (Lc 6,27-35).

 

Le soutien à leur foi 

 

Il est nécessaire enfin pour le Christ de conforter leur foi, ce qu’il fait en confirmant sa qualité de prophète puis sa fonction de Messie.

 

Sa qualité de prophète - En procédant à une résurrection, celle du fils de la veuve de Naïn, il leur montre qu’il dispose du pouvoir sur la vie, cette vie dont Dieu est le seul maître, un pouvoir qui ne peut ainsi venir que de Lui.

Il juge important que l’existence de ce pouvoir soit portée à la connaissance d’un grand nombre,  ainsi attend-t-il le déroulement de la cérémonie funèbre pour procéder devant une foule nombreuse à cette résurrection. Ce message est effectivement bien reçu par ses disciples : Tous furent saisis de crainte et ils glorifiaient Dieu en disant : « Un grand prophète s’est levé parmi

nous et Dieu a visité son peuple » Et ce propos se répandit à son sujet dans la Judée entière et tout le pays alentour (Lc 7,16).

 

Sa fonction de Messie - Jean-Baptiste, qui s’était révélé comme son messager, réaffirme cette fonction en envoyant ses disciples lui demander s’il est bien le Messie annoncé, ce qu’il confirme : Allez rapporter à Jean ce que vous avez vu et entendu : les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés et les sourds entendent, les morts ressuscitent, la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres, et heureux celui qui ne trébuchera pas à cause de moi (Lc 7 22).

Puis c’est à ses propres disciples que le Christ s’adresse pour les prendre à témoins qu’ils ont eux-mêmes reconnu Jean-Baptiste comme un prophète envoyé de Dieu, et qu’ainsi il y a lieu de l’écouter lorsqu’il le désigne comme le Messie : Qu’êtes-vous allés contempler au désert ? Un roseau agité par le vent ?Un homme vêtu d’habits délicats ? Mais ceux qui ont des habits magnifiques et vivent dans les délices sont dans les palais royaux. Alors qu’êtes-vous allés voir ? Un prophète ? Oui, je vous le dis, et plus qu’un prophète. C’est celui dont il est écrit : « Voici que j’envoie mon messager en avant de toi pour préparer ta route devant toi » (Lc 7,24).

 

L’éclairage sur l’objet de sa mission 

 

1°) - La méprise des disciples

 

A la suite de cette résurrection, le Christ pressent que cette manifestation de son pouvoir peut amener ses disciples à se tromper sur le sens de sa mission, qu’ils peuvent situer ainsi au niveau matériel plutôt qu’à celui de l’esprit.

Afin de les éclairer, il procède successivement à deux miracles, le premier au niveau de l’esprit avec la guérison d’un démoniaque et le second à celui de la matière avec la multiplication des pains. Ces deux manifestations de son pouvoir vont provoquer, de fait, des réactions totalement opposées de la part de ses disciples:

 

- La guérison d’un démoniaque géranésien - Ce miracle à caractère volontairement démonstratif illustre le combat du bien contre le mal : un dialogue intense entre le Christ et le représentant du mal exprimé par la voix du démoniaque, puis un dénouement spectaculaire illustrant la victoire du bien sur le mal. La nouvelle de cet événement est répandue ensuite dans les villes et villages par les gardiens.

La foule, effrayée par ce pouvoir au niveau de l’esprit, manifeste son incompréhension en lui demandant de s’éloigner. Aussi, afin d’éviter toute mauvaise interprétation, il invite le miraculé à témoigner que sa guérison est bien l’œuvre de Dieu : Retourne chez toi, et raconte tout ce que Dieu a fait pour toi (Lc 8,39)

 

- La multiplication des pains - Ce miracle au niveau de la matière est rendu nécessaire par les circonstances, mais le Christ y ajoute la générosité, l’abondance, ceci afin de récompenser et de conforter la foi de cette foule innombrable qui l’a suivi jusqu’en un lieu isolé et à une heure tardive. Mais cette manifestation de son pouvoir total sur la matière provoque un effet de choc sur ces disciples qui entrevoient le parti qu’ils pourraient en tirer pour leur bien-être. Ils cherchent ainsi à le garder parmi eux dans l’idée d’en faire leur roi ( Lc 9,12 – Mc 6,35 – Mt 14,15).

# Les récits des Evangiles Synoptiques sur la démarche du Christ envers la foule s’arrêtent également ici. Celui de St Jean enchaîne une nouvelle fois en partant de cette multiplication des pains dont il reprend le récit. (Jn 6,1) Ce miracle va permettre au Christ de rappeler à ses disciples le fondement de sa doctrine – non pas la matière, mais l’esprit – avant de les amener à se déterminer sur leur engagement à ses côtés. De fait, la majorité de la foule, comme il l’avait d’ailleurs pressenti, l’abandonnera. La suite du récit de St Jean retrace les événements qui vont conduire à la consécration de ceux qui l’auront suivi jusqu’à la fin.

 

2°) - La mise en garde aux disciples

 

Les réactions ainsi opposées de ses disciples face à ces deux miracles illustrent leur incompréhension sur sa doctrine et sur l’objet de sa mission. Cette situation de fait va donc l’amener à leur apporter l’éclairage nécessaire.

En se rendant le lendemain à leur insu sur la rive opposée du lac, il les conduit à se manifester.  Inquiets de ne plus le voir, ils s’interrogent puis se décident à le rejoindre. Il les met alors clairement au fait de leur erreur : En vérité, en vérité, je vous le dis, vous me cherchez, non parce que vous avez vu des signes, mais parce que vous avez mangé du pain et avez été rassasiés Travaillez non pour la nourriture qui se perd, mais pour la nourriture qui demeure en la vie éternelle, celle que vous donnera le Fils de l’homme, car c’est lui que le Père, Dieu, a marqué de son sceau (Jn 6,26).

 

3°) - L’interrogation des disciples et l’éclairage du Christ

 

Ses disciples, par l’énoncé de leurs questions, font ensuite état à la fois de leur ignorance et de leur désir d’être éclairés. Ils l’interrogent ainsi :

- sur sa doctrine : Que devons-nous faire pour travailler aux œuvres de Dieu ?

- sur sa fonction : Quel signe fais-tu donc, pour qu’à sa vue nous te croyions ?

- sur sa mission : Quelle œuvre accomplis-tu ? Nos pères ont mangé la manne dans le

désert, selon ce qui est écrit : « Il leur a donné à manger du pain venu du ciel » (Jn 6,28).

Cet éclairage, il va donc le leur donner : la nécessité d’abandonner ce culte du bien matériel périssable, pour se tourner vers la nourriture essentielle, celle de l’esprit, le « pain de vie ».

Dans son discours, afin que son message soit bien compris, il martèle son propos, reprenant par deux fois chacune de ses affirmations qu’il espace dans son discours comme pour en souligner l’importance. Il les éclaire ainsi sur trois points :

 

1°) - Sur sa doctrine de l’esprit  qu’il oppose à celle de la matière :

En vérité, en vérité, je vous le dis, non ce n’est pas Moïse qui vous a donné le pain du ciel; mais c’est mon Père qui vous donne le pain qui vient du ciel, le vrai ; car le pain de Dieu, c’est celui qui descend du ciel et donne la vie au monde.

Vos pères, dans le désert, ont mangé la manne et sont morts ; ce pain est celui qui descend du ciel pour qu’on le mange et qu’on ne meure pas.

Voici le pain descendu du ciel; il n’est pas comme celui qu’ont mangé les pères et ils sont morts; qui mange ce pain vivra pour toujours.

 

2°) - Sur sa mission  - Il rappelle qu’il est la Voie, la Vérité et la Vie :

Moi, je suis le pain de vie. Qui vient à moi n’aura jamais faim ; qui croit en moi n’aura jamais soif. Mais je vous l’ai dit : vous me voyez et vous ne croyez pas. Tout ce que me donne le Père viendra à moi, et celui qui vient à moi, je ne le jetterai pas dehors.

Car je suis descendu du ciel, pour faire non pas ma volonté mais la volonté de celui qui m’a envoyé. Or c’est la volonté de celui qui m’a envoyé que je ne perde rien de tout ce qu’il m’a donné, mais que je le ressusciterai au dernier jour. En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui croit a la vie éternelle.

Moi, je suis le pain vivant, descendu du ciel. Si quelqu’un mange de ce pain, il vivra pour toujours. Et le pain que je donnerai, c’est ma chair pour la vie du monde.

 

3°) - Sur sa fonction de Messie dont il rappelle la mission :

- Oui, telle est la volonté de mon Père, que quiconque voit le Fils et croit en lui ait la vie éternelle, et je le ressusciterai au dernier jour.

 

Ne murmurez pas entre vous : Nul ne peut venir à moi si le Père qui m’a envoyé ne l’attire; et moi, je le ressusciterai au dernier jour.

Il est écrit dans les prophètes : « Ils seront tous enseignés par Dieu. » Quiconque s’est mis à l’écoute du Père et à son école vient à moi. Non que personne ait vu le Père, sinon celui qui vient d’auprès de Dieu : celui-là a vu la Père. En vérité, en vérité, je vous le dis, si vous ne mangez la chair du Fils de l’homme et ne buvez son sang, vous n’aurez pas la vie en vous. Qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle et je le ressusciterai au dernier jour.

 

Il conclut ensuite en reprenant chacun de ces trois points :

Car ma chair est vraiment une nourriture et mon sang vraiment une boisson. Qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui. De même que le Père, qui est vivant, m’a envoyé et que je vis dans le Père, de même celui qui me mange, lui aussi vivra par moi.

C’est l’esprit qui vivifie, la chair ne sert à rien. Les paroles que je vous ai dites sont esprit et elles sont vie (Jn 6,32-63).

 

L’abandon de la foule

 

A la suite de cet éclairage sur l’objet de sa mission, nombre de ses disciples, déçus, choisissent de cesser de le suivre. Il se tourne alors vers les douze :  Voulez-vous partir, vous aussi ?

A cette question de confiance, c’est Pierre qui répond:  Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle. Nous croyons, nous, et nous savons que tu es le Saint de Dieu (Jn 6,67).

 

 

JERUSALEM : L’OBSTRUCTION DES PHARISIENS ET L’APPEL AUX DISCIPLES

 

Le Christ s’y rend à nouveau trois reprises à l’occasion des Fêtes :

 

- La Fête des Tentes - : Il se heurte dans un premier temps à l’obstruction des Pharisiens puis parvient, le dernier jour de la fête à s’adresser à la foule..

- La Fête de la Dédicace - Harcelé par les Pharisiens, il les met, aux yeux de tous, au fait de leur hypocrisie et leur apporte une preuve évidente de sa fonction de Messie en procédant à une résurrection, celle de Lazare, ce qui conduira les religieux à décider de sa mort.

- La dernière Fête de la Pâque – A la suite du refus des Pharisiens, et d’une grande partie de la foule, il rejoint ses disciples pour s’assurer de leur fidélité et les préparer à son départ.

 

 

LA FETE DES TENTES

 

1°) L’OBSTRUCTION DES PHARISIENS

 

D’entrée, le Christ fait état de sa qualité de prophète puis de sa fonction de Messie :

- Sa stature de Prophète -   En leur montrant qu’il connaît parfaitement les écritures il les conduit à s’interroger : Comment connaît-il les lettres sans jamais avoir étudié ? Il précise en réponse : Ma doctrine n’est pas de moi, mais de celui qui m’a envoyé.

 

- Sa fonction de Messie - Si quelqu’un veut faire sa volonté, il reconnaîtra si ma doctrine est de Dieu ou si je parle de moi-même. Celui qui parle de lui-même cherche sa propre gloire ; mais celui qui cherche la gloire de celui qui l’a envoyé, celui-là est véridique et il n’y a pas en lui d’imposture. Moïse ne vous a-t-il pas donné la Loi ? Et aucun de vous ne la pratique, cette Loi !

 

Il leur pose alors ouvertement la question : Pourquoi cherchez-vous à me tuer ?( Jn 7,16-19)

 

Les prétextes affichés de leur rejet

 

Les opposants vont tout tenter pour le déstabiliser aux yeux de la foule, non pas sur son œuvre qui ne donne pas prise à leurs yeux aux critiques, mais sur sa stature de Prophète, puis ils tenteront sans succès de jusqtifier leur fonction.

 

1°) - La mise en cause de sa stature de prophète

 

Ils tentent de le faire passer successivement pour

Un démoniaque - ils lui déclarent : « Tu as un démon.  Il leur rappelle en réponse que son œuvre, qu’ils contestent, est bien conforme dans son esprit à la Loi de Moïse : Pour une seule œuvre que j’ai faite, vous voilà tous étonnés. Moïse vous a donné la circoncision – non qu’elle vienne de Moïse mais des patriarches – et, le jour du sabbat, vous la pratiquez sur un homme.

Alors, un homme reçoit la circoncision, le jour du sabbat, pour que ne soit pas enfreinte la Loi de Moïse, et vous vous indignez contre moi parce que j’ai rendu la pleine santé à un homme le jour du sabbat ? Cessez de juger sur l‘apparence; jugez selon la justice (Jn 7,21).

 

Un subversif - Ils tentent de le faire arrêter par des gardes civils pour donner de lui, face à la foule, l’image d’un hors-la-loi. Ce sera un échec : les gardes désobéissent aux ordres, se refusent à l’arrêter et s’en expliquent :  Jamais homme n’a parlé comme cela.

Les Pharisiens, furieux, leur répliquent alors : Vous aussi, vous êtes-vous laissés égarer ? Est-il un notable qui ait cru en lui ? ou un des Pharisiens ? Mais cette foule qui ne connaît pas la Loi, ce sont des maudits ! (Jn 7,46).

 

Un réfractaire à la Loi - Ils lui présentent une pécheresse qu’ils se proposent, en s’érigeant en juges, de lapider puis, en se référant à la Loi de Moïse, l’invitent à se positionner. Il leur rappelle en réponse que cette Loi ne les autorise nullement à juger autrui : Que celui d’entre vous qui est sans péché lui jette la première pierre !

En inscrivant ensuite quelques vérités sur le sable, il les convainc de ne pas insister sur ce point.Ils se retirent de fait un à un (Jn 8,7). 

 

Un faux prophète - Tu te rends témoignage à toi-même; ton témoignage n’est pas valable.

A cette accusation, le Christ répond qu’en ayant toujours refusé de l’entendre ils sont devenus inaptes à porter un jugement sur sa stature de prophète: Bien que je me rend témoignage à moi-même, mon témoignage est valable, parce que je sais d’où je suis venu et où je vais ; mais vous, vous ne savez pas d’où je viens ni où je vais.  Vous, vous jugez selon la chair; moi, je ne juge personne ; où s’il m’arrive de juger, moi, mon jugement est selon la vérité, parce que je ne suis pas seul ; il y a moi et celui qui m’a envoyé; et il est écrit dans votre Loi que le témoignage de deux personnes est valable. Moi, je suis mon propre témoin. Témoigne aussi à mon sujet le Père qui m’a envoyé. Vous ne connaissez ni moi ni mon Père ; si vous me connaissiez, vous connaîtriez aussi mon Père (Jn 8,14).

 

L’avertissement fort

Il leur signifie avec insistance qu’en le refusant ils se maintiendraient dans le péché :

Je m’en vais et vous me chercherez et vous mourrez dans vos péchés. Vous, c’est d’en bas que vous êtes, moi c’est d’en haut que je suis. Vous, c’est de ce monde que vous êtes; moi je ne suis pas de ce monde. Je vous ai donc dit que vous mourrez dans vos péchés Car si vous ne croyez pas que Moi, je Suis, vous mourrez dans vos péchés (Jn 8,21).

 

2°) – Le recours à leur statut de « peuple élu »

Cet ultime recours, c’est la simple référence à leur « héritage. » En effet, voyant que la foule le suit, les opposants qui n’ont pu le prendre en défaut sur sa stature de prophète, tentent alors de justifier leur propre autorité. Ainsi, sachant de plus qu’ils ne peuvent à l’évidence l’appuyer ni sur leur propre doctrine ni sur leurs œuvres, ils en sont réduits à mettre en avant leur seule position d’héritiers, à la fois d’Abraham et de la Loi de Moïse, de Dieu 

Notre père, c’est Abraham…Nous ne sommes pas nés de la prostitution ; nous n’avons qu’un seul Père: Dieu.

Le Christ, en réponse à ces deux revendications, les met avec vigueur au fait de cette dérive totale dont ils sont devenus les acteurs et qui les conduit ainsi à nier la vérité et à vouloir sa mort :

Si vous étiez les enfants d’Abraham, vous feriez les œuvres d’Abraham. Or maintenant vous cherchez à me tuer, moi un homme qui vous ai dit la vérité, que j’ai entendue de Dieu. Cela, Abraham ne l’a pas fait ! Vous faites les œuvres de votre père.

Si Dieu était votre Père, vous m’aimeriez, car c’est de Dieu que je suis sorti et que je viens ; je ne viens pas de moi même; mais lui m’a envoyé.

Pourquoi ne reconnaissez-vous pas mon langage ? C’est que vous ne pouvez pas entendre ma parole. Vous êtes du diable, votre père, et ce sont les désirs de votre père que vous voulez accomplir. Il était homicide dès le commencement et n’était pas établi dans la vérité, parce qu’il n’y a pas de vérité en lui : quand il profère le mensonge il parle de son propre fonds, parce qu’il est menteur et père du mensonge. Mais parce que je dis la vérité, vous ne me croyez pas. Qui d’entre vous me convaincra de péché ? Si je dis la vérité, pourquoi ne me croyez-vous pas ?

Qui est de Dieu entend les paroles de Dieu; si vous n’entendez pas, c’est que vous n’êtes pas de Dieu (Jn 8,33-47).

 

Le rejet des Pharisiens

 

Les religieux, se trouvant, cette fois, dans l’impossibilité de justifier leur rejet, tant sur sa fonction que par référence à leur propre doctrine, en sont réduits à revenir à leur première accusation, gratuite: ils le traitent à deux reprises de démoniaque :

 

- N’avons-nous pas raison de dire que tu es un Samaritain et que tu as un démon ? A cette

première accusation il répond : Je n’ai pas de démon mais j’honore mon Père et vous cherchez à me déshonorer. Je ne cherche pas ma gloire ; il est quelqu’un qui la cherche et qui juge. En vérité, en vérité, je vous le dis, si quelqu’un garde ma parole, il ne goûtera jamais la mort.

 

- Maintenant nous savons que tu as un démon. Abraham est mort, les prophètes aussi, et tu dis : « Si quelqu’un garde ma parole, il ne goûtera jamais la mort. »

Il leur répond, de même: Si je me glorifie moi-même, ma gloire n’est rien ; c’est mon Père qui me glorifie, lui dont vous dites : « Il est notre Dieu » , et vous ne le connaissez pas ; mais moi, je le connais. Et si je disais : « je ne le connais pas », je serais semblable à vous, un menteur. Mais je connais et je garde sa parole. Abraham, votre père, exulta à la pensée qu’il verrait mon Jour. Il l’a vu et fut dans la joie (Jn 8,48 -56).

 

2°) L’APPEL AUX DISCIPLES

 

Après avoir ainsi fait la preuve aux yeux de ses disciples qu’aucune des multiples critiques de ses détracteurs n’était fondée, c’est à eux qu’il peut enfin s’adresser le dernier jour de cette Fêtedes Tentes.

Il va ainsi, successivement :

1°) Leur lancer à trois reprises des appels à le suivre 

2°) Les mettre au fait de l’hypocrisie des Pharisiens en procédant à la guérison d’un aveugle-né 

3°) Affirmer qu’il est, lui, contrairement au comportement de ses opposants, le vrai Bon Pasteur prêt à donner sa vie pour ses brebis.

 

1°) Les appels

 

Il les invite à le suivre en leur rappelant qu’il est bien la Voie, la Vie et la Vérité :  

- La Voie : Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi, et il boira celui qui croit en moi. Selon le mot de l’Ecriture : « De son sein couleront des fleuves d’eau vive » (Jn 7,37) ;

- La Vie : Moi, je suis la lumière du monde. Qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres, mais aura la lumière de vie (Jn 8,12).

- La Vérité : Si vous demeurez dans ma parole, vous êtes vraiment mes disciples, et vous connaîtrez la vérité et la vérité vous libérera (Jn 8,31).

 

2°) L’éclairage sur l’hypocrisie des Pharisiens

 

En procédant à la guérison d’un aveugle-né - un miracle démonstratif - il conduit ses opposants à faire eux-mêmes, aux yeux de tous, la preuve de leur hypocrisie.

Avant de réaliser ce miracle, il en explique ainsi l’objet et l’importance à ses disciples :

Ses disciples lui demandèrent : «  Rabbi, qui a péché, lui ou ses parents, pour qu’il soit né aveugle ? » Jésus répondit : « Ni lui ni ses parents n’ont péché, mais c’est afin que soient manifestées en lui les œuvres de Dieu. Tant qu’il fait jour, il nous faut travailler aux œuvres de celui qui m’a envoyé; la nuit vient, où nul ne peut travailler. Tant que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde » (Jn 9,2).

 

La transparence du miracle et l’hypocrisie des opposants - Le premier témoin, l’aveugle, est l’objet d’une infirmité incontestable et connue de tous. Le Christ lui enduit les yeux de salive, puis l’envoie à la piscine de Siloé dont il revient guéri, une guérison constatée par ses proches.

Les opposants tentent alors, contre toute évidence, de faire nier les faits : l’infirmité d’abord, par l’aveugle et par ses parents, puis l’identité de l’auteur du miracle, également par l’aveugle et par ses parents.

N’y parvenant pas, ils s’en prennent à nouveau à l’aveugle en lui déclarant qu’ils ignorent qui est celui qui l’a guéri; la réaction de l’aveugle, surpris, met en évidence leur hypocrisie:

C’est bien là l’étonnant : que vous ne sachiez pas d’où il est, et qu’il m’ait ouvert les yeux. Nous savons que Dieu n’écoute pas les pécheurs, mais si quelqu’un est religieux et fait sa volonté, celui-là il l’écoute. Jamais on n’a ouï dire que quelqu’un ait ouvert les yeux d’un aveugle-né. Si cet homme ne venait pas de Dieu, il ne pourrait rien faire (Jn 9,30).

Cette réplique lui vaudra d’être chassé.

 

L’avertissements aux opposants - Interpellé à la suite de ce miracle, le Christ prend acte de leur refus de reconnaître une nouvelle fois son œuvre et les met à nouveau au fait de leur entière responsabilité en tant qu’initiés:

Si vous étiez des aveugles, vous n’auriez pas de péché, mais vous dites : «Nous voyons » ! Votre péché demeure (Jn 9,41).

 

3°) Le message à ses disciples sur l’objet de sa mission

 

Le Christ se tourne alors vers ses disciples. Avec la parabole du Bon Pasteur, il fait une mise au point sur son oeuvre : face au comportement hypocrite de ses opposants qui n’agissent que dans leur intérêt. il oppose sa mission, une mission toute d’amour, en leur rappelant une nouvelle fois qu’il est bien, lui, la Voie, la Vie et la Vérité :

- La Voie : En vérité, en vérité, je vous le dis, moi je suis la porte des brebis. Tous ceux qui sont venus avant moi sont des voleurs et des brigands ; mais les brebis ne les ont pas écoutés Moi, je suis la porte. Si quelqu’un entre par moi, il sera sauvé. Il entrera et sortira, et trouvera son pâturage.

 

- La Vie : Le voleur ne vient que pour voler, égorger et faire périr. Moi, je suis venu pour qu’on ait la vie et qu’on l’ait surabondante.

 

- La Vérité : Moi, je suis le bon pasteur ; le bon pasteur dépose sa vie pour ses brebis. Le mercenaire qui n’est pas le pasteur, et à qui n’appartiennent pas les brebis, voit-il venir le loup, il laisse les brebis et s’enfuit, et le loup s’en empare et les disperse. C’est qu’il est mercenaire et ne se soucie pas de ses brebis. Moi, je suis le bon pasteur ; je connais mes brebis et mes brebis me connaissent, comme le Père me connaît et que je connais le Père, et je dépose ma vie pour mes brebis.

 

Il conclut  : J’ai encore d’autres brebis qui ne sont pas dans cet enclos; celles-là aussi il faut que je les mène ; elles écoutent ma voix; et il y aura un seul troupeau et un seul pasteur; c’est pour cela que le Père m’aime, parce que je dépose ma vie, pour la reprendre. Personne ne me l’enlève ; mais je la dépose de moi-même. J’ai le pouvoir de la déposer et j’ai le pouvoir de la reprendre; tel est le commandement que j’ai reçu de mon Père (Jn 10,7).

 

 

LA FETE DE LA DEDICACE AVEC LA RESURRECTION DE LAZARE

 

Ayant ainsi fait aux yeux de ses disciples la démonstration de sa stature de Prophète envoyé de Dieu pour appliquer sa Loi, le Christ est désormais convaincu que le rejet de ses détracteurs n’est motivé que par un intérêt politique, ce qui se confirmera lorsque le Grand Prêtre justifiera sa mise à mort. Il choisit donc d’aller plus loin. Il se rend donc une fois de plus à Jérusalem pour y procéder à une résurrection, celle de son ami Lazare, montrant par là à ses disciples qu’il dispose totalement de tout pouvoir sur terre, y compris sur la vie, et cela par la simple manifestation de sa volonté, preuve incontestable de sa qualité de Messie envoyé de Dieu.

 

 

1°) LE NOUVEAU REJET DES PHARISIENS SUR SA FONCTION

 

De fait, dès son arrivée au Temple, c’est sur sa fonction de Messie qu’il est aussitôt interpellé : Jusqu’à quand vas-tu nous tenir en haleine ? Si tu es le Christ, dis-le nous ouvertement (Jn 10,24).

Il le confirme en réponse et leur rappelle que son œuvre, celle qu’ils refusent de reconnaître, en est le témoignage. Ils tentent aussitôt de le lapider en précisant qu’ils agissent ainsi, non pour son œuvre - qu’ils ne peuvent nier - mais pour sa seule fonction de Messie : Ce n’est pas pour une bonne œuvre que nous te lapidons, mais pour un blasphème et parce que toi, n’étant qu’un homme, tu te fais Dieu (Jn 10,33). Il leur signifie alors que l’essentiel n’est pas de reconnaître sa fonction de Messie, mais surtout d’admettre son œuvre comme étant celle de Dieu : N’est-il pas écrit dans votre Loi : J’ai dit: vous êtes des dieux?" Alors qu'elle a appelé dieux ceux à qui la parole de Dieu fut adressée – et l’Ecriture ne peut être récusée – à celui que le Père a consacré et envoyé dans le monde vous dites « Tu blasphèmes », parce que j’ai dit « Je suis le Fils de Dieu » !

Si je ne fais pas les œuvres de mon Père, ne me croyez pas ; mais si je les fais, quand bien même vous ne me croiriez pas, croyez en mes œuvres, afin de reconnaître une bonne fois que le Père est en moi et moi dans le Père (Jn 10, 34).

Ils tentent alors de l’arrêter

 

2°) LE MESSAGE AUX DISCIPLES

 

Le Christ a conscience qu’en procédant à une résurrection pour conforter la foi de ses disciples, il va, dans le même temps, acculer ses opposants dans leurs derniers retranchements, ce qui les conduira à décider de sa mort pour préserver leur hégémonie. Il décide malgré tout de procéder à cette résurrection qu’il juge nécessaire pour conforter la foi des siens.

Il doit pour cela attendre la mort de son ami Lazare et explique à ses disciples les motifs de son attitude : « Lazare est mort, et je me réjouis pour vous de n’avoir pas été là-bas, afin que vous croyiez. Mais allons auprès de lui. ( Jn 11,14) »

Ce soutien à leur foi lui paraît en effet nécessaire au regard des regrets formulés par Marthe et Marie, les sœurs de Lazare, leur foi apparaissant encore fragile

- Marthe, puis Marie : Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort.

- Marthe, à nouveau : Seigneur, il sent déjà , c’est le quatrième jour.

A cette dernière remarque, il répond : Ne t’ai-je pas dit que si tu crois, tu verras la gloire de Dieu ?

Ainsi, en s’adressant à son Père, au moment de procéder à cette résurrection, il leur rappelle que c’est bien de Lui que lui vient son pouvoir sur la vie et que l’objectif de ce miracle est de conforter leur foi : Père, je te rends grâces de m’avoir écouté. Je savais que tu m’écoutes toujours ; mais c’est à cause de la foule qui m’entoure que j’ai parlé, afin qu’ils croient que tu m’as envoyé (Jn 11,41).

Puis, en ordonnant d’une voix forte et avec autorité à Lazare de sortir du tombeau, il leur montre qu’il dispose totalement de ce pouvoir qu’il tient de son Père, le pouvoir sur la Vie, preuve irréfutable de sa fonction de Messie: Lazare, viens ici, dehors !

 

3°) L’ULTIME REFUS DE LA COMMUNAUTE RELIGIEUSE .

 

Des Pharisiens qui ont assisté à cette résurrection, parfaitement identifié le Christ et fait ainsi le constat de son pouvoir surnaturel, rapportent les faits aux autorités religieuses. C’est alors le grand prêtre Caïphe, la plus haute autorité religieuse qui, bien que parfaitement conscient de l’innocence totale du Christ, convainc les religieux et les Pharisiens présents de la nécessité de le mettre à mort en précisant clairement ses motivations politiques : Vous n’y entendez rien. Vous ne songez même pas qu’il est de votre intérêt qu’un seul homme meure pour le peuple et que la nation ne périsse pas toute entière (Jn 11,49)

Cette faute, le Christ, en soulignera la gravité lors de son interrogatoire par Pilate : Tu n’aurais aucun pouvoir sur moi, si cela ne t’avait été donné d’en haut ; c’est pourquoi celui qui m’a livré à toi a un plus grand péché (Jn 19,11).

 

LA DERNIERE FETE DE LA PAQUE

 

Le Christ a ainsi la confirmation que toutes les communautés religieuses d’Israël le refusent, tant en Galilée qu’à Jérusalem. Il ne peut plus désormais compter que sur ceux qui l’ont suivi, parmi lesquels ses Apôtres. Cet ultime déplacement à Jérusalem aura ainsi pour objet :

- D’adresser un dernier message de confiance à ses derniers disciples, s’assurer de leur soutien et les préparer à son départ. Il fera ensuite le point sur sa fonction de Messie envoyé de Dieu .

- De lancer une dernière mise en garde à ses opposants sur les conséquences pour eux-mêmes de leur refus avec l’annonce de la ruine de Jérusalem Cette ultime injonction ne changera pas leur détermination de le mettre à mort.

 

L’ultime message aux disciples

 

- L’appel au soutien - Le Christ pressent que la résurrection de Lazare, illustration de son origine divine, a provoqué un effet de choc. Connaissant la détermination de ses opposants, c’est vers ses disciples qu’il se tourne. Il les rejoint chez Lazare à Béthanie pour s’assurer de leur soutien. Ce soutien il va effectivement le recevoir :

- De ses disciples: ce sont Marthe et Marie qui lui manifestent leur amitié et leur foi en le couvrant de parfums (Jn 12, 1).

- De la foule qui le suit et l’acclame lors de son entrée à Jérusalem (Lc 19,35).

- Des populations étrangères: des Grecs présents sur les lieux qui, bien qu’étant adeptes de la doctrine israélite, demandent à le rencontrer. Cette foi exceptionnelle est ensuite confortée par une voix venue du ciel confirmant sa fonction de Messie (Jn 12, 28).

 

- L’explication sur les motifs de son départ - Voici venue l’heure où doit être glorifié le Fils de l’homme. En vérité, en vérité, je vous le dis, si le grain tombé en terre ne meurt pas, il demeure seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit. Qui aime sa vie la perd ; et qui hait sa vie en ce monde la conservera en vie éternelle. Si quelqu’un me sert, qu’il me suive, et où je suis, là aussi sera mon serviteur (Jn 12,23).

 

- Le rappel de sa fonction de Messie - Qui croit en moi, ce n’est pas en moi qu’il croit, mais en celui qui m’a envoyé, et qui me voit, voit celui qui m’a envoyé. Moi, lumière, je suis venu dans le monde, pour que quiconque croit en moi ne demeure pas dans les ténèbres.

Si quelqu’un entend mes paroles et ne les garde pas, je ne le juge pas, car je ne suis pas venu pour juger le monde mais pour sauver le monde. Qui me rejette et n’accueille pas mes paroles a son juge : la parole que j’ai fait entendre, c’est celle qui le jugera au dernier jour.

Car ce n’est pas de moi-même que j’ai parlé, mais le Père qui m’a envoyé m’a lui-même commandé que dire et de quoi parler ; et je sais que son commandement est vie éternelle. Ainsi donc ce dont je parle, tel que le Père me l’a dit, j’en parle (Jn 12.44).

 

L’ultime avertissement aux opposants

 

A la veille de son arrestation, le Christ les avertit une dernière fois que cette obsession du pouvoir qui les pousse à le refuser les conduira à leur perte, et ce par leur propre faute, avec la ruine de Jérusalem : Quand il fut proche, à la vue de la ville, il pleura sur elle, disant : « Ah, si en ce jour, tu avais compris, toi aussi, le message de paix ! Mais non, il est demeuré caché à tes yeux. Oui des jours viendront sur toi, où tes ennemis t’environneront de retranchements, t’investiront, te presseront de toutes parts. Ils t’écraseront sur le sol, toi et tes enfants au milieu de toi, et ils ne laisseront pas en toi pierre sur pierre, parce que tu n’as pas reconnu le temps où tu fus visitée ! » (Lc 19,41).

 

 

CHAPITRE V

 

LES CONDITIONS DE LA FIN

 

L’hypocrisie affichée des opposants

 

Leur hypocrisie va paraître au grand jour lors de chacune des trois étapes qui vont marquer sa fin l’arrestation, le jugement, et la mise à mort.

Selon la loi en vigueur, les religieux ne disposent pas du pouvoir de mort. Ils sont ainsi tenus d’en référer à l’autorité civile pour pouvoir espérer le condamner. Sa fonction de Messie ne relevant pas du délit civil, ils vont tenter sans succès, à l’occasion de ces trois événements, de le faire passer tour à tour aux yeux de l’autorité civile, puis de la population, pour un hors-la-loi, un subversif, puis un malfaiteur.

 

L’arrestation - Après l’échec de leur tentative pour le faire arrêter par les seuls gardes civils lors de la fête des Tentes, ils choisissent d’intervenir eux-mêmes, en se faisant toutefois accompagner par des gardes armés, leur objectif étant, par cette ruse, de le présenter comme un hors-la-loi. Le Christ dénonce aussitôt avec force cette supercherie :  Suis-je un brigand, que vous vous soyez mis en campagne avec des glaives et des bâtons ? Alors que chaque jour j’étais avec vous dans le Temple, vous n’avez pas porté la main contre moi. Mais c’est votre heure et le pouvoir des Ténèbres (Lc 22,52).

 

La comparution devant le tribunal civil - Ne trouvant pas de justificatif à une éventuelle condamnation, le Grand Prêtre en vient à lui demander de déclarer s’il est le Messie, ce qu’il confirme.

S’appuyant sur cette affirmation, il tente alors, par le biais de faux témoins, de le présenter à l’autorité civile, à Pilate, non comme une autorité religieuse, mais comme un subversif :

Nous avons trouvé cet homme mettant le trouble dans notre nation, empêchant de payer les impôts à César et se disant Christ Roi (Lc 23,2).

Il soulève le peuple, enseignant par toute la Judée, depuis la Galilée où il a commencé, jusqu’ici (Lc 23,5).

Ses opposants l’accusent ensuite d’être un malfaiteur ; sachant qu’ils ne peuvent étayer cette

accusation ils tentent de la présenter comme une évidence : Si ce n’était pas un malfaiteur, nous ne te l’aurions pas livré (Mt 18,30.).

Enfin, voyant que toutes ces accusations restent sans effet, c’est au chantage qu’ils recourent finalement vis a vis de Pilate en lui déclarant : Si tu le relâches, tu n’es pas un ami de César (Jn 19,12).

 

La mise à mort - Bien que le Christ ait été totalement innocenté par la justice civile, ses opposants tentent, une dernière fois, de le faire passer pour un condamné de droit commun aux yeux de la population. A cette fin :

- Ils le revêtent d’un manteau de pourpre et le coiffent d’une couronne d’épines ;

- Il choisissent pour le mettre à mort le crucifiement, un mode en usage chez les seuls romains, alors qu’eux-mêmes ne procèdent que par lapidation ;

- Ils disposent sa croix au milieu de celles de condamnés à mort de droit commun.

 

Les témoignages sur son innocence

 

Ce sont des témoignages forts dans la mesure où ils sont le fait de personnes prédisposées de par leurs fonctions, ou compte tenu de leurs comportements passés, à s’opposer au Christ ou à le contester. 

 

- Le témoignage de Pilate - Du début à la fin du procès et malgré les pressions subies, Pilate s’efforce de se comporter en juge équitable, se refusant à prononcer une condamnation qu’il estime injustifiée; il insiste ainsi à trois reprises sur l’absence de motifs :

- Je ne trouve en cet homme aucun motif de condamnation (Lc 23,4).

- Vous m’avez présenté cet homme comme détournant le peuple, et voici que moi je l’ai interrogé devant vous, et je n’ai trouvé en cet homme aucun motif de condamnation pour ce dont vous l’accusez. Hérode non plus d’ailleurs, puisqu’il l’a renvoyé devant nous. Vous le voyez : cet homme n’a rien fait qui mérite la mort. Je le relâcherai donc après l’avoir châtié (Lc 23,13).

- Quel mal a donc fait cet homme ? Je n’ai trouvé en lui aucun motif de condamnation à mort; je le relâcherai donc après l’avoir châtié (Lc 23,22).

 

Pilate tente ensuite par deux fois, mais sans succès, de le soustraire au sort que ses opposants réclament : il le fait flageller, espérant que cette sanction, fût-elle imméritée, leur donnera satisfaction, puis propose ensuite de le gracier au titre d’une coutume liée à la fête de la Pâque. De fait, ces deux démarches restent sans effet.

Lorsque finalement, sous la pression, il l’abandonne aux opposants, il se déclare totalement étranger à cette mise à mort, et illustre cette affirmation aux yeux de la foule en se lavant symboliquement les mains: Je ne suis pas responsable de ce sang; à vous de voir (Mt 27,24).

Enfin, en faisant apposer sur la Croix une inscription rédigée en trois langues dans le but d’informer la population sur les véritables motifs de cette mise à mort « Roi des Juifs, » il dénonce clairement la supercherie des religieux et de leurs disciples..

 

- Les témoignages spontanés - Trois hommes que rien ne prédisposait à se manifester vont d’eux-mêmes témoigner spontanément de son innocence :

- Le larron qui, dans sa souffrance extrême, trouve la force de déclarer au deuxième larron qui profère des injures : Tu n’as pas la crainte de Dieu, alors que tu subis la même peine ! Pour nous , c’est justice, nous payons nos actes ; mais lui n’a rien fait de mal (Lc 23,4O).

- Le centurion qui, après l’avoir crucifié, glorifie Dieu et déclare : Sûrement, cet homme était un juste (Lc 23,47).

- Judas enfin qui, pris de remord après son forfait, retourne voir ses complices et, en leur rendant les trente pièces d’argent, reconnaît à la fois sa faute et son erreur : J’ai péché en livrant un sang innocent (Mt 27,4).

 

La manifestation des  éléments

 

Dans les événements naturels qui ont accompagné la mort du Christ, on peut voir à l’évidence le doigt de Dieu. Ces événements sont peut-être à rapprocher de la remarque que le Christ avait faite aux Pharisiens lors de son entrée triomphale à Jérusalem. A ceux qui lui avaient demandé de faire taire la foule il avait répondu : Je vous le dis, si eux se taisent, les pierres crieront (Lc 19,40).

Ces événements sont en effet à la mesure de cette « réduction au silence »: la chute du jour, un séisme et enfin un ouragan qui, signe fort, déchire le grand voile du Temple (Lc 23,44 – Mt 27,51).

 

 

 

CHAPITRE VI

 

L'INSTITUTION DE ROYAUME DE DIEU

 

Dès les premiers signes du rejet des religieux à la synagogue de Nazareth, le Christ décide de constituer le Royaume de Dieu, c’est-à-dire une communauté d’hommes et de femmes décidés à devenir ses disciples et à appliquer sa doctrine Il ne peut attendre, car il est nécessaire que ceux qu’il va former bénéficient de la totalité de son enseignement. Il va ainsi :

 

1°) Procéder à sa fondation en s’appuyant sur trois hommes de confiance : Jean, Jacques et Pierre :

2°) Le présenter ;

3°) Préciser les conditions d’accès ;

4°) Indiquer la voie à suivre ;

5°) Prévenir des dangers de la vie ;

6°) Faire le point sur sa mission, établir le lien entre le Royaume de Dieu et le Royaume des Cieux et leur adresser une ultime mise en garde.

 

La forme du discours - En se rendant en Judée, le Christ va à la rencontre d’un monde différent de celui que ses disciples avaient rencontré en Galilée. Le niveau social et culturel y est plus élevé : on y trouve des nantis, des riches, ce qui ne semblait pas être le cas en Galilée.

Cet état de fait va lui permettre de leur montrer les effets pervers du non respect de la Loi de Dieu et de sa doctrine. On dénombre ainsi près de 15 paraboles mettant en scène des riches, des vignerons, des maîtres de maison ,etc.

 

SA FONDATION

 

Le choix des trois chefs de file

 

Dès qu’il prend conscience de ce rejet des religieux, le Christ décide donc, dans un premier temps, de faire appel à douze hommes pour recevoir et diffuser sa doctrine. C’est à dessein qu’il choisit des hommes hors de leur influence. Ce sont pour la majorité d’entre eux de simples pêcheurs, des gens incultes et qui ignorent les Ecritures.

De plus, l’annonce faite par les Ecritures de la trahison de l’un d’entre eux l’oblige à une certaine réserve et ce n’est que lorsque Judas se sera révélé lors du repas final qu’il pourra amener les onze autres à affirmer leur fidélité et leur engagement

Or la constitution du Royaume de Dieu est pour lui une nécessité qui ne peut attendre. C’est ainsi que, dans un premier temps, il en choisit trois parmi les douze, Jacques, Jean, puis Pierre, qu’il considère comme des valeurs sûres, pour jeter les bases du Royaume de Dieu et pouvoir, à travers eux, révéler sa doctrine à ses disciples.

- Jacques et Jean - Ce sont des cousins et, les familles étant proches, probablement des camarades d’enfance liés par cette amitié à la fois sincère et durable que l’on sait propre à cet âge.

- Pierre - : C’est un ami des deux premiers. On peut penser que le Christ, en se rendant à son domicile pour guérir sa belle-mère, a décelé chez lui des qualités exceptionnelles de droiture, de courage et de fidélité, qualités qui se confirmeront au fil des événements.

Ce sont donc ces trois hommes qu’il va instituer en priorité pour constituer la cellule de base du Royaume de Dieu.

Leur formation comprend trois étapes successives : il leur révèle successivement, d’abord sa qualité de prophète, puis sa fonction de Messie, et en dernier lieu sa divinité.

 

La révélation de sa qualité de prophète

 

Son objectif est, dans un premier temps, de les amener à l’écouter, condition nécessaire pour les conduire à la foi. Il ne peut s’appuyer pour cela sur les Ecritures qu’ils ignorent. C’est ainsi qu’il recourt à des manifestations de son pouvoir surnaturel : trois miracles sur la matière qu’il réalise dans leur domaine propre, la mer.

 

L’apaisement de la tempête - La peur qui les prend face au danger lui permet de les ouvrir à la foi : Pourquoi avez-vous peur, gens de peu de foi ? Ce miracle les conduit en effet à s’interroger Quel est celui-ci, que même les vents et la mer lui obéissent ? (Mt 8,26).

 

La marche sur les eaux - La foi de Pierre est ici manifeste bien qu’encore hésitante. Voyant venir le Christ à lui, il lui déclare d’abord : Seigneur, si c’est bien toi, donne-moi l’ordre de venir à toi sur les eaux. Puis, prenant peur, il s’écrie : Seigneur, sauve-moi ! Le Christ lui tend alors la main et le saisit en lui disant : Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ? (Mt 14 ,28).

 

La pêche miraculeuse - Lors de ce dernier miracle la foi manifestée par Pierre devient totale : ainsi, lorsque le Christ l’invite à jeter les filets, il lui déclare : Maître, nous avons peiné toute une nuit sans rien prendre, mais sur ta parole je vais lâcher les filets. Cette foi ainsi affichée, le Christ la récompense et la conforte en lui faisant réaliser une prise démesurée. La foi de Pierre éclate alors : Eloigne-toi de moi, Seigneur, car je ne suis qu’un pécheur !

Cette manifestation de foi le confirme aux yeux du Christ qui le rassureet lui manifeste sa confiance avant de le désigner comme son successeur: Sois sans crainte; désormais ce sont des hommes que tu prendras (Lc 5,4). Tu es Pierre et c’est sur cette pierre que je bâtirai mon Eglise.

 

La révélation de sa fonction de Messie

 

Elle fait suite à cette manifestation de foi.

C’est en procédant à une résurrection, celle de la fille de Jaïre, illustration de son pouvoir sur la vie, qu’il leur révèle sa fonction de Messie envoyé de Dieu. Son objectif, par ce miracle, est de conforter leur foi existante. Cela explique qu’il les laisse entrer seuls dans la chambre mortuaire pour assister à cette résurrection. Pour la même raison, il prescrit aux parents – le père est chef de la synagogue – de ne pas en faire cas (Lc 8,49).

 

La révélation de sa divinité

 

Avant de leur révéler sa divinité, le Christ veut être assuré du choix de ces trois hommes de s’engager à ses côtés, étant entendu que c’est bien sur sa doctrine et son œuvre et non sur sa divinité qu’il veut les voir s’engager ainsi.

 

1°) - L’engagement des trois

 

- Jacques et Jean - En sollicitant la faveur de figurer à sa droite et à sa gauche au Paradis, ils montrent que leur foi dans sa divinité est totale. Il les invite donc à s’engager  - Pouvez- vous boire la coupe que je vais boire et être baptisés du baptême dont je vais être baptisé ? Leur réponse est claire : Nous le pouvons (Mc 10,38).

 

- Pierre -  Son engagement semble déjà acquis aux yeux du Christ depuis le jour où, après avoir été abandonné par la foule, il s’était tourné vers ses disciples pour leur demander s’ils allaient eux aussi l’abandonner. Pierre avait alors répondu : A qui irions-nous ?(Jn 6,68).

Le Christ va cependant l’amener à affirmer sa foi dans sa divinité en interrogeant ses Apôtres : Qui suis-je au dire des foules ? …Mais pour vous, qui suis-je ? C’est alors Pierre qui répond : Le Christ de Dieu (Lc 9,18).

 

2°) - La révélation de sa divinité

 

Assuré ainsi de leur volonté de s’engager à ses côtés, il les convie tous trois à assister à sa Transfiguration, signe de sa divinité, pour les conforter dans leur foi. Cette scène est illustrée par un triple témoignage :

- Celui de son Père qui le confirme comme son messager : Celui-ci est mon Fils , l’Elu, écoutez-le ;

- Ceux d’Elie et de Moïse, présents lors de cette scène.

 

Il leur signifie ensuite que cette révélation leur est réservée en les invitant à ne pas en faire part aux autres avant la fin de sa mission, c’est-à-dire avant qu’ils n’aient eux-mêmes, à leur tour, fait état de leur engagement : Comme ils descendaient de la montagne, il leur donna cet ordre : « Ne parlez à personne de cette vision, avant que le Fils de l’homme ne ressuscite d’entre les morts » (Mt 17,9).

 

La célébration de l’événement

 

Le Christ considère, dès lors, que le Royaume de Dieu est devenu une réalité. C’est pour lui un événement important, une étape essentielle dans la conduite de la mission que lui a confiée son Père. Il en fait aussitôt état :

 

- A son Père auquel il rend grâce - Je te bénis, Père, Seigneur du ciel et de la terre, d’avoir caché cela aux sages et aux intelligents et de l’avoir révélé aux touts-petits. Oui, Père, car tel a été ton bon plaisir. Tout m’a été remis par mon Père, et nul ne sait qui est le Fils si ce n’est le Père, ni qui est le Père si ce n’est le Fils, et celui à qui le Fils veut bien le révéler (Lc 10,21).

 

- A ses disciples - Il leur signifie l’importance historique de l’événement dont ils sont témoins et en affirme la pérennité :

Heureux les yeux qui voient ce que vous voyez ! Car je vous dis que beaucoup de prophètes et de rois ont voulu voir ce que vous voyez et ne l’ont pas vu, entendre ce que vous entendez et ne

l’ont pas entendu ! (Lc 10,23).

Jusqu’à Jean ce furent la Loi et les Prophètes ; depuis lors le Royaume de Dieu est annoncé, et tous s’efforcent d’y entrer par la violence. Il est plus facile que le ciel et la terre passent que ne tombe un menu trait de la Loi (Lc 16.16).

 

- A la population - Il charge ses Apôtres d’aller lui annoncer la nouvelle : Ayant convoqué les Douze, il leur donna puissance et pouvoir sur tous les démons, et sur les malades pour les guérir. Et les envoya proclamer le Royaume de Dieu et faire des guérisons (Lc 9,1).

 

- Aux opposants -  Lorsque ceux-ci l’interrogent sur le moment de la venue du Royaume de Dieu, il répond  - La venue du Royaume de Dieu ne se laisse pas observer, et l’on ne dira pas : « Voici : il est ici ! ou bien : il est là ! » Car voici que le Royaume de Dieu est au milieu de vous (Lc 17,20).

 

 

LA PRESENTATION DU ROYAUME DE DIEU

 

L’image du festin

 

Le Christ compare le Royaume des Cieux à un festin, une réunion d’amis qui, fidèles à sa doctrine, trouvent leur bonheur à retrouver ceux qu’ils ont aimés, à participer à leur propre bonheur, à le partager. Il rappelle que chacun y est invité, à condition d’en faire le choix, c’est-à-dire d’accepter de suivre ses commandements, l’amour de Dieu et du prochain, conditions essentielles pour pouvoir accéder à cet immense bonheur que représentera le Royaume des Cieux.

Il en va du Royaume des Cieux comme d’un roi qui fit un festin de noces pour son fils. Il envoya ses serviteurs convier les invités aux noces, mais eux ne voulaient pas venir. De nouveau il envoya d’autres serviteurs avec ces mots : « Dites aux invités : Voici, j’ai apprêté mon banquet, mes taureaux et mes bêtes grasses ont été égorgés, tout est prêt, venez aux noces. »

Mais eux, n’en ayant cure, s’en allèrent, qui à son champ, qui à son commerce, et les autres, s’emparant des serviteurs, les maltraitèrent et les tuèrent.

Le roi fut pris de colère et envoya ses troupes qui firent périr ces meurtriers et incendièrent leur ville. Alors il dit à ses serviteurs : « La noce est prête mais les invités n’en étaient pas dignes. Allez donc aux départs des chemins, et conviez aux noces tous ceux que vous pourrez trouver. » Ces serviteurs s’en allèrent par les chemins, ramassèrent tous ceux qu’ils trouvèrent, les mauvais comme les bons, et la salle de noces fut remplie de convives.

Le roi entra alors pour examiner les convives, et il aperçut là un homme qui ne portait pas la tenue de noces. « Mon ami, lui dit-il, comment es-tu entré ici sans avoir une tenue de noces ? » L’autre resta muet. Alors le roi dit aux valets : «  Jetez-le, pieds et poings liés, dehors, dans les ténèbres : là seront les pleurs et les grincements de dents. Car beaucoup seront appelés, mais peu seront élus » (Mt 22,1).

 

# Cette comparaison illustre le bonheur que l’on ressent à retrouver ceux envers lesquels on a, le temps de sa vie, manifesté l’esprit de charité : le respect de Dieu et l’amour du prochain, une forme de bonheur que l’on peut parfois découvrir à la fin de sa vie.

A l’opposé, ceux qui auront passé leur vie à ignorer les autres, à leur manifester de la haine, terminent souvent leur vie dans l’indifférence, dans l’isolement., c’est-à-dire dans une tristesse profonde. On peut illustrer ce fait par un exemple extrême, celui de ces dictateurs qui ont utilisé leur pouvoir à procéder à des massacres, voire des crimes contre l’humanité et qui finissent leur vie isolés, rejetés de tous, au point de terminer leur vie en se réfugiant dans quelque cave ou bunker, voire en se donnant la mort.

 

 

LES CONDITIONS D’ACCES

 

Le Christ précise avant toute chose que l’engagement doit être :

 

Effectif - Pourquoi m’appelez-vous « Seigneur, Seigneur », et ne faites-vous pas ce que je dis ? Quiconque vient à moi, écoute mes paroles et les met en pratique, je vais vous montrer à qui il est comparable. Il est comparable à un homme qui, bâtissant sa maison, a creusé, creusé pro- fond et posé ses fondations sur le roc. La crue survenant, le torrent s’est rué sur cette maison, mais il n’a pu l’ébranler parce qu’elle était bien bâtie.

Mais celui au contraire qui a écouté et n’a pas mis en pratique est comparable à un homme qui aurait bâti sa maison à même le sol sans fondations. Le torrent s’est rué sur elle, et aussitôt elle s’est écroulée ; et le désastre survenu à cette maison a été grand (Lc 6,46).

 

Total - Si quelqu’un vient à moi sans « haïr » son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères, ses sœurs, et jusqu’à sa propre vie, il ne peut être mon disciple. Quiconque ne porte pas sa croix et ne vient pas derrière moi ne peut être mon disciple (Lc14,26).

Quiconque met la main à la charrue et regarde en arrière est impropre au Royaume de Dieu (Lc 9,62).

En vérité, je vous le dis : nul n’aura laissé maison, femme, frères, parents ou enfants à cause du Royaume des Cieux, qui ne reçoive bien davantage en ce temps-ci, et dans le monde à venir la vie éternelle ( Lc 18,29).

 

Actif - C’est donc une bonne chose que le sel. Mais si le sel vient à s’affadir, avec quoi l’assaisonnera-t-on ? Il n’est bon ni pour la terre ni pour le fumier ; on le jette dehors. Celui qui a des oreilles pour entendre, qu’il entende (Lc 14,34).

 

Affiché - Celui qui aura rougi de moi et de mes paroles, de celui-là le Fils de l’homme rougira, lorsqu’il viendra dans sa gloire et celle du Père et des saints anges (L 9,26).

Je vous le dis, quiconque se sera déclaré pour moi devant les hommes, le Fils de l’homme aussi se déclarera pour lui devant les anges de Dieu ; mais celui qui m’aura renié à la face des hommes sera renié à la face des anges de Dieu (Lc 12,8).

 

Progressif - A quoi le Royaume des Cieux est-il semblable, et à quoi vais-je le comparer ? Il est semblable à un grain de sénevé qu’un homme a pris et jeté dans son jardin. Il croît et devient un arbre et les oiseaux du ciel s’abritent dans ses branches.

A quoi vais-je comparer le Royaume de Dieu ? Il est semblable à du levain qu’une femme a pris et enfoui dans trois mesures de farine, jusqu’à ce que tout ait levé (Lc 13,18).

 

Empreint d’humilité - Si vous ne retournez à l’état d’enfants, vous n’entrerez pas dans le Royaume des Cieux. Qui donc se fera petit comme ce petit enfant-là, celui-là est le plus grand dans le Royaume des Cieux (Mt 18,3).

 

Détaché des biens - Qui de vous, s’il veut bâtir une tour, ne commence pas par s’asseoir pour calculer la dépense et voir s’il a de quoi aller jusqu’au bout ? De peur que s’il pose ses fondations et ne peut achever, tous ceux qui le verront se mettent à se moquer de lui, en disant : «  Voilà un homme qui a commencé de bâtir et n’a pu achever ! »

Ou encore quel est le roi qui, partant faire la guerre à un autre roi, ne commencera par s’asseoir pour examiner s’il est capable, avec dix mille hommes, de se porter à la rencontre de celui qui marche contre lui avec vingt mille ? Sinon, alors que l’autre est encore loin, il lui envoie une ambassade pour lui demander la paix.

Ainsi donc, quiconque parmi vous ne renonce pas à tous ses biens ne peut être mon disciple (Lc 14,28).

 

Apostolique - Si ton frère vient à pécher, va le trouver et reprends-le, seul à seul. S’il t’écoute, tu auras gagné ton frère. S’il ne t’écoute pas, prends encore avec toi un ou deux autres, pour que toute affaire soit décidée sur la parole de deux ou trois témoins. Que s’il refuse de t’écouter, dis-le à la communauté. Et s’il refuse d’écouter même la communauté, qu’il soit pour toi comme le païen et le publicain (Mt 18,15).

 

LA VOIE A SUIVRE

 

Cette voie passe par le respect des vertus selon son exemple : la foi, l’espérance et la charité.

 

1°) - La foi

 

A ses disciples qui en ont fait état, il précise que leur foi ne doit jamais être considérée comme un fait acquis. Elle doit au contraire être totale, progressive et sans limite. Deux scènes l’illustrent avec force:

 

- Comme il rentrait en ville de bon matin, il eut faim. Voyant un figuier près du chemin, il s’en approcha, mais ne trouva rien que des feuilles. Il lui dit alors : « Jamais plus tu ne porteras de fruit ! » Et à l’instant même le figuier devint sec.

A cette vue, les disciples dirent tout étonnés : « Comment, en un instant, le figuier est-il devenu sec ? » Jésus leur répondit : « En vérité je vous le dis, si vous avez une foi qui n’hésite point, non seulement vous ferez ce que je viens de faire au figuier, mais même si vous dites à cette montagne : « Soulève-toi et jette-toi à la mer, » cela se fera. Et tout ce que vous demanderez dans une prière pleine de foi, vous l’obtiendrez (Mt 21,18).

 

- Comme ils rejoignaient la foule, un homme s’approcha de lui et, s’agenouillant, lui dit : «  Seigneur, aie pitié de mon fils, qui est lunatique et va très mal : souvent il tombe dans le feu, et souvent dans l’eau. Je l’ai présenté à tes disciples et ils n’ont pas pu le guérir. »

« Engeance incrédule et pervertie, répondit Jésus, jusque à quand serai-je avec vous ? Jusque à quand devrai-je vous supporter ? Apportez-le-moi ici. » Et Jésus le menaça, et le démon sortit de l’enfant qui, de ce moment, fut guéri.

Alors les disciples, s’approchant de Jésus, dans le privé, lui demandèrent : « Pourquoi nous autres, n’avons-nous pu l’expulser ? Parce que vous avez peu de foi, leur dit-il » (Mt 17,14).

 

2°) - L’espérance

 

Son objet - Dans la prière, le Pater, il confirme que, au delà du bien matériel nécessaire, c'est au niveau de l'esprit que l'espérance doit se situer: Donne-nous aujourd'hui notre pain quotidien. Remets-nous nos dettes comme nous-mêmes nous avons remis à nos débiteurs, ne nous soumets pas à la tentation mais délivre-nous du mal

Sa justification - Il rappelle qu’elle se justifie pleinement par cet amour de Dieu pour l’homme, un amour dont il donne la dimension à l’aide de trois paraboles :

 

- La brebis perdue - Lequel d’entre vous, s’il a cent brebis et vient à en perdre une, n’abandonne les quatre-vingt-dix-neuf autres dans le désert pour s’en aller après celle qui est perdue, jusqu’à ce qu’il l’ait retrouvée ? Et quand il l’a retrouvée, il la met, tout joyeux, sur ses épaules et, de retour chez lui, il assemble amis et voisins et leur dit : « Réjouissez-vous avec moi, car je l’ai retrouvée, ma brebis qui était perdue. »

C’est ainsi, je vous le dis, qu’il y aura plus de joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se repend que pour quatre-vingt-dix-neuf justes, qui n’ont pas besoin de repentir (Lc 15,4).

 

- La drachme perdue : Ou bien, quelle est la femme qui, si elle a dix drachmes et vient à en perdre une, n’allume une lampe, ne balaie la maison et ne cherche avec soin, jusqu’à ce qu’elle l’ait retrouvée ?Et quand elle l’a retrouvée, elle assemble amies et voisines et leur dit : « Réjouissez-vous avec moi, car je l’ai retrouvée, la drachme que j’avais perdue ! »

C’est ainsi, je vous le dis, qu’il naît de la joie devant les anges de Dieu pour un seul pécheur qui se repend (Lc 15,8).

 

- L’enfant prodigue - Cette parabole illustre la miséricorde de Dieu pour celui qui manifeste son espérance : elle relate l’histoire d’un fils qui, après avoir réclamé sa part d’héritage, s’en va au loin, le disperse et se retrouve dans le dénuement. Pris de remord, il prend conscience de sa faute et retourne chez son père avec le mince espoir de ne pas être chassé. Or ce retour attendu comble de bonheur son père qui manifeste à son entourage une joie démesurée (Lc 15,11).

 

La portée de la démarche - Le Christ l’illustre à l’aide de deux autres paraboles :

 

- Le juge inique et la veuve importune - Il y avait dans une ville un juge qui ne craignait pas Dieu et n’avait de considération pour personne. Il y avait aussi dans cette ville une veuve qui venait le trouver en disant : « Rends-moi justice contre mon adversaire ! »

Il s’y refusa longtemps. Après quoi il se dit : « J’ai beau ne pas craindre Dieu et n’avoir de considération pour personne, néanmoins, comme cette veuve m’importune, je vais lui rendre justice, pour qu’elle ne vienne pas sans fin me rompre la tête. » Et le Seigneur dit : « Ecoutez ce que dit ce juge inique. Et Dieu ne ferait pas justice à ses élus qui crient vers lui jour et nuit, tandis qu’il patiente à leur sujet ! Je vous dis qu’il leur fera prompte justice. Mais le Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur terre ? (Lc 18,1).

 

- L’ami importun - Si un de vous, ayant un ami, s’en va le trouver au milieu de la nuit, pour lui dire : « Mon ami, prête-moi trois pains, parce qu’un de mes amis est arrivé de voyage et je n’ai rien à lui servir, » et que de l’intérieur l’autre réponde: «  Ne me cause pas de tracas ; maintenant la porte est fermée, et mes enfants et moi sommes au lit ; je ne puis me lever et t’en donner. »

Je vous le dis, même s’il ne se lève pas pour les lui donner en qualité d’ami, il se lèvera du moins à cause de son impudence et lui donnera tout ce dont il a besoin (Lc 11,5).

 

La justification de la démarche - Le Christ la justifie par l’amour de Dieu  pour ses enfants :  

Demandez et l’on vous donnera ; cherchez et vous trouverez ; frappez et l’on vous ouvrira. Car quiconque demande reçoit, qui cherche trouve ; et à qui frappe on ouvrira.

Quel est d’entre vous le père auquel son fils demandera un poisson et qui, à la place du poisson, lui remettra un serpent ? Ou encore s’il demande un œuf, lui remettra-t-il un scorpion ?

Si donc vous, qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus le Père du ciel donnera-t-il l’Esprit Saint à ceux qui l’en prient (Lc 11,9).

Il promet enfin d’appuyer à cette démarche par son soutien :

Je vous le dis en vérité, si deux d’entre vous, sur la terre, unissent leurs voix pour demander quoi que ce soit, cela leur sera accordé par mon père qui est dans les cieux. Que deux ou trois, en effet, soient réunis en mon Nom, je suis là au milieu d’eux (Mt 18,19).

 

Son exemple au niveau de l’espérance - A l’instant de ressusciter Lazare, s’adressant à son Père, il lui déclare : Père, je te rends grâces de m’avoir écouté, je savais que tu m’écoutes toujours; mais c’est à cause de la foule qui m’entoure que j’ai parlé, afin qu’ils croient que tu m’as envoyé (Jn 11,41).

 

Son exemple à celui de la miséricorde - Trois scènes sont pour lui l’occasion de faire état de la miséricorde de Dieu à l’égard des repentis :

- A cette pécheresse repentante qui, lors d’un repas chez un pharisien, le couvre de soins, il déclare, après l’avoir montrée en exemple : Ta foi t’a sauvée (Lc 7,50)

- A Zachée, ce publicain qui, gêné par sa petite taille, grimpe sur un arbre pour tenter de l’apercevoir. Pressentant sa repentance, il s’invite à sa table où Zachée lui déclare :

Voici, Seigneur, je vais donner la moitié de mes biens aux pauvres, et si j’ai extorqué quelque chose à quelqu’un, je lui rends le quadruple. Et Jésus lui dit :   Aujourd’hui le salut est arrivé pour cette maison, parce que lui aussi est un fils d’Abraham. Car le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu (Lc 19,1).

- Au larron enfin qui, sur sa croix, reconnaît ses fautes et manifeste sa foi et son espérance: En vérité, je te le dis, aujourd’hui tu seras avec moi dans le Paradis (Lc 23,43).

 

Les comportements contraires

L’image nous en est donnée avec la parabole du débiteur impitoyable : un roi, désireux de régler ses comptes, fait venir un de ses serviteurs qui lui doit dix mille talents et le condamne. A l’écoute de la sentence, le serviteur le supplie de lui accorder un délai. Le roi accède à sa demande et lui remet sa dette. Le lendemain ce même serviteur rencontre un de ses compagnons qui lui doit cent deniers. Il demeure sourd à ses suppliques et le fait mettre en prison. Apprenant cela, son maître le livre aux tortionnaires.

Le Christ conclut : C’est ainsi que vous traitera aussi mon Père céleste, si chacun de vous ne pardonne pas à son frère du fond du cœur (Mt 18,35).

 

- La voie à suivre -  Il l’indique à Pierre qui le questionne sur ce sujet : Seigneur, combien de fois mon frère pourra-t-il pécher contre moi et devrai-je lui pardonner ? Irai-je jusqu’à sept fois ? Il lui répond : Je ne dis pas jusqu’à sept fois, mais jusqu’à soixante-dix-sept fois (Mt 18,21). 

 

3°) - La charité

 

Le Christ en précise l’importance. L’esprit de charité se manifeste par l’amour de Dieu et du prochain. Le Christ précise à un Pharisien qui l’interroge que cet amour représente l’essentiel de la Loi de Dieu :

Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit. Voilà le plus grand et le premier commandement. Le second lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-même.

A ces deux commandements se rattache toute la Loi ainsi que les Prophètes (Mt 22,37).

 

- L’amour de Dieu

 

C’est un préalable à tout esprit de charité dans la mesure où il s’exerce envers un Etre qui a fait état de son amour total pour l’homme. Il se manifeste essentiellement par le respect.

 

 - L’importance - Il la souligne en faisant figurer ce respect de Dieu aux premières lignes de la prière : Notre Père qui es dans les cieux, que ton nom soit sanctifié…

 

- Son exemple - En s’adressant à son Père, il marque toujours le respect : Père très saint…(Jn 17,25).

 

- Le comportement contraire - Il dénonce fermement toute marque d’irrespect envers Dieu comme étant la faute absolue : - Aussi je vous le dis, tout péché et blasphème sera remis aux hommes, mais le blasphème contre l’Esprit ne sera pas remis. Et quiconque aura dit une parole contre le Fils de l’homme, cela lui sera remis ; mais quiconque aura parlé contre l’Esprit Saint, cela ne lui sera remis ni en cet âge ni dans l’autre (Mt 12,31).

- - La voie à suivre - C’est le respect de Dieu à travers tout ce qui le représente : Ne donnez pas aux chiens ce qui est sacré, ne jetez pas vos perles devant les porcs, de crainte qu’ils ne les piétinent, puis se retournent contre vous pour vous déchirer (Mt 7,6).

 

- L’amour du prochain

 

1°) – La dimension de l’esprit de charité

 

Cette dimension nous est indiquée avec la parabole du Bon Samaritain. Elle nous permet de faire la distinction entre la pitié, une attitude louable mais très partagée, et le véritable esprit de charité, la recherche du bonheur de l’autre.

Le premier jour, ce Samaritain, voyageant en terre ennemie, s’arrête en chemin à la vue d’un homme blessé gisant à demi-mort dans le fossé. Pris de pitié, il le prend en charge et le conduit dans une auberge pour qu’il y soit soigné.

Le lendemain c’est par esprit de charité, par souci du bonheur de l’autre, qu’il retourne trouver l’aubergiste, lui remet deux deniers et lui déclare : Prends soin de lui, et ce que tu auras dépensé de plus, je te le rembourserai, moi, à mon retour (Lc 10,35).

 

- Sa gratuité - Invité à un repas, il déclare à son hôte sous forme de conseil :

Lorsque tu donnes un déjeuner ou un dîner, ne convies ni tes amis, ni tes frères, ni tes parents, ni de riches voisins, de peur qu’eux aussi t’invitent à leur tour et qu’on ne te rende la pareille. Mais lorsque tu donnes un festin, invites des pauvres, des estropiés, des boiteux, des aveugles; heureux seras-tu alors de ce qu’ils n’ont pas de quoi te le rendre ! Car cela te sera rendu lors de la résurrection des justes (Lc 14,12).

 

- Son exemple -Il en fait état sous la forme d’un appel :

Venez à moi vous tous qui peinez et ployez sous le fardeau et moi, je vous reposerai. Prenez mon joug sur vous et apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur et vous trouverez le repos de vos âmes, car mon joug est aisé et mon fardeau léger (Mt 11,28).

 

2°) – Les comportements contraires

 

Le Christ indique quels sont ces comportements contraires à l’esprit de Charité, tant au niveau des rapports avec le prochain qu’à celui de la communauté :

 

Dans les rapports avec le prochain

 

La violence dans le langage - Prenez un arbre bon : son fruit sera bon; prenez un arbre gâté : son fruit sera gâté. Engeance de vipères, comment pourriez-vous tenir un bon langage, alors que vous êtes mauvais ? Car c’est du trop-plein du cœur que la bouche parle. L’homme bon, de son bon trésor tire de bonnes choses. Et l’homme mauvais, de son mauvais trésor en tire de mauvaises.

Or je vous le dis : de toute parole sans fondement que les hommes auront proférée, ils rendront compte au Jour du Jugement. Car c’est d’après tes paroles que tu seras justifié et c’est d’après tes paroles que tu seras condamné. Mt12,33)  

La violence physique ou morale - A l’attitude du Samaritain qui avait manifesté son amour pour un ennemi, il oppose cette haine, injustifiable, qui conduit à la violence envers ceux qui nous aiment. Il prend ainsi deux exemples caractéristiques :

 

- L’enfant - Quiconque accueille un petit enfant à cause de mon nom, c’est moi qu’il accueille, mais si quelqu’un doit scandaliser l’un de ces petits qui croient en moi, il serait préférable pour

lui de se voir suspendre autour du cou une de ces meules que tournent les ânes et d’être englouti en pleine mer. Malheur au monde à cause des scandales ! Il est fatal, certes, qu’il arrive des scandales, mais malheur à celui par qui le scandale arrive (Mt 18,5).

 

- Le conjoint - Le Christ rappelle que Dieu, en créant l’homme et la femme, les a conçus dans

un esprit d’union propice à l’amour mutuel : N’avez-vous pas lu que le Créateur, dès l’origine, les fit homme et femme et qu’il a dit : « Ainsi donc l’homme quittera son père et sa mère pour s’attacher à sa femme, et les deux ne feront qu’une seule chair. » Ainsi ils ne sont plus deux, mais une seule chair. Eh bien ! ce que Dieu a uni, l’homme ne doit point le séparer (Mt 19,4).

Il conclut en établissant la culpabilité de celui ou celle qui, par son comportement, provoque la rupture : Quiconque répudie sa femme et en épouse une autre, commet un adultère à son égard; et si une femme répudie son mari et en épouse un autre, elle commet un adultère (Mc 10,11).

Il déculpabilise, à l’inverse, celui qui subit de fait cette rupture : Quiconque répudie sa femme -  pas pour prostitution - et en épouse une autre, commet un adultère (Mt 19,9)

 

La jalousie - C’est la tristesse ressentie face au bonheur d’autrui que l’on ne partage pas. Le Christ l’illustre avec la parabole des ouvriers envoyés à la vigne : cette parabole met en scène un vigneron qui envoie des ouvriers travailler pour un salaire convenu, puis d’autres au fil des heures. Le soir venu, il donne au dernier arrivé le même salaire qu’au premier. Le premier, s’estimant lésé, proteste et son maître lui déclare en réponse :

Mon ami, je ne te lèse en rien ; n’est-ce pas d’un denier que nous sommes convenus ? Prends ce qui te revient et va-t-en. Il me plaît de donner à ce dernier venu autant qu’à toi n’ai-je pas le droit de disposer de mes biens comme il me plaît ? Ou faut-il que tu sois jaloux parce que je suis bon ? Voilà comment les derniers seront premiers et les premiers seront derniers (Mt 20,13).

 

La créance morale - Il s’agit de ce droit moral sur autrui que l’homme a tendance à s’attribuer en le justifiant par ses actions passées, un comportement fréquent chez les « anciens ».

Le Christ précise que cette forme de droit est contraire à la Loi de Dieu en indiquant que le bien apporté aux autres doit toujours être considéré comme un devoir :

Qui d’entre vous, s’il a un serviteur qui laboure ou garde les bêtes, lui dira à son retour de champ: « Vite, viens te mettre à table ? » Ne lui dira-t-il pas au contraire : « Prépare-moi de quoi dîner, ceins-toi pour me servir, jusqu’à ce que j’aie mangé et bu ; après quoi, tu mangeras et boiras à ton tour ? » Sait-il gré à ce serviteur d’avoir fait ce qui lui avait été prescrit ?

Ainsi de vous ; lorsque vous aurez fait tout ce qui vous a été prescrit, dites : « Nous sommes de simples serviteurs; nous avons fait ce que nous devions faire » (Lc 17,7).

 

# Le problème de cette créance morale est particulièrement aigu au niveau des rapports au sein d’une même famille. On a tendance, en effet, à oublier qu’en procédant à la procréation on se crée un devoir envers l’enfant à naître. Ce devoir, c’est celui d’assumer le bien matériel et moral de l’enfant jusqu’à ce qu’il soit en mesure de se prendre en charge et d’assumer sa vie.

Dans le même sens, le principe du devoir d’assistance aux parents ne doit pas générer un quelconque droit de la part de ces derniers, étant entendu que le droit n’existe pas dans la doctrine du Christ, à moins qu’il ne soit l’objet d’un accord réciproque.

On peut observer que l’application de cette forme de droit sur les enfants a ainsi été de tous temps source de conflits latents, parfois graves, au sein des familles.  

 

Le jugement porté sur autrui - Avec la parabole de l’ivraie, il précise que tout jugement est réservé à Dieu seul :

Il en va du Royaume des Cieux comme d’un homme qui a semé du bon grain dans son champ. Or, pendant que les gens dormaient, son ennemi est venu, il a semé à son tour de l’ivraie, au beau milieu du blé, et il s’en est allé. Quand le blé est monté en herbe, puis en épis, l’ivraie est apparue aussi.

S’approchant, les serviteurs du propriétaire lui dirent : «  Maître, n’est-ce pas du bon grain que tu as semé dans ton champ ? D’où vient donc qu’il s’y trouve de l’ivraie ? »

Il leur dit : «  C’est quelque ennemi qui a fait cela .» Les serviteurs lui disent : « Veux- tu que nous allions le ramasser ? Non, dit-il, vous risqueriez, en ramassant l’ivraie, d’arracher en même temps le blé. Laissez l’un et l’autre croître jusqu’à la moisson; et au moment de la mois- son je dirai aux moissonneurs : Ramassez d’abord l’ivraie et liez-la en bottes que l’on fera brûler; quant au blé, recueillez-le dans mon grenier » (Mt 13,24).

 

- La voie à suivre  - Ne jamais porter de jugement sur son prochain  - Ne jugez pas et vous ne serez pas jugés; car du jugement dont vous jugez on vous jugera, et de la mesure dont vous mesurez on mesurera pour vous. Qu’as-tu à regarder la paille qui est dans l’œil de ton frère ? Et la poutre qui est dans ton œil à toi, tu ne la remarques pas ? Ou bien comment vas-tu dire à ton frère : « Laisse-moi ôter la paille de ton œil, » et voilà que la poutre est dans ton œil ! Hypocrite, ôte d’abord la poutre de ton œil, et alors tu verras clair pour ôter la paille de l’œil de ton frère (Mt 7,1). 

 

- Son exemple - A trois reprises, il rappelle qu’il ne porte pas de jugement sur les autres : Vous, vous jugez selon la chair, moi, je ne juge personne ( Jn 8,15). - Si quelqu’un entend mes paroles et ne les garde pas, je ne le juge pas, car je ne suis pas venu pour juger le monde, mais pour le sauver (Jn 12,47).- A la pécheresse que les Pharisiens avaient voulu lapider il déclare : Moi, non plus, je ne te condamne pas (Jn 8,11).

 

2°) Dans les rapports avec la communauté

 

Il s’agit, pour l’essentiel de l’orgueil et de l’appât du bien, deux comportements qui visent à s’approprier des valeurs morales ou matérielles aux dépens des autres.

 

1°) L’orgueil

 

- L’incohérence - Il la relève lorsque, au cours d’un repas, il remarque l’attitude d’invités qui choisissent les places d’honneur : Lorsque quelqu’un t’invite à un repas de noces, ne va pas t’étendre sur le premier divan, de peur qu’un plus digne que toi n’ait été invité par ton hôte, et que celui qui vous a invités, toi et lui, ne vienne à te dire : « Cède-lui ta place. » Et alors tu devrais, plein de confusion, aller occuper la dernière place.

Au contraire, lorsque tu es invité, va te mettre à la dernière place, de façon qu’à son arrivée celui qui t’a invité te dise : « Mon ami, monte plus haut. » Alors il y aura pour toi de l’honneur devant tous les autres convives (Lc 14,7).

 

- L’illustration - Elle nous est donnée avec la parabole du Pharisien et du publicain : Deux hommes montèrent au Temple pour prier; l’un d’eux était Pharisien et l’autre publicain. Le Pharisien, debout, priait ainsi en lui-même : «  Mon Dieu, je te rends grâces de ce que je ne suis pas comme le reste des hommes, qui sont rapaces, injustes, adultères, ou bien comme ce publicain; je jeûne deux fois par semaine, je donne la dîme de tout ce que j’acquiers. »

Le publicain, se tenant à distance, n’osait même pas lever les yeux, mais se frappait la poitrine en disant : «  Mon Dieu, aie pitié du pécheur que je suis ! »

Je vous le dis : ce dernier descendit justifié, l’autre non ( Lc 18,10).

 

- Son exemple - Si le Christ s’est affiché en « maître à penser », il s’est à l’inverse toujours refusé aux honneurs décernés à sa personne. Ainsi lorsqu’une femme, après l’avoir écouté, déclare : Heureuses les entrailles qui t’ont porté et les seins que tu as sucés ! Il répond : Heureux plutôt ceux qui écoutent la parole de Dieu et l’observent (Lc 11,27).  

 

- La voie à suivre - Il invite à l’humilité en toutes circonstances et cite son exemple en référence :

Vous savez que les chefs des nations dominent sur elles en maîtres et que les grands leur font sentir leur pouvoir. Il n’en doit pas être ainsi parmi vous: au contraire, celui qui voudra devenir grand parmi vous, sera votre serviteur.

C’est ainsi que le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour une multitude (Mt 20,25).

 

2°) L’appât du bien 

 

- L’incohérence - Il la souligne de la même manière avec la parabole de l’homme riche :

Il y avait un homme riche dont les terres avaient beaucoup rapporté. Et il se demandait en lui-même : « Que vais-je faire ? Car je n’ai pas où recueillir ma récolte. » Puis il se dit : « Voici ce que je vais faire : j’abattrai mes greniers, j’en construirai de plus grands, j’y recueillerai tout mon blé et mes biens, et je dirai à mon âme : « Mon âme, tu as quantité de biens en réserve pour de nombreuses années; repose-toi, mange, bois, fais la fête. »

Mais Dieu lui dit : « Insensé, cette nuit même, on va te redemander ton âme. Et ce que tu as amassé, qui l’aura ? » Ainsi en est-il de celui qui thésaurise pour lui-même, au lieu de s’enrichir en vue de Dieu (Lc 12,16).

 

- Son exemple - A l’occasion de trois scènes, il fait état de son détachement des biens, montrant ainsi qu’il ne dispose :

- Ni de logement  - Il le rappelle lorsqu’un homme manifeste son désir de le suivre : Les renards ont des tanières, et les oiseaux du ciel ont des nids; le Fils de l’homme, lui, n’a pas où reposer sa tête (Lc 9,58).

- Ni d’argent  - Invité à régler un droit, injustement réclamé, à l’entrée du Temple, il ne possède pas le moindre drachme et s’en ouvre à Pierre : …Cependant, pour ne pas les scandaliser, va à la mer, jette l’hameçon, saisis le premier poisson qui montera, et ouvres-lui la bouche : tu y trouveras un statère; prends-le et donnes-le leur, pour moi et pour toi (Mt 17,2

- Ni de moyens  - Lors de son entrée à Jérusalem, ne disposant pas de monture, il envoie ses

disciples emprunter une ânesse pour se protéger de la foule qui l’acclame. Dans le même esprit, il enverra trois disciples emprunter une salle pour le repas final. 

- La voie à suivre  - C’est le détachement total des biens :

Vendez vos biens, et donnez-les en aumône. Faites-vous des bourses qui ne s’usent pas, un trésor inépuisable dans les cieux, où ni voleur n’approche ni mite ne détruit. Car où est votre trésor, là aussi sera votre cœur (Lc 12,33).

 

 

 

CHAPITRE VII

 

LES ECUEILS DE LA VIE

 

La mise en garde sur l’existence de dangers

 

Avec la parabole du semeur, le Christ attire l’attention de ses disciples sur l’existence de multiples dangers, externes, internes, et d’erreurs d’objectifs qu’il traitera ensuite un à un:

Un semeur est sorti pour semer sa semence. Et comme il semait, une partie du grain est tombé au bord du chemin ; elle a été foulée aux pieds et les oiseaux du ciel ont tout mangé. Une autre est tombée sur le roc et, après avoir poussé, elle s’est desséchée faute d’humidité. Une autre est tombée au milieu des épines et, poussant avec elle, les épines l’ont étouffée. Une autre est tom- bée sur la bonne terre, a poussé et produit du fruit au centuple. Entende qui a des oreilles pour entendre ! (Lc 8 ,4).

 

De cette parabole il donne ensuite l’explication :

La semence, c’est la parole de Dieu. Ceux qui sont au bord du chemin sont ceux qui ont en- tendu, puis vient le diable qui enlève la Parole de leur cœur, de peur qu’ils ne croient et soient sauvés.

Ceux qui sont sur le roc sont ceux qui accueillent la Parole avec joie quand ils l’ont entendue, mais ceux-là n’ont pas de racine, ils ne croient que pour un moment, et au moment de l’épreuve ils font défection.

Ce qui est tombé sur les épines, ce sont ceux qui ont entendu, mais en cours de route les soucis, la richesse et les plaisirs de la vie les étouffent et ils n’arrivent pas à maturité.

Et ce qui est dans la bonne terre, ce sont ceux qui, ayant entendu la Parole avec un cœur noble et généreux, la retiennent et portent du fruit par leur constance (Lc 8,11).

 

 

LES DANGERS EXTERNES

 

Ils proviennent des influences subies qui peuvent conduire à la chute. Il met en garde, d’abord ses disciples, puis les générations futures :

 

A l’adresse de ses disciples

 

- La mise en garde - Méfiez-vous du levain - c’est-à-dire de l’hypocrisie – des Pharisiens. Rien, en effet, n’est voilé qui ne sera révélé, rien de caché qui ne sera connu. C’est pourquoi tout ce que vous aurez dit dans les ténèbres sera entendu au grand jour, et ce que vous aurez dit dans les pièces les plus retirées sera proclamé sur les toits.

Je vous le dis à vous, mes amis : « Ne craignez rien de ceux qui tuent le corps et après cela ne peuvent rien faire de plus. » Je vais vous montrer ce que vous devez craindre : craignez celui qui, après avoir tué, a le pouvoir de jeter dans la géhenne; oui, je vous le dis, celui-là, craignez-le. Ne vend-on pas cinq passereaux pour deux as ? Et pas un d’entre eux n’est en oubli devant

Dieu ! Bien plus, vos cheveux même vous sont comptés. Soyez sans crainte; vous valez mieux qu’une multitude de passereaux ( Lc 12,1).

Méfiez-vous des scribes qui se plaisent à circuler en longues robes, qui aiment les salutations sur les places publiques, et les premiers sièges dans les synagogues et les premiers divans dans les festins, qui dévorent les biens des veuves, et affectent de faire de longues prières. Ils subiront, ceux-là, une condamnation plus sévère ! (Lc 20,46).

 

- La conduite à suivre : Il les invite à être attentifs à ces messages qu’il leur donne d’entendre et de voir :

- D’entendre - Personne, après avoir allumé une lampe, ne la recouvre d’un vase ou ne la met sous un lit ; on la met au contraire sur un lampadaire, pour que ceux qui pénètrent voient la lumière. Car rien n’est caché qui ne deviendra manifeste, rien non plus n’est secret qui ne doive être connu et venir au grand jour.

Prenez donc garde à la manière dont vous écoutez ! Car celui qui a, on lui donnera, et celui qui n’a pas, même ce qu’il croit avoir lui sera enlevé (Lc 8,16).

- De voir - Personne, après avoir allumé une lampe, ne la met en quelque endroit caché ou sous le boisseau, mais bien sur le lampadaire, pour que ceux qui pénètrent voient la clarté. La lampe de ton corps, c’est ton œil. Lorsque ton œil est sain, ton corps tout entier aussi est lumineux. Mais dès qu’il est malade, ton corps aussi est ténébreux.

Vois donc si la lumière qui est en toi n’est pas ténèbres ! Si donc ton corps tout entier est lumineux, sans aucune partie ténébreuse, il sera lumineux tout entier, comme lorsque la lampe t’illumine de son éclat (Lc 11,33).

 

A l’adresse des générations futures

 

Conscient qu’il ne sera plus parmi eux pour les avertir, le Christ les met en garde contre ce danger qu’il pressent: l’apparition de faux prophètes qu’il sera nécessaire de distinguer des vrais : Méfiez-vous des faux prophètes, qui viennent à vous déguisés en brebis, mais au dedans sont des loups rapaces (Mt 7,15).

 

1°) - Les faux prophètes  - Il indique qu’ils seront reconnaissables à leurs œuvres et à leur supercherie. :

 

- A leurs œuvres - C’est à leurs fruits que vous les reconnaîtrez. Cueille-t-on des raisins sur des épines ? Ou des figues sur des chardons ? Ainsi tout arbre bon produit de bons fruits, tandis que l’arbre gâté produit de mauvais fruits. Un bon arbre ne peut produire de mauvais fruits, ni un arbre gâté produire de bons fruits.

Tout arbre qui ne donne pas de bons fruits, on le coupe et on le jette au feu. Ainsi donc, c’est à leurs fruits que vous les reconnaîtrez (Mt 7,16).

  

- A leur supercherie - Il leur explique que ces faux prophètes seront amenés, pour simuler l’existence d’un pouvoir surnaturel, à prédire des événements à venir. Il dénonce l’ineptie de ces prédictions : Prenez garde qu’on ne vous abuse. Car il en viendra beaucoup sous mon nom, qui diront :  « C’est moi le Christ, » et ils abuseront bien des gens. Vous aurez aussi à entendre parler de guerres et de rumeurs de guerres; voyez, ne vous alarmez pas : car il faut que cela arrive, mais ce n’est pas encore la fin. On se dressera en effet nation contre nation et royaume contre royaume. Il y aura par endroits des famines et des tremblements de terre. Et tout cela ne fera que commencer les douleurs de l’enfantement.

Alors on vous livrera aux tourments et on vous tuera ; vous serez haïs de toutes les nations à cause de mon nom. Et alors beaucoup succomberont ; ce seront des trahisons et des haines intestines.

De faux prophètes surgiront nombreux et abuseront bien des gens. Par suite de l’iniquité croissante, l’amour se refroidira chez un grand nombre. Mais celui qui aura tenu bon jusqu’au bout, celui-là sera sauvé.

Cette Bonne Nouvelle du Royaume sera proclamée dans le monde entier, en témoignage à la face de toutes les nations. Et alors viendra la fin (Mt 24,4).

 

2°) - Les vrais prophètes - En annonçant quarante ans à l’avance la ruine de Jérusalem, le Christ montre à ces générations futures qui en seront témoins qu’il dispose, lui, en tant qu’envoyé de Dieu, du pouvoir de connaître le futur, un pouvoir qui n’est donné qu’aux seuls prophètes. C’est ainsi qu’il annonce avec une grande précision l’ampleur et les circonstances de cet événement :

De ce que vous contemplez, viendront des jours où il ne restera plus pierre sur pierre; tout sera jeté bas (Lc 21,6).

Voyez le figuier et les autres arbres. Dès qu’ils bourgeonnent, vous comprenez de vous-mêmes, en les regardant, que désormais l’été est proche. Ainsi vous, lorsque vous verrez cela arriver, comprenez que le royaume de Dieu est proche. En vérité, je vous le dis, cette génération ne passera pas que tout ne soit arrivé. Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront pas (Lc 21,29).

Mais lorsque vous verrez Jérusalem investie par les armées, alors comprenez que sa dévastation est toute proche. Alors, que ceux qui seront en Judée s’enfuient dans les montagnes, que ceux qui seront à l’intérieur de la ville s’en éloignent, et que ceux qui seront dans les campagnes n’y entrent pas ; car ce seront des jours de vengeance, où devra s’accomplir tout ce qui a été écrit. Malheur à celles qui seront enceintes et à celles qui allaiteront en ces jours-là !

Car il y aura grande détresse sur la terre et colère contre ce peuple. Ils tomberont tous sous le tranchant du glaive et ils seront emmenés captifs dans toutes les nations, et Jérusalem sera foulée aux pieds par les païens jusqu’à ce que soit accompli le temps des païens (Lc 21,20).

Car il y aura alors une grande tribulation, telle qu’il n’y en a pas eu depuis le commence- ment du monde jusqu’à ce jour, et qu’il n’y en aura jamais plus. Et si ces jours-là n’avaient été abrégés, nul n’aurait eu la vie sauve ; mais à cause des élus, ils seront abrégés, ces jours-là (Mt 24,21).

 

Ces événements se produiront de fait exactement comme qu’il les avait annoncés : l’an soixante-dix, soit quarante ans après sa mort, à la suite d’une tentative de prise de contrôle du Temple par les Pharisiens, Jérusalem est assiégée, le Temple est détruit et la ville réduite à l’état de ruines. Parmi ses habitants plus d’un million sont tués un à un à l’arme blanche ou meurent de faim et trois cent mille sont emmenés captifs à l’étranger.

 

LES DANGERS INTERNES

 

Le Christ les relève un à un en indiquant chaque fois la voie à suivre :

 

La possession de biens

 

Il souligne avant toute chose que la recherche de la possession de biens est contraire l’esprit de la Loi de Dieu : Nul ne peut servir deux maîtres : ou il haïra l’un et aimera l’autre, ou il s’attachera à l’un et méprisera l’autre. Vous ne pouvez servir Dieu et l’Argent (Mt 6,24).

Il met ensuite en garde à l’aide de deux paraboles contre ses conséquences : l’égoïsme et la dégradation morale 

 

L’égoïsme - La parabole du mauvais riche et du pauvre Lazare montre à quel point le confort de la richesse peut conduire à l’ignorance des autres, à l’égoïsme. Cette parabole décrit le comportement d’un homme vivant dans l’opulence et qui en vient à ignorer la présence à ses pieds d’un misérable couvert d’ulcères.

Pour souligner le caractère irréversible de cette dérive, le Christ prolonge le récit dans l’au- delà :

… Dans l’Hadès, en proie à des tortures, il lève les yeux et voit de loin Abraham, et Lazare en son sein. Alors il s’écria : « Père Abraham, aie pitié de moi et envoie Lazare tremper dans l’eau le bout de son doigt pour me rafraîchir la langue, car je suis tourmenté dans cette flamme.» Abraham dit : « Mon enfant, souviens-toi que tu as reçu tes biens pendant ta vie, et Lazare pareillement ses maux, maintenant ici il est consolé et toi, tu es tourmenté. Ce n’est pas tout : entre nous et vous un grand abîme a été fixé, afin que ceux qui voudraient passer d’ici chez vous ne le puissent, et qu’on ne traverse pas non plus de là-bas chez nous. »

Il dit alors : » Je te prie donc, père, d’envoyer Lazare dans la maison de mon père, car j’ai cinq frères; qu’il leur porte son témoignage, de peur qu’ils ne viennent, eux aussi, dans ce lieu de torture. » Et Abraham de dire : « Ils ont Moïse et les Prophètes, qu’ils les écoutent. » Non, père Abraham, dit-il, mais si quelqu’un de chez les morts va les trouver, ils se repentiront. Mais il lui dit : « Du moment qu’ils n’écoutent pas Moïse et les Prophètes, même si quelqu’un ressuscite d’entre les morts, ils ne seront pas convaincus » (Lc 16,23).

 

La dégradation morale - Avec la parabole de l’intendant infidèle, il montre que l’appât de l’argent peut conduire l’homme jusqu’au « vice dans le vice, » au point que la malice en vienne à être considérée comme une valeur humaine :

Il était un homme riche qui avait un intendant, et celui-ci fut dénoncé comme dilapidant ses biens. Il le fit appeler et lui dit : « Qu’est-ce que j’entends dire de toi ? Rends compte de ta gestion, car tu ne peux plus gérer mes biens désormais. »

L’intendant se dit en lui-même : « Que vais-je faire puisque mon maître me retire la gérance ? Piocher ? Je n’en ai pas la force ; mendier ? J’aurais honte… Ah, je sais ce que je vais faire, pour qu’une fois relevé de ma gérance, il y en ait qui m’accueillent chez eux. »

Et, faisant venir un à un les débiteurs de son maître, il dit au premier : « Combien dois-tu à ton maître ? - Cent barils d’huile, lui dit-il. » Il lui dit : « Prends ton billet, assieds-toi et écris vite cinquante. » Puis il dit à un autre : « Et toi, combien dois-tu ? - Cent mesures de blé, dit-il. » Il lui dit : «  Prends ton billet et écris quatre-vingts. »

Et le maître loua cet intendant malhonnête d’avoir agi de façon avisée. Car les fils de ce monde sont plus avisés envers leurs congénères que les fils de la lumière (Lc 16,1).

 

- La voie à suivre - Il indique que l’argent, dont on dispose, quel qu’il soit, doit être utilisé pour le bien des autres :

Eh bien ! moi je vous dis : faîtes-vous des amis avec le malhonnête Argent, afin qu’au jour où il viendra à manquer, ceux-ci vous accueillent dans les tentes éternelles. Qui est fidèle en très peu de choses est fidèle aussi en beaucoup, et qui est malhonnête en très peu est malhonnête aussi en beaucoup. Si donc vous ne vous êtes pas montrés fidèles pour le malhonnête Argent, qui vous confiera le vrai bien ? Et si vous ne vous êtes pas montrés fidèles pour le bien étranger, qui vous donnera le vôtre ? (Lc 16,9).

A un notable qui lui demande ce qu’il doit faire pour accéder à la vie éternelle, il répond : « Tout ce que tu as, vends-le et distribue-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans les cieux (Lc 18,22) - Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le Royaume de Dieu.

 

L’orgueil

 

Le Christ met en garde contre ce danger : celui de prendre exemple sur ceux qui se mettent en valeur :

Sur la chaire de Moïse se sont assis les scribes et les Pharisiens ; faites donc et observez tout ce qu’ils pourront vous dire, mais ne vous réglez pas sur leurs actes : car ils disent et ne font pas. Ils lient de pesants fardeaux et les imposent aux épaules des gens, mais eux-mêmes se refusent à les remuer des doigts.

En tout ils agissent pour se faire remarquer des hommes. C’est ainsi qu’ils font bien larges leurs phylactères, et bien longues leurs franges. Ils aiment à occuper le premier divan dans les festins et les premiers sièges dans les synagogues, à recevoir les salutations sur les places publiques et à s’entendre appeler « Rabbi » par les gens (Mt 23,1).

 

- La voie à suivre - Il convie à éviter de tomber à son tour dans cette forme de dérive qui consiste à se considérer comme supérieur aux autres et à accepter ainsi les honneurs :

Pour vous, ne vous faites pas appeler « Rabbi » : car vous n’avez qu’un seul Maître, et tous vous êtes des frères. N’appelez personne « Père » sur la terre : car vous n’en avez qu’un, le Père céleste. Ne vous faites pas appeler « Directeurs » : car vous n’avez qu’un Directeur, le Christ. Le plus grand parmi vous sera votre serviteur (Mt 23,8).

 

Les prétextes à l’inaction

 

Avec la parabole des talents le Christ indique que nul ne doit se prévaloir de sa condition, quelle qu’elle soit, pour se soustraire à son devoir envers son prochain.

Cette parabole relate l’histoire d’un homme qui, partant en voyage, confie à ses serviteurs différentes valeurs, charge à eux de les faire fructifier en son absence.

A son retour, il constate que deux d’entre eux ont produit cependant que le troisième, le moins loti, s’est contenté de préserver le bien confié en l’état. Il le condamne sévèrement : 

Serviteur mauvais et paresseux ! tu savais que je moissonne où je n’ai pas semé, et que je ramasse où je n’ai rien répandu ? Eh bien tu aurais dû placer mon argent chez les banquiers, et à mon retour j’aurais recouvré mon bien avec un intérêt. Enlevez lui donc son talent et donnez-le à celui qui a les dix talents.

Car à tout homme qui a, l’on donnera et il aura du surplus; mais à celui qui n’a pas, on enlèvera ce qu’il a. Et ce propre-à-rien de serviteur, jetez-le dehors, dans les ténèbres ; là sont les pleurs et les grincements de dents (Mt 25,26).

 

- La voie à suivre - Il la montre lorsqu’il remarque le geste d’une veuve indigente qui dépose deux pièces dans le Trésor :

Levant les yeux, il vit les riches qui mettaient leurs offrandes dans le Trésor. Il vit aussi une veuve indigente qui y mettait deux piécettes, et il dit : « Vraiment, je vous le dis, cette veuve qui est pauvre a mis plus qu’eux tous. Car tous ceux-là ont mis leur superflu dans les offrandes, mais elle, de son dénuement, a mis tout ce qu’elle avait pour vivre » (Lc 21,1).

 

# Avec cet exemple, le Christ nous rappelle que, quelle que soit l’importance des moyens dont nous disposons, nous nous devons de les mettre en œuvre pour aider les autres. Ces moyens, même réduits à peu de chose, peuvent être très divers : bien matériel, expérience, culture, force physique etc. La limitation de ces moyens (problèmes de santé, de vieillesse) ne doit en aucun cas servir de prétexte à l’inaction. Ainsi, chacun se doit d’aimer les autres et d’agir en fonction de ses moyens quelle qu’en soit l’importance : lorsqu’on est âgé, on dispose d’un certain capital, tel le temps libre, la connaissance de son métier, l’expérience de la vie, etc. dont on se doit de faire bénéficier les plus jeunes ; autre exemple : les personnes assistées ont également un devoir à leur mesure, ne serait-ce que de manifester de l’amour et de la gentillesse à ceux et celles qui les entourent et de leur faciliter la tâche.

 

 

Les références au jugement d’autrui

 

C’est un comportement fréquent et dangereux qui conduit, en toute hypocrisie, à se déculpabiliser en se déchargeant sur d’autres du soin de juger pour soi de ce qui est bien ou mal et de se sentir ainsi en règle. Il nous met en garde : Lorsque vous voyez un nuage se lever au couchant, aussitôt vous dites que la pluie vient, et ainsi arrive-t-il. Et lorsque c’est le vent du midi qui souffle, vous dites qu’il va faire chaud, et c’est ce qui arrive. Hypocrites, vous savez discerner le visage de la terre et du ciel ; et ce temps-ci alors, comment ne le discernez-vous pas ?

 

- La voie à suivre - Mais pourquoi ne jugez-vous pas par vous-mêmes de ce qui est juste ? Ainsi, quand tu vas avec ton adversaire devant le magistrat, tâche, en chemin, d’en finir avec lui, de peur qu’il ne te traîne devant le juge, que le juge ne te livre à l’exécuteur, et que l’exécuteur ne te jette en prison. Je te le dis, tu ne sortiras pas de là que tu n’aies rendu même jusqu’au dernier sou (Lc 12,54).

 

L’éloignement de Dieu

 

Cet éloignement peut conduire à l’oubli et la dégradation morale :

 

1°) - L’oubli

 

C’est le danger de l’attente que le Christ relève avec la parabole des dix vierges : leur maître, en partance pour un voyage, les charge de se tenir prêtes pour l’accueillir à son retour. Lorsqu’il rentre, cinq d’entre elles sont effectivement prêtes, cependant que les cinq autres, par étourderie ou par négligence, se trouvent absentes. Le maître les condamne : En vérité je vous le dis : je ne vous connais pas (Mt 25,1).

 

2°) - La dégradation morale

 

La  parabole du majordome  donne la mesure de ce danger : cet homme profite de l’absence de son maître pour s’adonner à la boisson et maltraiter ses compagnons. Il est condamné avec vigueur : Le maître de ce serviteur arrivera au jour qu’il attend pas et à l’heure qu’il ne connaît pas; il le retranchera et lui assignera sa part parmi les hypocrites: là seront les pleurs et les grincements de dents (Mt 24,50).

 

- La voie à suivre - C’est celle de la vigilance :

Veillez donc, car vous ne savez ni le jour ni l’heure (Mt 25,12).

Que vos reins soient ceints et vos lampes allumées. Soyez semblables, vous, à des gens qui attendent leur maître à son retour de noces, pour lui ouvrir dès qu’il viendra et frappera. Heureux ces serviteurs que le maître en arrivant trouvera en train de veiller.

En vérité, je vous le dis, il se ceindra, les fera mettre à table et, passant de l’un à l’autre, il les servira. Qu’il vienne à la deuxième ou à la troisième veille, s’il trouve les choses ainsi, heureux seront-ils.

Comprenez bien ceci : si le maître de maison avait su à quelle heure le voleur devait venir, il n’aurait pas laissé percer le mur de sa maison.

Vous aussi, tenez-vous prêts, car c’est à l’heure que vous ne pensez pas que le Fils de l’homme va venir (Lc 12,35).

 

 

LES ERREUES D'OBJECTIFS

 

Le Christ nous met en garde contre cette tendance à assimiler à sa doctrine diverses notions, telles le culte des traditions, de la famille et autres …

 

Le culte des traditions

 

Des Pharisiens, en faisant le reproche à ses disciples de ne pas respecter leur culte - celui des ablutions - lui donnent l’occasion de leur montrer que ce culte des rites auquel ils sont attachés est sans rapport avec la Loi de Dieu et qu’il peut même lui être totalement contraire :

 

Et vous, pourquoi transgressez-vous le commandement de Dieu au nom de votre tradition ? En effet Dieu a dit : «  Honore ton père et ta mère, » et « Que celui qui maudit son père et sa mère soit puni de mort. »

Mais vous, vous dites :  Quiconque dira à son père ou à sa mère : «  Les biens dont j’aurais pu t’assister, je les consacre, celui-là sera quitte de ses devoirs envers son père et sa mère. » Et vous avez annulé la parole de Dieu au nom de votre tradition.

Hypocrites ! Isaïe a bien prophétisé de vous, quand il a dit : «  Ce peuple m’honore des lèvres, mais le cœur est loin de moi. Vain est le culte qu’ils me rendent : les doctrines qu’ils enseignent ne sont que préceptes humains » (Mt 15,3).

 

- La voie à suivre - Il se tourne alors vers la foule de ses disciples :

Ecoutez et comprenez ! Ce n’est pas ce qui entre dans la bouche qui souille l’homme; mais ce qui sort de sa bouche, voilà ce qui souille l’homme.

Ne comprenez-vous pas que tout ce qui pénètre dans la bouche passe par le ventre, puis s’évacue aux lieux d’aisance, tandis que ce qui sort de la bouche procède du cœur, et c’est cela qui souille l’homme ?

Du cœur en effet procèdent mauvais desseins, meurtres, adultères, débauches, vols, faux témoignages, diffamations. Voilà les choses qui souillent l’homme ; mais manger sans s’être lavé les mains, cela ne souille pas l’homme (Mt 15,10).

 

Le culte de la famille

 

C’est le danger de la facilité, du confort, qui conduit, sous prétexte de devoir, à réserver ses bienfaits à ses seuls proches, à ceux qui nous le rendent, et ce aux dépens du bien que l’on doit apporter à tous. C’est ce qu’il dénonce :

Qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi. Qui aime son fils ou sa fille plus que moi n’est pas digne de moi. Qui ne prend pas sa croix et ne suit pas derrière moi n’est pas digne de moi. Qui aura trouvé sa vie la perdra et qui aura perdu sa vie à cause de moi la trouvera (Mt 10,37).

 

- Son exemple - Lorsqu’on l’avise de la présence de sa mère et de ses frères, il rétorque : Qui est ma mère et qui sont mes frères ? Puis, montrant ses disciples il déclare ensuite : Voici ma mère et mes frères. Car quiconque fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux, celui-là m’est un frère et une sœur et une mère (Mt 12,48).

 

- La voie à suivre - Il l’indique lorsque Pierre l’interroge :

En vérité je vous le dis, à vous qui m’avez suivi : dans la régénération, quand le Fils de l’homme siègera sur son trône de gloire, vous siégerez vous aussi sur douze trônes, pour juger les douze tribus d’Israël. Et quiconque aura laissé maisons, frères, sœurs, père, mère, enfants ou champs, à cause de mon nom , recevra bien davantage et aura en héritage la vie éternelle (Mt 19,28).

 

Le culte des morts

C’est un culte universel propre à tous les humains, qu’ils soient croyants ou non. Il est généralement assimilé à un devoir et prend ainsi une connotation religieuse.

Le Christ précise que ce culte est sans rapport avec la Loi de Dieu dont l’objet est d’apporter le bien aux seuls vivants, ainsi qu’il le déclare sans détour aux Sadducéens : Dieu n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants (Lc 20,38).

 

- La voie à suivre - Il l’indique aussi catégoriquement à un homme qui déclare ne pas pouvoir le suivre, prétextant qu’il doit d’abord enterrer son père : Laisse les morts enterrer les morts ; pour toi, va-t-en annoncer le Royaume de Dieu (Lc 9,60).

 

Le culte des prophètes

 

Le Christ indique que, chez les prophètes, seules leurs œuvres doivent être prises en compte et qu’ainsi le culte de leur personne n’a pas lieu d’être, ce culte étant réservé à Dieu seul.

Ainsi, après avoir rendu témoignage à Jean-Baptiste pour son œuvre, il déclare à son sujet :

De plus grand que Jean parmi les enfants des femmes, il n’y en a pas ; et cependant le plus petit dans le Royaume de Dieu est plus grand que lui (Lc 7,28).

 

- Son exemple - Lorsqu’un notable s’adresse à lui en l’appelant : « Bon maître. », il lui répond : Pourquoi m’appelles-tu bon ? Nul n’est bon que Dieu seul (Lc 18,18).

 

- La voie à suivre - Il l’indique lorsqu’il est reçu chez Marthe et Marie :

Comme ils faisaient route, il entra dans un village, et une femme, nommée Marthe, le reçut dans da maison. Celle-ci avait une sœur appelée Marie, qui, s’étant assise aux pieds du Seigneur, écoutait sa parole. Marthe, elle, était absorbée par les multiples soins du service. Intervenant, elle dit : «  Seigneur, cela ne te fait rien que ma sœur me laisse servir toute seule ? Dis-lui donc de m’aider. »

Mais le Seigneur lui répondit : « Marthe, Marthe, tu te soucies et t’agites pour beaucoup de choses ; pourtant il en faut peu, une seule même. C’est Marie qui a choisi la meilleure part ; elle ne lui sera pas enlevée » (Lc 10,38).

 

La démarche politique

 

Lorsque les Pharisiens tentent, par ruse, de l’amener à se positionner sur le plan politique, sa

réponse est ferme : Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu (Lc 20,25).

Par cette réponse catégorique, le Christ met en garde contre la confusion fréquente entre sa doctrine, celle de Dieu, et la fonction politique.

Sa doctrine se situe en effet au niveau de l’esprit : elle conduit l’homme à aimer son prochain et à partager ainsi volontairement son propre bien, ce qui est facteur de paix et d’amour réciproque.

Le pouvoir civil – en tant que tel – n’a pas de fonction sur le plan moral. Il ne peut, de ce fait, gérer les rapports entre les hommes que sur le plan matériel et s’il choisit, par humanisme, d’intervenir dans la répartition des biens, il ne peut le faire que par la loi, la contrainte, ce qui est facteur de division, de conflit, une démarche en opposition totale avec l’esprit de la Loi de Dieu.

 

Le fatalisme

 

Ce n’est pas un danger essentiel, mais le Christ attire cependant l’attention de ses disciples sur des interprétations erronées de l’application de la justice de Dieu : le rapprochement souvent établi entre une faute et un malheur ultérieur, un rapport de cause à effet, considéré à tort comme une punition du Ciel :

En ce même temps, survinrent des gens qui lui rapportèrent ce qui était arrivé aux Galiléens dont Pilate avait mêlé le sang à celui de leurs victimes. Prenant la parole, il leur dit : « Pensez-vous que pour avoir subi pareil sort, ces Galiléens fussent de plus grands pécheurs que tous les

autres Galiléens ? Non, je vous le dis, mais vous, si ne vous repentez pas, vous périrez pareillement.

Ou ces dix-huit personnes que la tour de Siloé a tuées dans sa chute, pensez-vous que leur dette fût plus grande que celle de tous les hommes qui habitent Jérusalem ? Non, je vous le dis ; mais si vous ne voulez pas vous repentir, vous périrez tous de même (Lc 13,1).

# Le Christ nous signifie ainsi que Dieu n’intervient pas dans le déroulement des événements physiques de notre vie, ce qui va à contre-courant des idées généralement reçues. Sa dernière phrase indique que la justice de Dieu s’appliquera bien mais qu’elle sera basée sur notre respect de la Loi.

 

Le fanatisme

 

Au cours de deux scènes, le Christ rappelle ses disciples à l’ordre contre cette forme de dérive :

- Lors du mauvais accueil en Samarie, ses disciples lui demandent :  « Seigneur, veux-tu que nous ordonnions au feu de descendre du ciel et de les consumer ? » Il les réprimande (Lc 9,54).

- Lorsque, après l’arrestation, l’un des Apôtres frappe le serviteur du Grand Prêtre, il lui dit :  Rengaine ton glaive, car tous ceux qui combattent par le glaive périront par le glaive (Mt 26,51).

 

# Le Christ nous met en garde contre ce danger de l’emploi de la force, d’autant plus important qu’il naît le plus souvent du désir de servir Dieu. L’Histoire est là pour faire état de multiples agressions contre les hérétiques, les schismatiques ou les incroyants, conflits qui n’ont toujours engendré que haine et violence..

 

L’exclusive

 

Le danger vient de la déconsidération, voire du rejet, de ceux qui, bien que vivant en marge des règles édictées, respectent la doctrine du Christ, agissent en son nom et contribuent ainsi à l’avènement du Royaume de Dieu :

Jean prit la parole et dit : Maître, nous avons vu quelqu’un expulser des démons en ton nom,

Et nous voulions l’empêcher parce qu’il ne te suit pas. » Mais Jésus lui dit : »Ne l’empêchez

pas ; car qui n’est pas contre vous est pour vous » (Lc 9,49).

# C’est une invitation à l’œcuménisme : le Christ nous signifie que nous ne devons nous opposer en aucun cas à l’action de ceux qui agissent pour l’avènement du Royaume de Dieu, même s’ils s’éloignent où s’opposent sur le plan des règles ou usages établis.

 

Le racisme

 

C’est un comportement à l’évidence totalement opposé à la doctrine de l’amour du prochain, quel qu’il soit et quels que soient sa race, sa couleur, son comportement.

  Le Christ prend un exemple particulier, celui des eunuques, toujours plus ou moins rejetés par la société et qu’il déculpabilise : Il y a des eunuques qui sont nés ainsi du sein de leur mère (Mt 19,10).

 

Son exemple : Le Christ l’a montré tout au long de sa mission en traitant sur un pied d’égalité tous ceux qu’il a rencontrés sur son chemin ou qui ont fait appel à lui : pécheurs, étrangers, etc.

 

La voie à suivre : Il la rappelle lors de son évocation du jugement dernier. Aux uns : J’étais un étranger et vous m’avez donné à manger… Aux autres : J’étais étranger et vous ne m’avez pas accueilli…(Mt 25,31)

 

 

LE POINT SUR SA MISSION

ET L’ULTIME MISE EN GARDE ADRESSEE A SES DISCIPLES

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Parvenu à ce point de sa mission, le Christ considère que ses disciples sont désormais initiés à sa doctrine. Il va ainsi :

1°) - Leur rappeler en la situant dans l’histoire de l’humanité, quel a été l’objet de sa mission.

2°) - Leur signifier que, désormais initiés, ils seront à l’avenir responsables de leur choix.

 

Le point sur sa mission

 

Il rappelle que l’objectif de sa mission était de mettre un terme à une succession de dérives dont il retrace ainsi brièvement l’historique :

 

- La première dérive - : Et comme il advint aux jours de Noé, ainsi en sera-t-il encore aux jours du Fils de l’homme. On mangeait, on buvait, on prenait femme ou mari, jusqu’au jour où Noé entra dans l’arche ; et vint le déluge qui les fit tous périr (Lc 17,26).

 

- La deuxième dérive - De même, comme il advint aux jours de Lot : on mangeait, on buvait, on achetait, on vendait, on plantait, on bâtissait ; mais le jour où Lot sortit de Sodome, Dieu fit

pleuvoir du ciel du feu et du souffre, et il les fit tous périr. De même en sera-t-il le Jour où le File de l’homme doit se révéler (Lc 17,28).

 

- La troisième dérive - Viendront des jours où vous désirerez voir un seul des jours du Fils de l’homme, et vous ne le verrez pas. On vous dira : « Le voici ! » N’y allez pas, n’y courez pas. Comme l’éclair en effet, jaillissant d’un point du ciel, resplendit jusqu’à l’autre, ainsi en sera-t-il du Fils de l’homme lors de son jour.

Mais il faut d’abord qu’il souffre beaucoup et qu’il soit rejeté par cette génération (Lc 17,2).

 

# Le Christ nous précise ainsi que sa venue en tant que Fils de Dieu envoyé par son Père sera la dernière intervention de Dieu pour ramener l’humanité à Lui, signifiant ainsi que, sa mission accomplie, il n’y aura plus lieu pour Dieu - et c‘est important - d’envoyer ni un nouveau Messie ni de nouveaux Prophètes.

 

L’ultime mise en garde aux disciples

 

La continuité entre la vie terrestre et le Royaume de Cieux

 

Le Christ, en conclusion, insiste fortement sur la nécessité d’appliquer la Loi de Dieu, l’amour de Dieu et du prochain. Il précise que, dans l’au delà, la vie sera le reflet de ce qu’elle aura été sur terre.

Ainsi, dans un long discours, il cite six exemples pris dans la vie. Il les reprend un à un à quatre reprises comme pour en souligner l’importance essentielle :

 

Quand le Fils de l’homme viendra dans sa gloire, escorté de tous ses anges, alors il prendra place sur son trône de gloire. Devant lui seront rassemblées toutes les nations, et il séparera les uns des autres, tout comme le berger sépare les brebis des boucs. Il placera les brebis à sa droite et les boucs à sa gauche.

Alors le Roi dira à ceux de droite : « Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume qui vous a été préparé depuis la fondation du monde. Car j’ai eu faim et vous m’avez donné à manger, j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire, j’étais un étranger et vous m’avez accueilli, nu et vous m’avez vêtu, malade et vous m’avez visité, prisonnier et vous êtes venu me voir. »

Mais les justes lui répondront : « Seigneur, quand nous est-il arrivé de te voir affamé et de te nourrir, assoiffé et de te désaltérer, étranger et de t’accueillir, nu et de te vêtir, malade ou prisonnier et de venir te voir ? » Et le Roi leur fera cette réponse : « En vérité je vous le dis, dans la mesure où vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. »

Alors il dira encore à ceux de gauche : « Allez loin de moi, maudits, dans le feu éternel qui a été préparé pour le diable et ses anges. Car j’ai eu faim et vous ne m’avez pas donné à manger, ou j’ai eu soif et vous ne m’avez pas donné à boire, j’étais un étranger et vous ne m’avez pas accueille, nu et vous ne m’avez pas vêtu, malade et prisonnier et vous ne m’avez pas visité. »

Alors ceux-ci lui demanderont à leur tour : « Seigneur, quand nous est-il arrivé de te voir affamé ou assoiffé, nu, malade ou prisonnier, et de ne point te secourir ? » Alors, il leur répondra : « En vérité je vous le dis, dans la mesure où vous ne l’avez pas fait à l’un de ces plus petite, à moi non plus vous ne l’avez pas fait. »

Et ils s’en iront, ceux-ci à une peine éternelle et les justes à une vie éternelle (Mt 25,31-46)

 

La mise en garde

 

Il leur signifie enfin qu’étant désormais totalement initiés à sa doctrine, ils seront tenus à l’avenir pour responsables de leur choix, un choix dont il précise qu’il ne peut attendre :

Je vous le dis : en cette nuit-là, deux seront sur le même lit ; l’un sera pris et l’autre laissé ; deux femmes seront à moudre ensemble : l’une sera prise et l’autre laissée.

En ce jour-là, que celui qui sera sur la terrasse et aura ses affaires dans sa maison, ne descende pas les prendre et, pareillement, que celui qui sera aux champs ne retourne pas en arrière. Rappelez-vous la femme de Lot.

Qui cherchera à épargner sa vie la perdra et qui la perdra la sauvegardera (Lc 17,31).

 

 

CHAPITRE VIII

 

LA SUCCESSION

 

La transmission de la mission du Christ à ses Apôtres peut se décomposer en cinq temps :

 

1°) - Leur préparation  

2°) - L’établissement de l’Alliance

3°) - Le scellement de l’Alliance

4°) - Leur consécration

5°) - La transmission

 

1°) LA PREPARATION DES APOTRES

 

Elle porte sur deux points. Le Christ va ainsi :

 

1°) Les ouvrir sur le monde : ceux qui le refusent et ceux qui adhèrent à sa doctrine.

2°) Leur indiquer la voie à suivre dans l’accomplissement de leur mission.

 

1°) L’ouverture sur le monde

 

Face à ce monde qui le persécute, le Christ juge nécessaire de montrer à ceux qu’il projette d’envoyer en mission que, hors de ce peuple qui s’oppose à lui par intérêt, le monde extérieur est ouvert à sa doctrine.

 

1°) - Le rejet du peuple élu

 

En les envoyant en mission, il les met à même de prendre la mesure de ce rejet, cette persécution qu’ils auront à subir comme lui en tant que disciples et qu’il condamne avec vigueur :

Méfiez-vous des hommes : ils vous livreront aux sanhédrins et vous flagellerons dans leurs synagogues; vous serez traduits devant des gouverneurs et des rois, à cause de moi, pour rendre témoignage en face d’eux et des païens. Mais lorsqu’on vous livrera, ne cherchez pas avec inquiétude comment parler ou que dire : ce que vous aurez à dire vous sera donné sur le moment, car ce n’est pas vous qui parlerez, mais l’Esprit de votre Père qui parlera pour vous.

Le frère livrera son frère à la mort, et le père son enfant ; les enfants se dresseront contre leurs parents et les feront mourir. Et vous serez haïs de tous à cause de mon nom, mais celui qui aura tenu bon jusqu’au bout, celui-là sera sauvé.

Si l’on vous pourchasse dans telle ville, fuyez dans telle autre, et si l’on vous pourchasse dans celle-là, fuyez dans une troisième ; en vérité je vous le dis, vous n’achèverez pas le tour des villes d’Israël avant que ne vienne le Fils de l’homme.

 

Le disciple n’est pas au dessus du maître, ni le serviteur au dessus de son patron. Il suffit pour le disciple qu’il devienne comme son maître, et le serviteur comme son patron. Du moment qu’ils ont traité de Béelzéboul le maître de maison, que ne diront-ils pas de sa maisonnée!(Mt 10,17).

 

2°) - L’ouverture du monde extérieur

 

Cette ouverture, le Christ en apporte l’illustration sur deux plans :

- Sur le plan individuel à l’occasion de trois guérisons opérées sur des étrangers, un Romain,

un Samaritain puis une Cananéenne qui feront tous preuve d’une foi exceptionnelle ; - Sur celui des communautés avec l’adhésion des Samaritains.

 

1°) – Les adhésions individuelles

 

A trois reprises, à l’occasion de trois guérisons effectuées sur des étrangers, le Christ avait déjà fait état de cette ouverture :

 

- Le serviteur d’un centurion romain - Ce centurion vient à sa rencontre pour solliciter la guérison de son serviteur puis, prenant conscience de son indignité à le recevoir, lui suggère de le guérir sans se déplacer, insistant fortement sur sa foi dans son pouvoir.

Le Christ souligne le caractère exceptionnel de cette foi : Je vous le dis : pas même en Israël je n’ai trouvé une telle foi (Lc 7,9).

 

- Le lépreux samaritain - Parmi les dix lépreux qu’il guérit en chemin après les avoir invités à aller se montrer aux prêtres, un seul, un Samaritain, revient sur ses pas pour manifester sa foi.

Il en fait état également : Est-ce que les dix n’ont pas été purifiés ? Les neuf autres, où sont-ils. Il ne s’est trouvé, pour venir rendre gloire à Dieu, que cet étranger ! (Lc 17,17).

 

- La cananéenne - Cette femme, bien que païenne, vient le supplier de guérir sa fille démoniaque, un signe de sa foi dans son pouvoir sur l’esprit.

Pour l’amener à en faire état aux yeux de tous, il feint de lui refuser ce qu’elle demande en prétextant sa condition d’étrangère : il va jusqu’à lui déclarer « qu’il ne sied pas de prendre le pain des enfants pour le donner aux chiens.»

Son insistance courageuse, téméraire en la circonstance, témoigne de la présence chez elle d’une foi tout aussi exceptionnelle : Oui, Seigneur ! et justement les petits chiens mangent des miettes qui tombent de la table de leurs maîtres !

Il lui répond alors : « O, femme, grande est ta foi ! Qu’il advienne selon ton désir » (Mt 15,27).

 

2°) – L’adhésion des Samaritaine

 

Avec son déplacement en Samarie, le Christ va, non seulement préciser à ses Apôtres que son message s’adresse au monde entier et que le monde extérieur est ouvert à sa doctrine, mais également leur signifier qu’une fois sa mission remplie, il auront, eux, pour mission d’aller évangéliser le monde, une tâche qu’il ne pourra, à l’ évidence, accomplir lui-même.

 

Il se rend ainsi en Samarie. Il s’y présente seul, sachant que ce n’est qu’en manifestant son amour qu’il pourra amener ce peuple ennemi à venir à lui. Rappelons que ses disciples avaient en effet montré, par leur réaction de haine lors d’un mauvais accueil dans cette communauté, qu’ils n’y étaient pas encore préparés (Lc 9,51)..

 

La Samaritaine - C’est la première personne qu’il rencontre près d’un puits. Elle croit voir en lui un ennemi et refuse ainsi de lui donner à boire, une attitude particulièrement violente compte tenu du contexte. Le Christ, conscient qu’elle ignore ses intentions, ne lui en tient pas rigueur et lui offre en retour le seul bien qu’il possède : la nourriture de l’esprit, l’ « eau vive.» Face à cette marque d’amitié, son comportement change. Elle l’interroge aussitôt :

- Sur la signification de cette « eau vive »

- Sur ce Messie dont elle a entendu parler 

- Sur la voie qu’elle doit suivre, se disant partagée entre celle de ses ancêtres, idolâtres, et celle des religieux de Jérusalem.

Il l’éclaire donc sur ces trois points, lui révélant qu’il est bien, lui, ce Messie attendu, que sa doctrine venue de Dieu est celle de l’esprit, puis lui précise que cette doctrine lui parviendra par les juifs, ses Apôtres. La présence de ces derniers, venus les rejoindre à cet instant, donne corps, aux yeux de cette femme, à cette promesse.

 

La communauté des Samaritains - L’objectif de ce déplacement en Samarie est bien d’aller à la rencontre de l’ensemble de la population. C’est en ce sens qu’il l’invite à aller chercher son mari. Aussi, pour l’aider à accomplir cette mission difficile, il lui révèle sa qualité de prophète en lui montrant qu’il connaît sa vie privée : … Tu as bien fait de dire : « je n’ai pas de mari, » car tu as eu cinq maris et celui que tu as maintenant n’est pas ton mari.

Cette révélation suffit pour la convaincre  - La femme alors laissa là sa cruche, courut à la ville et dit aux gens : « Venez voir un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait. Ne serait-ce pas le Christ ? »

Les Samaritains se déplacent ensuite pour l’entendre, le retiennent deux jours puis déclarent à la femme : Ce n’est plus pour tes dires que nous croyons ; nous l’avons nous-mêmes entendu et nous savons que c’est vraiment lui le sauveur du monde. 

 

Son message en conclusion à l’adresse des disciples - Cette ouverture du monde extérieur à sa doctrine, il en fait ensuite état à ses Apôtres en conclusion :

Ma nourriture est de faire la volonté de celui qui m’a envoyé et de mener son œuvre à bonne fin. Ne dites-vous pas : « Encore quatre mois et vient la moisson ? »Eh bien ! Je vous dis : « Levez les yeux et regardez les champs, ils sont blancs pour la moisson. Déjà le moissonneur reçoit son salaire et récolte le fruit pour la vie éternelle, en sorte que le semeur se réjouit avec le moissonneur ». Car ici se vérifie le dicton : autre est le semeur, autre est le moissonneur.

Je vous ai envoyés moissonner là où vous ne vous êtes pas fatigués ; d’autres se sont fatigués et vous, vous héritez de leurs fatigues (Jn 4,17-42).

 

2°) - La voie à suivre

 

Le Christ indique à ses disciples que cette voie est la sienne, le respect des commandements qui conduit à l’acceptation du sacrifice selon son exemple :

 

1°) L’acceptation du sacrifice

 

En annonçant à ses disciples les conditions de sa fin, alors même qu’il dispose des moyens de s’y soustraire, il leur montre qu’il accepte d’avance le sort qui lui est réservé - son Calvaire et sa Mort - comme confirmation de son œuvre, de son amour pour tous.

Ainsi, c’est son exemple, cette acceptation du sacrifice qu’il les exhorte à suivre en annonçant à trois reprises son Calvaire, sa Mort, puis sa Résurrection.

 

La première annonce -  Elle s’adresse à tous. Ainsi, après avoir annoncé les conditions de sa fin, c’est donc au conditionnel qu’il révèle les exigences de la condition de disciple :

Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il se renie lui-même, qu’il se charge de sa croix chaque jour, et qu’il me suive. Qui veut en effet sauver sa vie la perdra, mais qui perdra sa vie à cause de moi la sauvera. Que sert donc à l’homme de gagner le monde entier, s’il se perd ou se ruine lui-même ? (Lc 9,23).

 

La deuxième annonce -  Elle suit de quelques jours la première, le temps jugé sans doute nécessaire à ses yeux pour permettre à chacun de se déterminer.

C’est donc à des disciples qu’il s’adresse cette fois pour une deuxième annonce. Il reprend l’énoncé de la première puis précise avec insistance qu’il sera « livré » par l’un d’entre eux.

A la suite de cette annonce, il juge utile de les mettre au fait de la portée de leur engagement : c’est ainsi qu’il en choisit soixante-douze parmi eux et les envoie en mission annoncer le Royaume de Dieu après les avoir avertis de la difficulté de leur mission et assurés de son soutien total :

La moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux ; priez donc le Maître de la moisson d’envoyer des ouvriers à sa vigne.

Allez ! Voici que je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups. N’emportez pas de bourse, pas de besace, pas de sandales, et ne saluez personne en chemin.

En quelque maison que vous entriez, dites d’abord : « Paix à cette maison. » Et s’il y a un fils de paix, votre paix ira se reposer sur lui ; sinon elle vous reviendra. Demeurez dans cette mai- son-là, mangeant et buvant ce qu’il y aura chez eux ; car l’ouvrier mérite son salaire. Ne passez pas de maison en maison. Et en toute ville où vous entrez et où l’on vous accueille, mangez ce qu’on vous sert ; guérissez les malades et dites au gens : « Le Royaume de Dieu est proche de vous. »

Mais en quelque ville où vous entriez, si l’on ne vous y accueille pas, sortez sur les places et dites : « Même la poussière de votre ville qui s’est collée à nos pieds, nous l’essuyons pour vous la laisser. Pourtant, sachez-le, le Royaume de Dieu est tout proche. » Je vous dis que pour Sodome, en ce jour-là, il y aura moins de rigueur que pour cette ville-là. Malheur à toi, Chorazeïn ! Malheur à toi, Bethsaïde ! Car si les miracles qui ont eu lieu chez vous avaient eu lieu à Tyr et à Sidon, il y a longtemps que, sous le sac et assises dans la cendre, elles se seraient repenties. Aussi bien, pour Tyr et Sidon il y aura moins de rigueur, lors du Jugement, que pour vous. Et toi, Capharnaüm, crois-tu que tu seras élevée jusqu’au ciel ? Jusqu’à l’Hadès tu descendras.  

Qui vous écoute m’écoute, qui vous rejette me rejette, et qui me rejette, rejette Celui qui m’a envoyé (Lc 10,1).

A leur retour de mission, il les confirme dans le bien-fondé de leur action :

Je voyais Satan tomber du ciel comme l’éclair. Voici que je vous ai donné le pouvoir de fouler aux pieds serpents, scorpions, et toute la puissance de l’Ennemi, et rien ne pourra vous nuire.

Cependant ne vous réjouissez pas de ce que les esprits vous sont soumis; mais réjouissez-vous de ce que vos noms se trouvent inscrits dans les cieux (Lc 10,18 ).

 

La troisième annonce -  C’est sur le chemin de Jérusalem qu’il procède à cette dernière annonce.

C’est donc aux douze, à ceux qui l’ont suivi jusque là, qu’il s’adresse. Il indique que les événements annoncés sont imminents ; il les précise puis confirme qu’il sera livré.

Après cette dernière annonce il leur rappelle qu’en acceptant ainsi de devenir ses disciples ils seront, comme lui, victimes de persécutions :

Mais, avant tout cela, on portera la main sur vous, on vous persécutera, on vous livrera aux synagogues et aux prisons, on vous traduira devant des rois et des gouverneurs à cause de mon Nom, et cela aboutira pour vous au témoignage.

Mettez-vous donc bien dans l’esprit que vous n’avez pas à préparer d’avance votre défense : car moi je vous donnerai un langage et une sagesse, à quoi nul de vos adversaires ne pourra résister ni contredire.

Vous serez livrés même par vos père et mère, vos frères, vos proches et vos amis ; on fera mourir plusieurs d’entre vous, et vous serez haïs de tous à cause de mon nom. Mais pas un cheveu de votre tête ne se perdra. C’est par votre constance que vous sauverez votre vie ! (Lc 21,12).

 

Enfin, lors du repas final, après la défection de Judas, c’est aux onze qui lui sont restés fidèles jusqu’au bout qu’il s’adressera pour les conforter et les assurer de la récompense suprême .

Vous êtes, vous, ceux qui sont restés constamment avec moi dans mes épreuves; et moi je dispose pour vous du Royaume, comme mon Père en a disposé pour moi : vous mangerez et boirez à ma table en mon Royaume, et vous siégerez sur les trônes pour juger les douze tribus d’Israël (Lc 22,28 ).

 

2°) Le respect des commandements

 

A l’heure du dernier repas, il leur rappelle que sa vie s’est déroulée dans la pauvreté, l’humilité et l’amour du prochain, un exemple qu’il les exhorte à suivre.

 

- Sa pauvreté - Ses Apôtres ont pu en prendre conscience pour avoir vécu à ses côtés. Il juge cependant bon de leur rappeler qu’il ne possède rien : c’est sans doute dans ce but qu’il les envoie eux-mêmes emprunter une salle pour le repas final (Lc 22,7).

 

- Son humilité - Bien qu’il en ait fait état en leur déclarant qu’il n’était pas là pour être servi mais pour servir, (Mt 20,25), son humilité est moins perceptible pour les siens, compte tenu de son autorité et de son aura. Il juge donc nécessaire de la leur rappeler, ce qu’il fait par un exemple fort en procédant au lavement de leurs pieds.

La réaction de Pierre, qui s’y refuse dans un premier temps, met en évidence la nécessité de ce témoignage. Le Christ conclut ensuite :

Comprenez-vous ce que je vous ai fait ? Vous m’appelez Maître et Seigneur, et vous dites bien, car je le suis. Si donc je vous ai lavé les pieds, moi le Seigneur et le Maître, vous aussi vous devez vous laver les pieds les uns les autres. Car c’est un exemple que je vous ai donné, pour que vous fassiez, vous aussi, comme moi j’ai fait pour vous ( Jn 13,12).

 

- Son amour du prochain - Il leur rappelle l’amour qu’il leur a manifesté et les invite par trois fois à suivre son exemple :

Je vous donne un commandement nouveau : vous aimer les uns les autres.

Comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres.

A ceci tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les

autres (Jn 13,34).

 

 

 

2°) L'ETABLISSEMENT DE L'ALLIANCE

 

1°) - Sa constitution

 

Cette Alliance avec ses Apôtres va servir de fondement pour leur future mission. Elle est conditionnée par leur engagement. Or, à l’instant du repas final, seuls trois d’entre eux se sont réellement engagés : Jacques, Jean et Pierre. Il sait de plus, comme cela a été annoncé, que l’un des douze a choisi de le trahir ; il invite donc d’entrée ce dernier à s’éloigner.

 

L’engagement des onze -Celui des trois premiers se trouve confirmé par la voie de Pierre dès

l’annonce du départ : Pourquoi ne puis-je pas te suivre à présent ? Je déposerai ma vie pour toi (Jn 13,37).

Celui des huit autres devient manifeste au vu de la formulation et du contenu des questions posées par trois d’entre eux :

- Thomas : Seigneur, nous ne savons pas où tu vas. Comment saurions-nous le chemin ?

- Philippe : Seigneur, montre-nous le Père et cela nous suffit.

- Thaddée : Seigneur, comment se fait-il que tu doive te manifester à nous et pas au monde ?

 

La révélation de sa divinité - Faisant écho à cet engagement unanime, le Christ peut enfin leur révéler sa divinité, ce qu’il fait par trois fois en répondant à leurs questions:

- Moi, je suis le Chemin, la Vérité, la Vie. Nul ne vient au Père sinon par moi. Si vous me connaissez, vous connaîtrez aussi mon Père ; dès à présent vous le connaissez et vous l’avez vu.

- Qui m’a vu a vu le Père. Comment peux-tu dire « Montre-nous le Père » ? Ne crois-tu pas que je suis dans le Père et que le Père est en moi ? Les paroles que je vous dis, je ne les dis pas de moi-même mais le Père demeurant en moi fait ses œuvres.

- Croyez m’en ! Je suis dans le Père et le Père est en moi (Jn 14,6).

 

2°) - Les données de l’Alliance

 

Assuré ainsi de pouvoir leur faire confiance pour assumer la mission de lui succéder, le Christ établit les bases de cette Alliance qui doit les unir à lui.

Il leur indique ce qu’il leur apportera, puis ce qu’il attend d’eux :

 

1°) - Ce qu’il leur apportera  - Le soutien total de son Père, du Saint-Esprit et le sien pour les assister dans le respect des commandements en les assurant que leur respect des vertus se verra récompensé :

 

- La foi  - Croyez en moi à cause des œuvres mêmes. En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui croit en moi fera, lui aussi, les œuvres que je fais ; et il en fera même de plus grandes, parce que je vais vers le Père (Jn 14,11).

- L’espérance - Et tout ce que vous demanderez en mon nom, je le ferai, afin que le Père soit glorifié dans le Fils. Si vous demandez quelque chose en mon nom, je le ferai. Si vous m’aimez, vous garderez mes commandements ; et je prierai le Père et il vous donnera un autre Paraclet, pour qu’il soit avec vous à jamais, l’Esprit de Vérité, que le monde ne peut pas recevoir, parce qu’il ne le voit pas ni ne le reconnaît. Vous, vous le connaissez, parce qu’il demeure auprès de vous; et en vous il sera. Je ne vous laisserai pas orphelins, je viendrai vers vous (Jn 14,13).

 

- L’amour du prochain - Celui qui a mes commandements et qui les garde, c’est celui-là qui m’aime ; or celui qui m’aime sera aimé de mon Père ; et je l’aimerai et me manifesterai à lui.

Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole, et mon Père l’aimera et nous viendrons vers lui et nous ferons une demeure chez lui.

Celui qui ne m’aime pas ne garde pas mes paroles; et ma parole n’est pas de moi, mais du Père qui m’a envoyé (Jn 14,21).

 

2°) - Ce qu’il attend d’eux  - Il l’indique avec la parabole de la Vigne Véritable.

 

- Qu’ils soient fidèles à lui et à sa doctrine - Moi, je suis la vigne véritable et mon Père est le vigneron. Tout sarment en moi qui ne porte pas de fruit, il l’enlève, et tout sarment qui porte du fruit, il l’émonde, pour qu’il porte encore plus de fruit.

Déjà vous êtes purs grâce à la parole que je vous ai dite. Demeurez en moi comme moi en vous. De même que le sarment ne peut de lui-même porter du fruit s’il ne demeure pas sur la vigne, ainsi vous non plus si vous ne demeurez pas en moi.

Moi, je suis la vigne ; vous, les sarments. Celui qui demeure en moi et moi en lui, celui-là porte beaucoup de fruit ; car hors de moi vous ne pouvez rien faire. Si quelqu’un ne demeure pas en moi, il est jeté dehors comme le sarment et il se dessèche ; on les ramasse et on les jette au feu et ils brûlent (Jn 15,1).

 

- Qu’ils portent beaucoup de fruit - Si vous demeurez en moi et que mes paroles demeurent en vous, demandez ce que vous voudrez, et vous l’aurez. C’est la gloire de mon Père que vous portiez beaucoup de fruit et deveniez mes disciples. Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés (Jn 15,7).

 

- Qu’ils respectent les Commandements - Demeurez en mon amour. Si vous gardez mes commandements vous demeurerez en mon amour, comme moi j’ai gardé les commandements de mon Père et je demeure en son amour. Je vous dis cela pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit complète. Voici quel est mon commandement: vous aimer les uns les autres comme je vous ai aimés. Nul n’a plus grand amour que celui-ci : déposer sa vie pour ses amis (Jn 15,9).

 

Il conclut enfin en reprenant chacun de ces trois points et leur manifeste sa confiance :

Vous êtes mes amis, si vous faites ce que je vous commande. Je ne vous appelle plus serviteurs, car le serviteur ne sait pas ce que fait son maître ; mais je vous appelle amis, parce que tout ce que j’ai entendu de mon Père, je vous l’ai fait connaître.

Ce n’est pas vous qui m’avez choisi ; mais c’est moi qui vous ai choisis et établis pour que vous alliez et portiez du fruit et que votre fruit demeure, afin que tout ce que vous demanderez au Père en mon nom, il vous le donne.

Ce que je vous demande, c’est de vous aimer les uns les autres (Jn 15,14 .)

 

 

3°)LE SCELLEMENT DE L'ALLIANCE

 

A la veille de les quitter, le Christ pressent leur anxiété à l’annonce des conditions de sa fin :

- Le doute qui peut s’emparer d’eux sur le bien-fondé de sa doctrine en le voyant ainsi condamné par l’ensemble de la communauté religieuse ;

- Le sentiment d’abandon à la suite de son départ dont ils ne peuvent comprendre le sens.

Il juge donc nécessaire de les rassurer en les éclairant sur ces deux points :

 

 

1°) - L’explication sur le refus de la communauté religieuse 

 

Il leur explique que ce rejet des religieux ne représente en aucun cas une mise en cause de sa doctrine, rappelant qu’ils l’ignorent pour avoir toujours refusé de l’entendre, au point qu’ils en viendront même à croire servir Dieu en les persécutant :

Si le monde vous hait, sachez que moi, il m’a pris en haine avant vous. Si vous étiez du monde, le monde aimerait son bien ; mais parce que vous n’êtes pas du monde, puisque mon choix vous a tirés du monde, pour cette raison, le monde vous hait.

Rappelez-vous la parole que je vous ai dite : Le serviteur n’est pas plus grand que son maître. S’ils m’ont persécuté, vous aussi ils vous persécuteront ; s’ils ont gardé ma parole, la vôtre aussi ils la garderont.

Mais avant tout cela, ils le feront contre vous à cause de mon nom, parce qu’ils ne connaissent pas celui qui m’a envoyé.

Si je n’étais pas venu et ne leur avais pas parlé, ils n’auraient pas de péché ; mais maintenant ils n’ont pas d’excuse à leur péché. Qui me hait, hait aussi mon Père. Si je n’avais pas fait parmi eux les œuvres que nul autre n’a faites, ils n’auraient pas de péché ; mais maintenant ils ont vu et ils nous haïssent, et moi et mon Père.

Mais c’est pour que s’accomplisse la parole écrite dans leur loi : « Ils m’ont haï sans raison » (Jn 15,18).

Je vous ai dit cela pour vous éviter le scandale. On vous exclura des synagogues. Bien plus, l’heure vient où quiconque vous tuera pensera rendre un service à Dieu. Et cela, ils le feront pour n’avoir reconnu ni le Père ni moi. Mais je vous dis cela, pour qu’une fois leur heure venue, 

Il les rassure ensuite en annonçant que son œuvre leur sera confirmée par son Père et par le Saint-Esprit :

Lorsque viendra le Paraclet, que je vous enverrai d’auprès du Père, l’Esprit de Vérité, qui vient du Père, il me rendra témoignage. Mais vous aussi, vous témoignerez, parce que vous êtes avec moi depuis le commencement (Jn 15,26).

2°) - La signification de son départ

 

Il leur en donne l’explication : la fin de sa mission en tant que Messie. Ainsi, après son départ et son retour vers son Père, ce ne sera plus en tant que Messie envoyé de Dieu qu’il leur apportera son soutien, mais en tant que Dieu lui-même, à l’égal de son Père :

Je ne vous l’ai pas dit dès le commencement, parce que j’étais avec vous. Mais maintenant je m’en vais vers celui qui m’a envoyé et aucun de vous ne me demande : « Où vas-tu ? » Mais parce que je vous ai dit cela, la tristesse remplit vos cœurs.

Cepen de son père, dant je vous dis la vérité : c’est votre intérêt que je parte; car si je ne pars pas, le Paraclet ne viendra pas à vous ; mais si je pars, je vous l’enverrai (Jn 16,4).

 

Il les rassure également en leur annonçant qu'après ce retour auprès de son Père, il reviendra vers eux et leur enverra le Saint-Esprit  

La venue du Saint-Esprit - Il précise qu’elle aura un double objectif :

 

1°) - Confondre ce monde qui le refuse : 

Et lui, une fois venu, il établira la culpabilité du monde en fait de péché, en fait de justice et en fait de jugement :

- de péché parce qu’ils ne croient pas en moi,

- de justice, parce que je vais vers le Père et que vous ne me verrez plus,

- de jugement, parce que le Prince de ce monde est jugé (Jn 16,7).

 

2°) - Les éclairer en leur confirmant que sa doctrine et son œuvre sont bien issues de Dieu : 

J’ai encore beaucoup à vous dire, mais vous ne pouvez le porter à présent. Mais quand il viendra, lui, l’Esprit de vérité, il vous guidera dans la vérité toute entière ; car il ne parlera pas de lui-même, mais ce qu’il entendra, il le dira et il vous expliquera les choses à venir. Lui me glorifiera, mais c’est de mon bien qu’il recevra et il vous l’expliquera.

Tout ce qu’a le Père est à moi. Voilà pourquoi j’ai dit que c’est de mon bien qu’il reçoit. et qu’il vous expliquera (Jn 16,12).

 

Son retour parmi eux - Il les prévient que le bonheur qui les attend sera précédé d’un temps de tristesse et d’espoir qui sera le prélude à leur bonheur parfait, synonyme de leur consécration :

Encore un peu de temps et vous ne me verrez plus et puis un peu encore et vous me reverrez. En vérité, en vérité, je vous le dis, vous pleurerez et vous vous lamenterez, et le monde se réjouira.

Vous serez tristes, mais votre tristesse se changera en joie. La femme, sur le point d’accoucher, s’attriste parce que son heure est venue ; mais lorsqu’elle a donné le jour à l’enfant, elle ne se souvient plus des douleurs, dans le joie qu’un homme soit venu au monde.

Vous aussi, maintenant vous voilà tristes ; mais je vous verrai de nouveau et votre cœur sera dans la joie, et votre joie, nul ne vous l’enlèvera (Jn 16,19).

 

Il les conforte encore une dernière fois en leur expliquant que ce bonheur sera celui de se voir récompensés par Dieu de leur foi, de leur espérance et de leur amour pour Lui :

Ce jour-là, vous ne me poserez plus aucune question. En vérité, en vérité, je vous le dis, ce que vous demanderez à mon Père, il vous le donnera en mon nom. Jusqu’à présent vous n’avez rien demandé en mon nom ; demandez et vous recevrez, pour que votre joie soit complète.

Tout cela, je vous l’ai dit en figures. L’heure vient où je ne vous parlerai plus en figures, mais je vous entretiendrai en toute clarté.

Ce jour-là, vous demanderez en mon nom et je ne vous dis pas que j’interviendrai pour vous auprès du Père, car le Père lui-même vous aime, parce que vous m’aimez et que vous croyez que je suis sorti d’auprès de Dieu.

Je suis sorti d’auprès du Père et venu au monde. A présent je quitte le monde et je vais au Père (Jn 16,23).

 

Enfin, en instituant l’Eucharistie, il les assure que son soutien durera toujours :

puis, ayant reçu une coupe, il rendit grâces et dit : « Prenez ceci et partagez entre vous ; car, je vous le dis, je ne boirai plus désormais du produit de la vigne jusqu’à ce que le Royaume de Dieu soit venu.»

Puis, prenant du pain, il rendit grâces, le rompit et le leur donna , en disant : « Ceci est mon corps, donné pour vous; faites ceci en mémoire de moi » (Lc 22,17).

 

 

4°) LA CONSECRATION DES APOTRES

 

A la suite de cet éclairage, les Apôtres déclarent unanimement qu’ils reconnaissent sa divinité :

Voici que maintenant tu parles sans figures ! Nous savons maintenant que tu sais tout et n’as pas besoin qu’on te questionne. A cela nous croyons que tu es sorti de Dieu (Jn 16,29).

Cette reconnaissance de sa divinité lui permet de conclure que la mission que lui a confiée son Père auprès des siens est achevée et qu’ils sont ainsi prêts à assurer sa succession. C’est alors à Lui qu’il s’adresse :

 

1°) - Il se déclare prêt à assurer sa glorification par sa mort:

Père, l'heure est venue : glorifie ton Fils, afin que ton Fils te glorifie et que, selon le pouvoir que tu lui a donné sur toute chair, il donne la vie éternelle à tous ceux que tu lui a donnés! Or, la vie éternelle, c'est qu'ils te connaissent, toi, le seul véritable Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ.

Je t'ai glorifié sur la terre, en menant à bonne fin l'aouvre que tu m'as donné de faire; Et, maintenant, Père, glorifie-moi auprès de toi de la gloire que j'avais auprès de toi, avant que fût le monde (Jn 17,1)

 

2°) - Il confirme que ses Apôtres l’ont désormais reconnu comme le Messie et les consacre comme ses successeurs :

J’ai manifesté ton nom aux hommes, que tu as tirés du monde pour me les donner. Ils étaient à toi et tu me les as donnés et ils ont gardé ta parole.

Maintenant ils ont reconnu que tout ce que tu m’as donné vient de toi ; car les paroles que tu m’as données, je le leur ai données, et ils les ont accueillies et ils ont vraiment reconnu que je suis sorti d’auprès de toi, et ils ont cru que tu m’as envoyé (Jn 17,6).

C’est pour eux que je prie ; je ne prie pas pour le monde, mais pour ceux que tu m’as donnés, car ils sont à toi, et tout ce qui est à moi est à toi, et tout ce qui est à toi est à moi, et je suis glorifié en eux.

Je ne suis plus dans le monde ; eux sont dans le monde, et moi, je viens à toi.

Père saint, garde-les dans ton Nom que tu m’as donné, pour qu’ils soient un comme nous.

Quand j’étais avec eux, je les gardais dans ton Nom que tu m’as donné. J’ai veillé et aucun d’eux ne s’est perdu, sauf le fils de perdition, afin que l’Ecriture fût accomplie (Jn 17,9).

Mais maintenant je vais vers toi et je parle ainsi dans le monde, afin qu’ils aient en eux-mêmes ma joie complète. Je leur ai donné ta parole et le monde les a haïs, parce qu’ils ne sont pas du monde, comme moi je ne suis pas du monde.

 

3°) - Il les lui confie en sollicitant son soutien :

Je ne te prie pas de les enlever du monde, mais de les garder du Mauvais. Ils ne sont pas du monde comme moi je ne suis pas du monde. Sanctifie-les dans la vérité ; ta parole est vérité.

Comme tu m’as envoyé dans le monde, moi aussi je les ai envoyés dans le monde. Pour eux je me sanctifie moi-même, afin qu’ils soient, eux aussi, sanctifiés dans la vérité.

Je ne prie pas pour eux seulement, mais aussi pour ceux qui, grâce à leur parole, croiront en moi, afin que tous soient un. Comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi, qu’eux aussi soient en nous, afin que le monde croie que tu m’as envoyé.

Je leur ai donné la gloire que tu m’as donnée, pour qu’ils soient un comme nous sommes un : moi en eux et toi en moi, afin qu’ils soient parfaits dans l’unité, et que le monde reconnaisse que tu m’as envoyé et que tu les as aimés comme tu m’as aimé (Jn 17,13).

 

4°) - Il manifeste enfin sa volonté de les voir partager sa gloire :

Père, ceux que tu m’as donnés, je veux que là où je suis, eux aussi soient avec moi, afin qu’ils contemplent ma gloire, que tu m’as donnée parce que tu m’as aimé avant la fondation du monde.

Père très juste, le monde ne t’a pas connu, mais moi je t’ai connu et ceux-ci ont reconnu que tu m’as envoyé. Je leur ai fait connaître ton nom et je le leur ferai connaître, pour que l’amour dont tu m’as aimé soit en eux et moi en eux (Jn 17,24).

 

 

5°) LA TRANSMISSION

 

Après sa Résurrection, le Christ, à l’instant de retourner vers son Père, se manifeste une dernière fois à ses disciples pour leur adresser un ultime message, d’abord à l’ensemble de ses disciples, puis à ses Apôtres et enfin à son successeur, Pierre :

 

A l’ensemble de ses disciples - Sachant qu’après son départ ils ne pourront plus bénéficier de son témoignage direct, il leur signifie qu’ils devront désormais « croire sans avoir vu. » C’est sans doute à dessein qu’il apparaît ainsi à Marie Magdeleine puis à deux disciples. Leurs témoignages se heurtent à l’incrédulité des Apôtres. Celle, affichée, de Thomas lui permet de les mettre au fait de ce danger :

Parce que tu me vois, tu crois. Heureux ceux qui n’ont pas vu et qui ont cru (Jn 20,29).

 

A ses Apôtres - Il les charge de prolonger sa mission :

Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie. Recevez l’Esprit Saint. Ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis ; ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus (Jn 20,21).

Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre. Allez donc, de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, et leur apprenant à observer tout ce que je vous ai prescrit. Et voici que je suis avec vous pour toujours jusqu’à la fin de l’âge (Mt 28,18).

 

A Pierre, son futur successeur - Après l’épisode de son triple reniement, le Christ lui pose à trois reprises la question de confiance en l’invitant à affirmer son amour pour Lui. La réaction de Pierre qui se sent peiné de cette insistance, met en lumière son amour total et son engagement. Par trois fois le Christ le confirme alors comme son successeur :    

Quand ils eurent déjeuné, Jésus dit à Simon-Pierre : « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu plus que ceux-ci ? » Il lui répondit : « Oui Seigneur, tu sais que je t’aime. » Jésus lui dit : « Fais paître mes agneaux. »

Il lui dit à nouveau, une deuxième fois : « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu ? » - « Oui, Seigneur, tu sais que je t’aime. » Jésus lui dit : « Sois le pasteur de mes brebis. »

Il lui dit une troisième fois : « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu ? » Pierre fut peiné de ce qu’il lui eût dit pour la troisième fois : « M’aimes-tu ? » et il lui dit : « Seigneur, tu sais tout, tu sais bien que je t’aime. » Et Jésus lui dit : « Fais paître mes brebis (Jn 21,15).

Enfin,il lui rappelle, avant de le quitter, qu’en assurant la mission de lui succéder il devra accepter, comme lui, d’être persécuté :

En vérité, en vérité, je te le dis, quand tu étais jeune, tu mettais toi-même ta ceinture, et tu allais où tu voulais ; quand tu auras vieilli, tu étendras ta main, et un autre te ceindra et te mènera où tu ne voudrais pas. Suis-moi (Jn 21,18).

 

ANNEXES

 

 

1°) - ANALYSE DU DISCOURS

 

2°) - QUESTIONS SUR L’EVANGILE DE ST JEAN

 

3°) - LES RAPPORTS DU CHRIST AVEC LES SIENS

 

4°) - LA DERIVE CHRETIENNE

 

5°) - LA SOCIETE CIVILE

 

6°) - LES REFORMES ATTENDUES

 

 

1°) ANALYSE DU DISCOURS

 

 

A la lecture des Evangiles, on peut observer une constante, notamment sur deux points : la règle de l’absolu et la force de communication.

 

1°) LA REGLE DE L’ABSOLU

 

A l’adresse de ses disciples

 

Dans l’application de sa doctrine, le Christ a mis la barre très haut ; on pourrait même dire, « tout en haut ». Son objectif est sans doute de nous signifier qu’à aucun moment nous devions nous satisfaire de notre interprétation personnelle de sa doctrine.

Les exemples en effet ne manquent pas ; il est bon de les souligner :

 

Sur la voie à suivre

 

- L’humilité : Si vous ne retournez pas à l’état d’enfants vous n’entrerez pas dans le Royaume des Cieux (Mt 18,3).

- Le détachement des biens : Ainsi donc, quiconque parmi vous ne renonce pas à tous ses biens ne peut pas être mon disciple (Lc 14,28).

- L’engagement : Qui ne prend pas sa croix et ne suit pas derrière moi n’est pas digne de moi (Mt 10,37)

- La foi : Si vous aviez une foi qui n’hésite pas, non seulement vous ferez ce que je viens de faire au figuier, même si vous dites à cette montagne : « Soulève-toi et jette-toi à la mer », cela se fera (Mt 21,18).

- L’espérance : Ne vous inquiétez pas pour votre vie de ce que vous mangerez ni pour votre corps de quoi vous le vêtirez (…) Cherchez d’abord le Royaume de Dieu et sa justice, et tout cela vous sera donné par surcroît. (Mt 6,25).

- La charité : Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent, priez pour ceux qui vous diffament (Lc 6,27).

 

Sur les fautes

 

- Le blasphème : …et quiconque aura parlé contre l’Esprit Saint, cela ne lui sera remis ni en cet âge ni dans l’autre (Mt 12,31).

- Le scandale : Si quelqu’un doit scandaliser l’un de ces petits qui croient en moi, il serait préférable pour lui de se voir suspendre autour du cou une de ces meules que tournent les ânes et d’être englouti en pleine mer(Mt 18,5).

- La violence : Quiconque se fâche contre son frère en répondra devant le tribunal (…) S’il lui dit : « Renégat », il en répondra dans la géhenne du feu. – Quelqu’un veut-il te faire un procès et prendre ta tunique, laisse-lui même ton manteau (Mt 5,21).

 

Lors de ses mises en garde à ses détracteurs

 

Elles sont violentes, le Christ voulant les mettre au fait de la gravité de leur rejet et de ses conséquences pour eux-mêmes et pour la population :

 

- Aux Religieux : …Les hommes de Ninive se dresseront contre cette génération et ils la condamneront…(Lc 11,29).

- Aux Pharisiens : Serpents, engeance de vipères (…) Tout cela va retomber sur cette génération (Mt 23,37). – Je m’en vais et vous me chercherez et vous mourrez dans vos péchés (Jn 8,21). - Le Royaume de Dieu vous sera enlevé (…) Celui qui tombera sur cette pierre s’y fracassera…(Mt 21,42). -

- Aux villes des rives du lac : Malheur à toi, Chorazaïn (…) et toi, Capharnaüm(…) Jusqu’à l’Hadès tu descendras (Lc 10,1).

- A l’adresse de Jérusalem : …Ah, si tu avais compris, toi aussi, le message de paix (…) Oui, des jours viendront sur toi, où tes ennemis t’environneront, t’investiront, te presseront de toutes parts…(Lc 19,41.

 

LA FORCE DE COMMUNICATION

 

Afin de s’assurer que ses messages, parfois difficiles à assimiler, soient bien compris, le Christ

procède par triples répétitions chaque fois qu’il le juge nécessaire. En voici quelques exemples :

- La description du Royaume des Cieux (Mt 13,44)

- Les paraboles de la miséricorde (Lc 15,4)

- L’amour des ennemis (Lc 6,27)

- L’énoncé de sa doctrine de l’esprit aux Galiléens (Jn 6,32), puis à Nicodème (Jn 3,19)

- Les appels à ses disciples lors de la Fête des Tente ( Jn 7,37 - 8,12 - 8,3I)

- Les annonces de la trahison de Juda ( Jn 6,70 – 13,10 – 13,21)

- Les annonces de sa Passion ( Mt 16,21 – 17,22 – 20,18)

- La révélation de sa divinité lors du repas final (Jn 14,6).

 

On peut également faire la même remarque à propos de scènes significatives:

- Les miracles sur la mer (arrêt de la tempête, marche sur les eaux et pêche miraculeuse)

- Les guérisons opérées sur des étrangers (un Romain, un Samaritain et une Cananéenne)

- Le triple témoignage lors de la Transfiguration (Lc 29,30)

- L’attitude des trois chefs de file lors de l’agonie à Gethsémani (Mt 26,36)

- Les reniements de Pierre (Lc 22,56)

- La reconnaissance par Pilate de l’innocence du Christ (Lc 22,56)

- Les témoignages spontanés après sa Crucifixion (Lc 23,40 – Lc 23,47 – Mt 27,4)

- Les manifestations des éléments à l’instant de sa mort (Lc 23,44 – Mt 27,51)

- La triple déclaration de foi de Pierre avant le départ du Christ et sa triple consécration (Jn 21,18)

- L'expression de sa générosité: les Evangiles en font état aux noces de Cana où la qualité du vin est mise en évidence, puis lors de la pêche miraculeuse et enfin avec les multiplications des pains.

L'acceptation de son sacrifice: lorsque Pierre affirme son intention de s'y opposer, puis l'ensemble de ses disciples qui tentent de le dissuader de se rendre à Jérusalem, et enfin lors de sa comparution devant Pilate où il fait clairement état se son pouvoir d'échapper au sort qui lui est réservé.

 

2°) QUESTIONS SUR L’EVANGILE DE SAINT- JEAN

 

A la lecture de cet Evangile, on peut être amené à se poser deux questions :

1°) Pour quel motif St Jean a-t-il choisi de procéder à la rédaction de ce texte ?

2°) Quel est l’objectif de ce récit, qui se différencie des trois autres par son contenu?

 

L’APOTRE

 

Il semble admis que Jean était un cousin du Christ. On peut supposer qu’il était présent aux Noces de Cana, assez proche de Jésus et de sa mère au point d'assister à leurs échanges. Il a disposé ainsi d’un avantage sur les autres Apôtres : celui d’avoir connu le Christ avant même le début de sa vie publique, ce qui a fait de lui un témoin privilégié de l’ensemble de la mission du Christ.

On peut noter également qu’il a été choisi en compagnie de Pierre et Jacques par le Christ, d’abord pour assister à une résurrection puis à sa Transfiguration. Il est présent lors du procès, c’est lui qui introduit Pierre dans la cour du Palais ; il est le seul parmi les Apôtres à être présent au pied de la Croix ; enfin, il devancera encore Pierre au tombeau.

Ce comportement de Jean est le fruit d’une synergie totale avec le Christ dont il a compris très tôt la fonction et la dimension de sa mission. C’est sans doute ce qui l’a conduit à rédiger cet Evangile sous la forme d’une analyse globale de la mission du Christ.

 

L’ OBJECTIF DE SON EVANGILE

 

Il lui est donc paru nécessaire de proposer ce récit de la mission du Christ, en temps que « Fils de Dieu  envoyé par son Père pour donner une ultime chance à l’humanité de revenir à Lui, en lui révélant l’amour de Dieu dans sa plénitude et en invitant chacun à faire son choix. »

Son Evangile se différencie ainsi des trois autres : les récits synoptiques ne prennent jamais en compte la divinité du Christ, divinité que les Apôtres ignoraient jusqu'à la scène du repas final. Ils se limitent donc à rapporter les témoignages des Douze sur sa fonction de Messie, l’énoncé de sa doctrine et sa propre application de cette doctrine. L’objectif de ces trois récits étant de communiquer ces témoignages aux communautés évangélisées, il ne leur a pas semblé utile de faire état du refus définitif du Peuple Elu ainsi que de la consécration des Apôtres.

L’Evangile de Jean est un récit historique qui s’inscrit ainsi en complément des trois autres. Il ne revient pas, pour l’essentiel, sur leurs récits, estimant sans doute que ce triple témoignage suffit. Il ne reprend sur ce plan que deux événements – la scène des marchands du Temple dans le cadre de la démarche envers les religieux, et la multiplication des pains dans celui de la démarche envers la foule ce qui lui permet d’établir un enchaînement avec les trois autres écrits.

Il s’attache ainsi à préciser, pour l’Histoire, ce qu’a été, dans les faits, la mission globale du Christ en en relevant les trois poins qu’il juge essentiels, ainsi qu’il le précise dans son introduction :

- Sa divinité : Au commencement était le Verbe… Il est venu chez les siens…

- Le refus du peuple élu : Et les siens ne l’ont pas reçu.

- La consécration des disciples : Mais à tous ceux qui l’ont reçu, il a donné…

 

La divinité du Christ

 

En relatant la première apparition du Christ à la synagogue de Nazareth, les Evangiles synoptiques ne mentionnent pas son essence divine, St Matthieu se limitant à citer un oracle d’Isaï annonçant l’apparition de la lumière (Mt 4,15). Seul, St Jean le présente comme l’envoyé de Dieu ( Jn 1,29).

 

Le refus définitif des religieux

 

Les récits de Matthieu, Marc et Luc sur les différents déplacements du Christ en Galilée et en Judée font état de l’obstruction, du rejet des Religieux et de la population. Celui de Jean se distingue sur ce point des trois autres : il enchaîne sur leurs récits et relate les événements qui suivront et qui, après la résurrection de Lazare lors de la Fête de la Dédicace marqueront le refus total et définitif de l’ensemble de la communauté religieuse puis sa condamnation.

 

La consécration des disciples

 

On ne trouve pas, non plus, dans les Evangiles synoptiques de véritable consécration des disciples. On note seulement des promesses de salut adressées à ceux qui lui seront fidèles :

- A ses disciples : Réjouissez-vous de que vos noms sont inscrits dans les cieux (Lc 10,18).

- Aux onze, lors du repas final : Vous mangerez et boirez à ma table en mon royaume, et vous siégerez sur les trônes pour juger les douze tribus d’Israël (Lc 22,28).

St Jean, une nouvelle fois, va beaucoup plus loin ; dans son long récit du repas final, il relate les échanges entre le Christ et les derniers disciples qui lui sont restés fidèles. Lorsqu’il est assuré de la solidité de la foi de ses Apôtres et de leur volonté de poursuivre son œuvre, il en prend acte et les consacre définitivement comme ses successeurs.

 

3°) LES RAPPORTS DU CHRIST AVEC LES SIENS

1°) - Marie

 

Pour les hommes comme pour les femmes il était peut-être dans l’esprit de Dieu, de donner à chacun et à chacune un modèle de perfection. Or, les cheminements de l’homme et de la femme dans la vie se différencient, tant par suite de leurs conditions propres que par leurs fonctions respectives.

Dans cet esprit, on peut penser que la mission confiée à Marie était de montrer à la femme le chemin de la perfection. Son comportement durant toute sa vie peut en effet servir d’exemple par sa foi, son humilité, son abnégation, son courage et sa détermination à assumer sa tâche. Le récit de sa vie nous en donne plusieurs exemples :

 

- Lors de l’Annonciation, avertie qu’elle devrait enfanter "sans avoir  connu d’homme, " et

qu’elle avait été choisie entre toutes pour servir de mère au Messie, elle fait état d’une humilité totale et accepte de remplir ce rôle sans même s’interroger sur les conditions de sa future mission : « Je suis la servante du Seigneur ; qu’il advienne selon ta parole. » (Lc 1,38)

- Cette humilité apparaît de façon éclatante lors de la mise au monde de son enfant dans des

conditions qui peuvent être considérées comme la pire des humiliations.

- Le prophète Syméon , initié par Dieu, lui confirme la fonction de son fils nouveau-né, puis

lui annonce qu’elle devra souffrir dans son rôle de mère : «…Et toi-même, une épée te transpercera l’âme » Cette annonce ne la fera pas renoncer à sa mission.(Lc 2,33.) La persécution avec la fuite en Egypte ajoutera encore à ses épreuves. et ne l’empêchera pas de poursuivre cette mission

- Nouvelle acceptation le jour où Jésus, encore enfant, échappe à ses parents inquiets et qui le

retrouvent trois jours plus tard au Temple, devisant avec les docteurs : il leur donne alors l’explication de sa conduite : « Pourquoi me cherchiez-vous ? Ne saviez-vous pas que je dois être dans la maison de mon Père ? » Avec cet épisode, il la prépare ainsi à cette séparation qu’elle devra accepter le temps de sa mission, puis à cette autre séparation de trois jours entre sa mort et sa résurrection. (Lc 2,41) Elle accepte une nouvelle fois son rôle.

- La détermination de Marie d’assumer sa mission s’affirme pleinement à l’occasion des

Noces de Cana. Elle sait que son Fils va devoir la quitter pour aller accomplir sa mission et c’est alors elle-même qui, jugeant le moment venu, décide à sa place, et même contre son avis, qu’il doit l’entamer et ainsi se séparer d’elle. Elle fait de plus état d’une foi totale dans l’existence de son pouvoir surnaturel sur la matière en ordonnant aux serviteurs : « Faites ce qu’il vous dira. »

- Enfin, le temps de l’accomplissement de sa mission, bien que témoin sans nul doute du « succès » de son Fils auprès de la foule, elle ne se manifeste pas et attend la fin de sa mission pour venir le rejoindre au Calvaire et l’assister dans ses derniers instants. Ce sera pour elle, au delà de sa souffrance morale, une nouvelle humiliation de voir ainsi son fils mis à mort comme le dernier des repris de justice. .

 

2°) – Les femmes

 

On peut observer que les femmes qui ont entouré le Christ ont fait également preuve de qualités exceptionnelles, en particulier d’humilité et de courage

- L’humilité  - Marie-Madeleine, Marthe et Marie se font totalement discrètes tout au long de la mission du Christ, en se comportant en servantes (Chez Marthe, à Béthanie, lors de la résurrection de Lazare.) La même humilité se remarque chez les femmes que le Christ a rencontrées au cours de sa mission : la Cananéenne, la pécheresse chez le Pharisien Simon, ainsi que la Samaritaine, une humilité étayée, chaque fois, par une foi intense.

- L’engagement - Elles font preuve d’un courage exceptionnel, accompagnant seules le Christ tout au long de son Calvaire au milieu d’une foule animée d’une folie meurtrière. Elles sont encore présentes au pied de la Croix en compagnie de Jean. Enfin, elles arrivent les premières au tombeau.

 

3°) - Les Apôtres

 

Lorsqu’il fait le choix les douze, le Christ a parfaitement conscience que leur manque de culture ne leur permettra pas de comprendre le sens de sa mission le temps de leur formation. C’est ainsi qu’il décide de faire d’eux de simples témoins. De ce fait, il ne leur tiendra jamais rigueur de leur incompréhension, se contentant, lorsque des problèmes se posent, de les rappeler à l’ordre. Ainsi, ce n’est finalement qu’après sa mort, c’est-à-dire lorsque sa mission sera achevée, qu’il leur enverra le Saint-Esprit pour leur permettre enfin de comprendre quel a été le sens véritable de sa mission et les motifs qui l’ont conduit à accepter son Calvaire et sa Mort pour témoigner de l’immensité de l’amour de Dieu.. On peut ainsi noter que cette incompréhension apparaît à différentes reprises dans les textes, et en particulier sur deux points :

 

1°) Sur le sens universel de sa mission 

- Lorsqu’il va à la rencontre de la Samaritaine, ils manifestent leur étonnement de le voir s’entretenir ainsi avec une étrangère. Il leur explique alors que sa doctrine s’adresse à tous.

- Lorsque ses disciples se trouvent être victimes d’un mauvais accueil en Samarie. Ils se proposent d’attirer les foudres du ciel sur ces Samaritains. Il les vilipende avec fermeté.

- Lors du repas final, à l’instant de les quitter, il leur signifie une nouvelle fois que leur mission devra s’étendre au monde entier. Ce message ne sera toujours pas compris et le Christ devra le confirmer à Pierre, lors d’une apparition après sa résurrection, en lui signifiant que son message doit être transmis à tous les hommes, quelle que soit leur race (Actes 10,1.)

 

2°) Sur la dimension de son amour pour tous

- La réaction spontanée de Pierre lors de la première annonce de sa Passion et de sa mort est de déclarer : « Cela ne se fera pas. » Le Christ le tance avec vigueur

- L’incrédulité de tous lorsque, au cours de la deuxième annonce, il révèle avec insistance

qu’il sera « livré. » Cette révélation aurait dû les inquiéter, les affoler ! Or, ce n’est pas le cas : il les surprend dans l’instant qui suit à discuter entre eux, non sur ce point, mais pour savoir lequel d’entre est le plus grand. Il les remet alors à la raison.

- L’indifférence de Pierre, Jacques et Jean, avant l’arrestation : ils s’endorment à trois reprises, totalement inconscients et probablement incrédules face au drame qui se prépare et dont ils avaient pourtant été avertis. Le Christ se limite à leur en faire la remarque.

- La tentative enfin de l’un d’entre eux de s’opposer à cette arrestation en frappant l’un des gardes. Le Christ devra le rappeler à l’ordre une nouvelle fois.

 

L’impact des témoignages

 

La détermination des onze, témoins directs de la vie et de la mission du Christ, de lui succéder pour prolonger sa mission est essentielle comme témoignage. C’est en effet en pleine conscience et en pleine connaissance de la portée de leur engagement qu’ils ont pris leur décision. Le Christ les avait en effet envoyés sur le terrain afin qu’ils soient bien avertis qu’ils auraient à subir des persécutions voire être mis à mort. Or, aucun parmi eux n’a failli à son engagement

Notons de plus que la défection de l’un des douze met en lumière le fait qu’ils ont effectué leur choix en toute liberté.

Ces témoignages seront aussitôt relayés par les premiers chrétiens dont la foi résistera aux persécutions tout le temps qu’elles dureront, c’est-à-dire près de quatre cents ans. Leur témoignage est tout aussi important car il s’est prolongé dans le temps, en s’inscrivant dans la pierre ( catacombes et monuments) pour parvenir jusqu’à nous.

 

5°) – Le cas Juda

 

Le comportement du Christ vis à vis de celui qui devait le trahir est totalement limpide. On ignore s’il connaissait ou non, au début de sa mission, le nom de celui qui devait le trahir. Ce point n’est pas essentiel, car il s’est comporté vis-à vis de lui comme s’il ignorait ses desseins afin, sans doute, de le laisser jusqu’à la fin totalement libre de son choix. Ainsi, tant que Juda n’aura pas engagé sa trahison dans les faits, il se limitera à le mettre en garde sans le désigner.

Cette démarche peut ainsi se décomposer en trois temps :

 

1°) - Dans un premier temps, il prévient l’ensemble de ses disciples qu’il sera trahi, c’est-à-dire « livré » par l’un d’entre eux :d’abord une première fois lors de la deuxième annonce de sa Passion: Pour vous, mettez-vous bien dans les oreilles les paroles que voici : le Fils de l’homme doit être livré aux mains des hommes. Il le confirme ensuite lors de la troisième annonce, en insistant fortement sur l’ampleur des souffrances qu’il aura à subir, son intention étant sans doute de mettre celui qui projète de le livrer au fait de la réalité, de la gravité et des conséquences de son projet.

 

2°) - Il précise ensuite à ses Apôtres qu’il s’agit de l’un d’entre eux, ce qu’il fait à deux reprises :

- Lors de la Fête de la Pâque, il les prévient sans détour : Ne vous ai-je pas choisis, vous, les Douze ? Pourtant l’un de vous est un démon.

- Lors du repas final, après la scène du lavement des pieds, il les prévient une dernière fois : Vous aussi, vous êtes pur ; pas tous cependant…vous n’êtes pas tous purs.

 

3°) - Enfin, peu après, au cours de ce même repas, voyant que Juda, en dépit de toutes ces mises en garde, reste déterminé à poursuivre son action, et sachant que cette action est déjà engagée, il ne peut, à l’évidence, le garder au milieu de ceux qui ont choisi de le suivre et auxquels il envisage de confier la mission de lui succéder ; il se voit alors obligé de le désigner aux yeux de tous et l’invite ainsi à quitter le groupe où il n’a plus sa place.

 

 

4°) LA DERIVE CHRETIENNE

 

2°) La dérive passive

 

Rappelons que le Christ, en son temps, a fustigé les Légistes et les Pharisiens avec violence pour la façon dont ils avaient détourné la Loi de Dieu, leur reprochant de l’avoir réduite à quelques règles peu contraignantes, telles que la pratique de la prière, du jeûne et de l’obole. Le respect de Dieu était tout de façade et l’esprit de charité envers les autres n’était pas de mise.

De nos jours, notre interprétation de la Loi de Dieu n’est guère différente. Cette non-évolution des mentalités trouve sans doute son explication dans l’essence même de ces vertus telles que la foi et l’espérance d’une part et la charité d’autre part.

 

La foi et l’espérance - Ces deux vertus se manifestent pour l’essentiel dans les lieux de culte et occasionnellement lors des pèlerinages. Ainsi, au fil des siècles des règles de plus en plus précises mais le plus souvent peu contraignantes ont été instaurées, telles que l’assistance aux offices, les prières etc. A ces règles s’en sont jointes d’autres comme l’abstinence et qui ont été également codifiées avec précision. Cet état de fait a conduit le croyant à se considérer en règle avec la Loi de Dieu dès l’instant qu’il les respectait.

 

La charité - C’est la plus grande des vertus comme l’a précisé le Christ (Mt 22,37). Or, la charité est un état d’esprit, la recherche permanente du bonheur d’autrui. Contrairement aux autres vertus, elle ne s’exerce pas dans les lieux précis mais partout et ne peut ainsi, en tout état de cause, être l’objet d’une quelconque codification.

 

Cet état de fait à conduit le croyant à privilégier le respect des règles codifiées aux dépens de l’esprit de charité et de se sentir ainsi en règle avec la Loi. Quelques pratiques telles que le repos du dimanche ( totalement détourné de son sens premier) ou la pratique du jeûne ( assez peu contraignante) ont tendance à le conforter dans sa vision des choses. Si l’on prend le soin de lire et relire les Evangiles, on mesure à quel point notre conception de la vie chrétienne a pu prendre, ici ou là, l’aspect d’une pratique relativement confortable, mais en total décalage avec la doctrine du Christ. On peut d’ailleurs observer que nombre d’entre nous ne se sont jamais donné la peine, fût-ce une fois dans leur vie, de lire l’intégralité des quatre Evangiles, tant leur contenu dérange. Ils ne les connaissent le plus souvent que par quelques extraits entendus à l’occasion des offices.

 

La dérive issue du Grand Schisme

 

Elle est le fruit du refus de reconnaître l’autorité du pape, un comportement qui relève plus de la révolte que de la révolution si l’on considère que cette autorité n’a pas été réellement remplacée. De ce fait, différentes Eglises se sont créées avec chacune ses propres règles. 

On peut être surpris de constater l’insignifiance des différents motifs de contestation, totalement désuets de nos jours, tels que le problème des indulgences, du péché originel, de l’existence du Purgatoire, du culte des Saints, des sacrements etc. Peut-être mesurons- nous mal l’effet désastreux de ces divisions sur l’image du Christianisme…

 

Les autres dérives

 

Il s’agit pour l’essentiel de mouvements religieux créés par des prophètes auto-proclammés comme envoyés de Dieu en temps que porteurs de révélations, de messages.

Le Christ avait bien relevé qu’on identifiait les vrais prophètes à deux conditions précises : 1°) . L’existence d’un pouvoir surnaturel

2°) Le respect de la Loi : l’amour de Dieu et du prochain, quel qu’il soit dans un esprit de paix, de pauvreté et d’humilité.

Il avait également signifié que sa mission de révélation de la Loi de Dieu était terminée et que chacun de nous était désormais totalement en mesure de distinguer le bien du mal de décider de son choix.. On peut penser que s'il avait choisi d’envoyer de nouveaux prophètes après la venue du Christ, cela aurait consisté à considérer que la mission du Christ, n’était pas terminée, ce qui, à l’évidence, n’est pas le cas.

Parmi ces différents mouvements, certains restent fidèles à l’Evangile, à la doctrine du Christ, d’autres se contentent d’y faire référence, d’autres enfin s’en écartent totalement. Certains sont dépourvus de toute idéologie ; la plupart d’entre eux affichent une propension à l’établissement de quelques règles de vie et à celui d’un certain cérémonial.

 

LA SOCIETE CIVILE

 

Le parallèle entre les « valeurs » de notre société et la doctrine du Christ est assez déroutant. Dans la société civile le droit supplante largement le devoir et le rapport avec les autres reste limité à la solidarité, voire à la  fraternité, une notion floue dans les esprits. L’esprit de charité, l’humilité et le détachement des biens, ne sont pas pris en compte.

 

Le droit et le devoir

 

Alors que la doctrine du Christ exclut toute notion de droit, notre code civil en foisonne, cependant que nos devoirs se trouvent le plus souvent limités à l’essentiel : des obligations matérielles vis à vis de ceux dont on a la charge, et l’assistance à personne en danger. Ajoutons à cela le respect des règles dictées par la vie en société.

 

L’esprit de charité

 

La charité - Elle ne fait l’objet d’aucune obligation et reste ainsi liée à l’initiative de chacun. Ainsi, l’esprit de charité – la recherche du bonheur de l’autre – ne s’exerce le plus souvent que dans un domaine restreint, celui des rapports avec ses proches, parents ou amis, un comportement éloigné de la doctrine du Christ qui préconise que l’esprit de charité doit se manifester envers tous, amis ou ennemis.

 

L’humilité - La prise en compte de cette vertu dans notre société civile n’est pas de mise L’influence des média a fortement favorisé le culte de l’orgueil en mettant en exergue celles et ceux qui réussissent dans leur entreprise, et qui se voient ainsi récompensés de titres ou de médailles. Le domaine sportif en est sans nul doute la meilleure illustration : on ne cesse de glorifier les grandes compétitions, arguant qu’elles créent un trait d’union entre les peuples, alors même qu’elles relèvent dans la réalité d’un esprit de combat, certes « pacifique » mais avec vainqueurs et vaincus, au point d’en arriver, par orgueil, à comptabiliser les médailles nation par nation avec, pour chaque succès, le déploiement de drapeaux et les hymnes nationaux !

 

Le détachement des biens - Cette autre vertu n’est pas non plus dans nos esprits. Celui qui déciderait de se séparer de tout ou partie de ses biens pour en faire bénéficier des personnes plus démunies, prendrait le risque, de nos jours, de se voir considérer comme un être irréfléchi, irresponsable. L’usage veut qu’on ne partage ses biens que dans le strict cadre familial.

 

Les opposants

 

Leur comportement est en tous points semblable à celui des contemporains du Christ qui, ne trouvant pas matière à critique tant sur sa doctrine que sur sa propre application, en ont été réduits, pour tenter de le déstabiliser, à s’attaquer à sa personne, à sa fonction, à ses disciples.

On peut observer que les opposants, de nos jours, rencontrent les mêmes obstacles, et se trouvent ainsi résignés à critiquer, non pas la doctrine du Christ, mais ses représentants : l’Eglise, le clergé, les fidèles, etc. Par ce comportement, ils en viennent à faire, à leur corps défendant, la démonstration qu’ils ne trouvent matière à critique, ni dans la doctrine du Christ, ni dans son exemple, ce qui a finalement pour effet de conforter la solidité de l’Eglise et la foi des croyants.

 

LES REFORMES ATTENDUES

 

Il apparaît ainsi que certaines prescriptions de l'Eglise ne concordent pas avec l'Evangile

 

Sur le rôle de l'Eglise

 

Les fautes - Rappelons cette mise en garde du Christ Hypocrites, pourquoi ne jugez vous pas vous-mêmes de ce qui est bien ou mal?

 

Le Christ nous met donc en garde avec sévérité contre cette attitude qui consiste à se décharger sur d'autres de la responsabilité d'un acte fautif. Or nul n'est à même de juger pour autrui ce qui relève du bien ou du mal dans les choix qu'il est amené à faire.

Ainsi, l'Eglise condamne sévèrement le divorce comme un acte égoïste puis le suicide jugé comme un comportement relevant du désespoir. Or, il arrive fréquemment qu'une femme décide d'une séparation, non pour se protéger elle-même, mais pour protéger ses enfants des actes de violence physiques ou morales de son conjoint. Cela relève d'un esprit de sacrifice. L'homme peut être amené à agir de même, un choix qui, de toute évidence n'est pas concerné par la mise en garde du Christ "Celui qui répudie sa femme pour en épouser une autre commet un adultère."

 

Dans le même esprit, celui qui décide de mettre fin à ses jours peut agir, non par désespoir ou pour abréger ses souffrances, mais dans le seul souci de ne pas charger ceux de son entourage qui se trouveront amenés à l'accompagner dans les derniers instants de sa vie. Rappelons sur ce point la parole du Christ: Il n'y a pas de plus grande preuve d'amour que de donner sa vie pour ceux qu'on aime.

De même, , il ne semble pas logique de condamner a priori les eunuques. Le Christ a clairement laissé entendre qu'ils n'étaient aucunement responsables de leur état (Mt 19,10).

 

Ainsi, le rôle de l'Eglise doit ainsi se limiter, non pas à condamner systématiquement ces comportements, mais plûtot à nous mettre en garde contre ces écueils de la vie et à nous inciter à juger par nous-mêmes de ce qui relève du bien ou du mal dans nos comportements.

 

La place des vertus

 

Ce n'est pas celui qui dit "Seigneur, Seigneur" qui entrera dans le Royaume des Cieux, mais celui qui écoute ma parole et la met en application (Mt 7,21).

 

- Rappelons que le Christ à précisé que l'amour de Dieu et du prochain était le plus important des commandements. Or, il est remarquable de noter que, dans une grande majorité, les croyants ne font pas vraiment la distinction entre la charité et la simple pitié. La pitié est un sentiment humain, très partagé et qui se traduit par des démarches louables à l'évidence, mais limitées aux moins favorisés. La charité est autre: une vertu specifiquement chrétienne qui se manifeste par la recherche du bonheur de son prochain quels que soient son niveau, sa position dans la société, sa condition sociale, etc.. Elle exclut toute forme de jalousie.

Cette distinction essentielle mériterait d'être soulignée avec insistance Le Christ a bien signifié que la charité est la première des vertus. Or l'Eglise a toujours eu tendance à insister sur les deux autres vertus, la foi et l'espérance, nécessaires à l'évidence, plus aisées à "codifier" mais qui apparaissent stériles dès lors qu'elles ne se donnent pas pour fonction d'inciter à développer l'esprit de charité, l'amour du prochain.

 

Le culte des morts

 

- Laisse les morts enterrer les morts; pour toi va-t-en annoncer le Royaume de Dieu (Lc 9,60)

 

Rappelons tout d'abord que dans cet échange l'interlocuteur du Christ parle d'enterrer son propre père. Il ne s'agit donc pas de l'assistance apportée aux proches d'une personne disparue comportement relevant, à l'évidence, d'un esprit de charité.

Si le Christ utilise une boutade, c'est pour nous signifier que sa position est évidente au point qu'elle ne porte même pas à discussion . Il a sans nul doute jugé cela nécessaire, tant le culte des morts a, depuis toujours, été le fait de toutes les peuplades du monde, et assimilé à une démarche religieuse. Il nous rappelle ainsi que l'esprit de charité ne peut s'appliquer aux prochains que du temps de leur vivant, ce que chacun sait, mais que nous avons du mal à admettre.

Notons à ce sujet que les croyants, dans des temps passés en sont venus à imaginer, sans doute pour justifier ce culte des morts, l'existence d'un Purgatoire, alors qu'il n'en est fait nulle mention ni dans l'Ancien Testament, ni dans le Nouveu. Le Christ nous a pourtant bien signifié à maintes reprises que notre sort sera fixé définitivement dès notre mort en fonction de notre application de sa doctrine et que le jugement de Dieu sera alors intraitable; c'est ce qu'il nous rappelle avec insistance à l'occasion de plusieurs paraboles parmi lesquelles : le jugement dernier (Mt 25,31), le festin (Mt 22,2), les dix vierges (Mt 25,1) et le mauvais riche et le pauvre Lazare (Lc 16,19).

 

Le culte des Saints

 

- De plus grand que Jean parmi les enfants des femmes, il m'y en a pas; et cependant le plus petit dans le Royaume de Dieu est plus grand que lui (Lc 7,28)

 

- Avec cette déclaration, le Christ nous indique que Jean-Baptiste, en accomplissant à la perfection la mission qui lui a été confiée, a manifesté un témoignage fort de sa foi et de son engagement, mais que cela ne peut en aucun cas faire de lui un modèle de perfection.

Le Christ aurait pu faire la même observation à la fin de sa mission à propos de ses Apôtres qui ont tous fauté ( reniements de Pierre, abandons lors de l'arrestation, incrédulité de Thomas et de tous à l'annonce de la Résurrection)

Il a même, par ailleurs, sur son plan personnel, en tant qu'homme, même de servir de modèle absolu: Pourquoi m'appelles-tu bon? Nul n'est bon que Dieu seul (Lc 18,18).

Il en est ainsi de tous les Saints: leur foi, leur engagement sont des témoignages précieux pour soutenir la foi des croyants, mais cela ne justifie aucunement l'existence d'un culte à leur égard, exception faite de la Sainte Vierge, consacrée par son Fils à l'instant de sa mort. Or ce culte des Saints a toujours été préconisé par l'Eglise Catholique mais écarté à juste titre par certaines communautés chrétiennes et l'on sait les ravages que ces divergences, comme de nombreuses autres, ont provoqué dans l'Histoire de l"Eglise.

 

La sacralisation des "Prophètes"

 

Il faut entendre ici par ce terme de prophète toute personne qui se donne pour mission d'enseigner la doctrine du Christ.

Le Christ nous a nettement mis en garde contre tout honneur attribué à ceux qui le représentent (...ne vous faîtes pas appeler Maître, Père, Directeur). Or ces injonctions n'ont guère été suivies dans l'Histoire et les titres sont restés fréquents: Révérend, Excellence, Eminence etc. Voici quelques décennies un pape avait déclaré: Lorsque vous parlez du pape, dites "le pape". Pourquoi ne pas n'avoir pas suivi ce conseil

Cette sacralisation a peu à peu conduit à une forme d'isolement du clergé vis-à-vis des fidèles avec, pour conséquence, d'une part la crise des "vocations" et d'autre part la raréfaction des pratiquants.

Le Christ a bien précisé: vous n'avez qu'un seul Maître, et tous vous êtes des frères.

Pourquoi ne pas tenir compte ces préceptes pourtant simples et clairs, à l'exemple de cette appellation "Les Petits Frères des Pauvres" qui a toujours suscité une certaine forme de respect de la part de tous?

 

Le culte de la famille

 

- Qui est ma mère et qui sont mes frères? (Mt 12,48)

- Lorsque tu donnes un festin, invite des pauvres, des estropiés, des boîteux, des aveugles; heureux sera-tu alors de ce qu'ils n'ont pas de quoi te le rendre... (Lc 14,12)

- Si vous aimez ceux qui vous le rendent, quel gré vous en saura-t-on?

 

L'Eglise a, de tous temps, préconisé le culte de la famille, cet environnement proche qui sert de cadre dans la prime enfance, un comportement logique généralement respecté par toutes les populations du monde.

Mais il prescrit que nous devons nous affranchir de cette facilité qui consiste à limiter ainsi ses bienfaits aux siens, à ceux qui nous le rendent. Le soin que nous devons apporter à ceux dont nous avons la charge va de soi, mais notre esprit de charité doit s'exercer de la même manière et au même degré envers tous les humains sans distinction de race ou de culture, qu'ils soient amis ou ennemis et quels que soient leurs comportements. Il serait bon de revenir sur ce point et suivre son exemple.

 

Le respect du repos dominical

 

- Mon Père travaille toujours et moi aussi je travaille. Telle est la prise de position du Christ en réponse à ceux qui lui reprochent de procéder à une guérison un jour de sabbat.

C'est l'un des dix Commandementst. Le Christ nous a indiqué quelle en était la signification réelle: cesser, ce jour-là, d'utiliser . son temps à ses propres affaires pour le consacrer à Dieu et, par là même à son prochain. C'est ainsi qu'il a, à maintes reprises, procédé à des guérisons ce jour-là. Il s'en est expliqué devant ceux qui le lui reprochaient à la suite de la guérison d'une femme courbée puis d'un hydropique ( Lc 13,15 et 14,3).

La communauté chrétienne s'est efforcée d'ignorer le sens de cette démarche du Christ pour se limiter à ne prendre en compte que l'interdiction de s'adonner à des activités lucratives, au point que ce jour de repos a fini par être consacré, non au service des autres, mais à satisfaire son bien-être personnel. exception faite de l'assistance à un service dominical, certes obligatoire, mais généralement considérée comme suffisante. Mieux encore: cette obligation a été étendue au samedi, ceci afin de permettre aux pratiquants de pouvoir consacrer la totalité de leur jours de repos, non à se consacrer aux autres, mais à s'addonner à leurs loisirs, ce qui semble aberrant!

 

Le problème des sacrements

 

Ce point n'est pas essenciel, à ceci près qu'il est l'objet de divisions au sein de la.communauté chrétienne. Le bon sens voudrait que la notion de "sacrement" ne s'applique qu'aux événements qui concrétisent un engagement dans l'établissement du Royaume de Dieu, permettant d'espérer en retour la consécration, la grâce de Dieu. On peut penser par exemple au baptême (ou à la confirmation) des adultes, à la prêtrise et aux voeux au sein des communautés religieuses.

Un rapprochement entre les différentes communautés chrétiennes est peur-être à ce prix.

 

Les péchés capitaux

 

La liste établie de ces péchés semble faire l'amalgame entre les péchés capitaux et les vices.

On peut considerer que ces péchés concernent des comportements contraires à l'esprit de charité tels que l'irrespect de Dieu, l'envie, la colère, le scandale. Les autres peuvent être assimilés à des vices: l'orgueil, l'avarice, la luxure, la gourmandise et la paresse, des comportements qui ne nuisent en premier lieu à nous-mêmes. C'est peut-être ce que le Christ s'est efforcé de nous faire comprendre en disant à ses disciples suite à une critique de ses opposants: " ... Ce n'est pas ce qui entre dans la bouche qui souille l'homme, mais ce qui sort de sa bouche... Du coeur en effet procèdent de mauvais desseins, meurtres, adultères, débauches, vols, faux témoignages, diffamations... (Mt 15,10)

 

Ces multiples divergences, quelle que soit leur importence, méritent réflexion et l'on peut souhaiter que l'Eglise procède sans tarder à une remise en cause de ses positions sur ces différents points.

 

NOTE DE L'AUTEUR

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Il semble évident, au vu de cette analyse, que nombre de positions de l'Eglise sont en inadéquation avec les prescriptions du Christ. A ce sujet, on relève ainsi qu'il aura fallu attentre le dernier concile, soit près de vingt siècles pour que soient reconnues les autres Eglises qui enseignent la doctrine du Christ, alors même que celui-ci avait prescrit à ses disciples de les laisser faire ( "Laissez-les agir; celui qui n'est pas contre vous est pour vous.")

Devra-t-on attendre de nouveaux conciles ou synodes pour que soient remises en question les positions de l'Eglise sur des sujets tels que le culte des morts, celui des saints et autres? On peut aisémént comprendre que les autorités religieuses qui ont, le temps de leurs missions, préconisé ces rites , puissent admettre qu'ils sont opposés aux prescriptions du Christ.

Cela explique sans doute que les divers membres du clergé local auxquels j'ai confié l'essentiel de mes observations se sont terrés dans un mutisme total. Je l'ai alors porté à la connaisance de l'Evéche, puis de l'Archevéché, et enfin de la Nonciature par le biais du Vatican. Tous m'ont gentiment remercié, avec une formule d'encouragement de principe, mais sans la moindre critique ou appréciation.

J'ai le sentiment, pour conclure, que ces réformes, à la fois importantes et urgentes ont peu de chances de voir le jour si elles ne peuvent être mises en oeuvre qu'à l'occasion de conciles ou de synodes. Il me paraît souhaitable, en conclusion, que l'Eglise confie à des groupes de responsables laïcs le soin d'étudier ces réformes et de les proposer. C'est ce que je me suis permis récemment de suggérer à monseigneur le Nonce Apostolique. C'est, selon moi, la seule chance de voir évoluer sans attendre certaines positions de l'Eglise sur ces différents points.

J'apprécierais personnellement, pour terminer, que celles et ceux qui partagent mon analyse se rangent à mon avis me fassent part de leurs appréciations ou de leurs critiques. Je les en remercie bien sincèrement à l'avance.

 

 

Gérard Tellier